14 Heures (Fourteen Hours)

14 Heures (Fourteen Hours)

Synopsis : Robert Cosick, désespéré, franchit la fenêtre de sa chambre d’hôtel et menace de se suicider en se jetant de la corniche du 16 ème étage. La police tente par tous les moyens de l’en dissuader.

Critique : 26 juillet 1938. John William Warde se trouve en compagnie de sa sœur et de deux amis de la famille dans une chambre du 17ème étage de l’hôtel Gotham à New-York. Le jeune homme, ayant déjà été interné en hôpital psychiatrique suite à une tentative de suicide l’année précédente, prend très mal la suggestion de sa sœur de consulter à nouveau un psychiatre. Il franchit le rebord de la fenêtre et s’éloigne sur la corniche de l’immeuble. Malgré les efforts de la police, d’un psychiatre et de sa sœur, il sautera à 22h38 sous les yeux de 10.000 individus venus assister à l’événement.

L’écrivain et scénariste Joel Sayre (Gunga Din) écrit un article sur le suicide de Warde pour le New Yorker en 1949, intitulé « That was New York: The man on the ledge« . Intéressée par le sujet, la Twentieth Century Fox acquiert les droits de l’histoire et en confie la production à Sol Siegel (The Green Helmet). James Gow et Arnaud d’Asseu livrent une première version du scénario non validée par le Studio. John Paxton (Adieu, ma Belle, L’Équipée Sauvage…), engagé par la Fox pour remplacer le duo, signe une nouvelle version abandonnant les flashbacks explicatifs pour se concentrer sur la couverture médiatique du fait divers ainsi que les réactions des badauds. A la demande de la mère de John Warde, le titre original « The Man on the Ledge » est abandonné au profit de Fourteen Hours afin de préserver la mémoire de son défunt fils. La ville où se déroule l’action devait également être changée mais New-York fut finalement conservée!

La Fox pense dans un premier temps à Howard Hawks pour la réalisation (Le Grand Sommeil, Le Port de l’Angoisse…), mais il décline la proposition suite à des divergences avec le Studio. En effet, ce dernier s’oppose fermement à Hawks qui souhaite faire de ce sujet grave une comédie avec Cary Grant! Fox se tourne alors vers Henry Hathaway, réalisateur de films noirs à forte connotation réaliste (Le Carrefour de la Mort, Appelez Nord 777, Niagara…).

La grande force d’Henry Hathaway sur ce film est de réussir le pari de traiter son sujet par des biais aussi divers que variés. Partant d’un postulat ultra simple, un homme menace de se défenestrer, le réalisateur va traiter de l’éclatement de la cellule familiale tout en assénant une critique acerbe des médias et d’un public avide de faits divers.

Car le malheureux, debout sur sa corniche, est avant tout la victime d’une mère qui s’est servie de lui enfant pour blesser son père à qui elle reprochait de lui avoir fait abandonner une carrière de pianiste et ce pour fonder une famille. Carrière qu’elle voyait évidemment brillante. Le père abandonne donc le foyer familial et devient alcoolique alors que l’enfant devenu adulte, toujours sous la coupe de sa mère, se met à le haïr et à se haïr pour ce qu’il pourrait devenir s’il continue de fréquenter son amie, un père. Devant la caméra d’Hathaway, la mère prend les traits d’une hystérique égoïste qui ne cherche à sauver son fils que pour le garder encore plus sous son emprise quand le père avoue sa lâcheté et souhaite plus que tout se racheter. En contre-poids à cette famille détruite, Hathaway filme deux jeunes adultes qui font connaissance et repartiront main dans la main ainsi qu’un couple qui choisira de se donner une seconde chance dans le bureau du juge censé prononcer leur divorce. Comme si de la famille naissait la force nécessaire à surmonter toutes les épreuves.

Ce drame qui se voudrait intime est pourtant livré en pâture à un public voyeur, massé en nombre au pied de l’immeuble, espérant que le dénouement se solde par la mort du désespéré. Chacun y va de son pronostic sur l’heure de la chute, de ses plaisanteries de mauvais goût voire de son mépris ou de son désintéressement. Hathaway n’est pas plus indulgent avec les médias qu’il transforme en êtres avides d’images et d’histoires fortes dans le seul but de gagner de l’argent, n’hésitant pas à gêner les services de secours et la police pour y parvenir. Propos malheureusement toujours d’actualité au vu de la gestion qu’ont certains médias dans la couverture de certaines crises.

La réalisation d’Hathaway est empreinte d’un réalisme bienvenue que ce soit dans sa représentation des moyens mis en oeuvre par la police pour tenter d’empêcher Cosick de se suicider que dans les relations qui unissent les différents protagonistes. Fort de dialogues très réussis, d’un tempo sans temps mort où chaque minute compte dans cette course contre la mort, 14 Heures est un excellent exercice de style dont Hathaway maîtrise chaque aspect.

Dire que l’interprétation est de qualité est un doux euphémisme. Richard Basehart (Titanic, Moby Dick, L’Île du Docteur Moreau…) et Paul Douglas (Panique dans la Rue, Le Démon s’éveille la Nuit…) sont criants de vérité chacun dans leur registre. Autour de ces deux têtes d’affiche gravitent de grands noms du cinéma de l’époque voire de futurs stars. Ainsi, nous retrouvons les toujours très belles Barbara Bel Geddes (Panique dans la Rue, Sueurs Froides…) et Debra Paget (Le Tigre du Bengale, Le Tombeau Hindou…), Agnès Moorehead pas encore Endora dans Ma Sorcière Bien-Aimée (Citizen Kane, La Splendeur des Amberson…), Robert Keith (Le Carrefour de la Mort, L’Equipée Sauvage…), Jeffrey Hunter (La Prisonnière du Désert, Le Jour le Plus Long…)… sans parler de Grace Kelly (Le Crime Était presque Parfait, Fenêtre sur Cour…). Vous l’aurez compris, impossible de prendre en défaut le moindre des acteurs présents dans ce film, rendant le spectacle encore plus prenant.

Sous couvert d’un film à la tension palpable, Henry Hathaway se permet une charge féroce contre les médias avides de sensationnalisme et le public qui en redemande sans cesse.

Edition dvd :

Esc Distribution nous délivre un master sans aucun dégât mais au noir et blanc parfois pas suffisamment tranché. Quelques plans flous sur les plans à grande profondeur de champs. Uniquement en version originale sous-titrée français, la bande son accuse son âge et présente un souffle minime mais constant. Malgré tout les dialogues sont clairs et intelligibles.

Au niveau des bonus, nous avons droit à une présentation du film par Jean-François Rauger, de la cinémathèque française (14 Heures : Un pied dans le vide d’une durée de 8 minutes) ainsi que la bande-annonce originale du film.

14 Heures est à retrouver en dvd ici.

Band-annonce

Fiche technique :

  • Réalisation : Henry Hathaway
  • Scénario : John Paxton
  • Musique : Alfred Newman
  • Photographie : Joseph MacDonald
  • Montage : Dorothy Spencer
  • Pays : Etats-Unis
  • Genre : Drame / Film noir
  • Durée : 92 mn

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