Alec Baldwin est The Shadow pour Russell Mulcahy

Alec Baldwin est The Shadow pour Russell Mulcahy

Synopsis :

Ancien criminel ayant mis le Tibet à feu et à sang, Lamont Cranston est aujourd’hui le Shadow, justicier qui combat le Mal à New-York. Mais l’arrivée en ville du dernier descendant de Gengis Khan, lui aussi versé dans les arts sombres, risque de faire basculer la cité dans le chaos. Leur confrontation est inévitable.

Critique :

Walter B. Gibson, ou plutôt son alter-ego Maxwell Grant, matérialise en 1931,à la demande des éditeurs Street & Smith, The Shadow, la mystérieuse voix introductive aux shows radiophoniques des Detective Stories. Plus de 300 romans et nouvelles plus tard, la légende est née. En 1937 et 1940, le personnage fait d’ombres fera ses premiers pas au cinéma dans Le Fantôme du Cirque. Le second étant le remake du premier (avec Rita Hayworth). Etrange titre qui renvoie plus au comic strip Le Fantôme créé en 1936 par Lee Falk, père de Mandrake, qu’au héros de Grant.

Après ces deux apparitions, The Shadow se fond alors dans les ombres de la cité new-yorkaise pour ne réapparaître qu’en 1994 devant la caméra de Russell Mulcahy sous l’impulsion dès 1982 du producteur Martin Bregman. Ce dernier débute sa carrière dans les meilleures conditions en produisant coup sur coup Serpico (1973) et Un Après-midi de Chien (1975). Les années 80 seront tout aussi riches avec des titres comme Venin, Un Flic aux Trousses, Scarface et Mélodie pour un Meurtre. The Shadow fera immédiatement suite à L’Impasse dans la filmographie de Bregman qui suit durant un temps celle d’un certain Al Pacino.

Le scénario original reprenant le personnage de Lamont Cranston / The Shadow est confié au scénariste en vogue en ce début des années 90. En effet, David Koepp crève l’écran en signant l’adaptation du roman à succès Jurrasic Park de Michael Crichton que mettra en images Steven Spielberg. La suite ne sera qu’une succession de succès. L’Impasse (encore), Mission Impossible, Le Monde Perdu : Jurrassic Park au cours duquel il se fera dévorer par un T-Rex en balade, Snake Eyes, Panic Room, Spider-man, La Guerre des Mondes seront à mettre à son crédit.

Russell Mulcahy, dont l’inventivité et les choix artistiques risqués ne sont plus à démontrer, se voit confier la réalisation. Celui qui débuta par des clips vidéos pour le groupe australien AC/DC, Elton John, Duran Duran, Rod Stewart et bien d’autres marquera les esprits en réalisant Razorback et Highlander. Malheureusement, la suite directe de ce dernier sonnera une longue traversée du désert pour un Mulcahy toujours errant même si The Shadow redore quelque peu son blason. Le monteur Peter Honess qui recevra en 1998 le prix du meilleur montage au British Academy Film Awards pour L.A. Confidential et le directeur de la photographie Stephen H. Burum (L’emprise – j’en tremble encore – , Les Incorruptibles, L’Impasse – re encore) rejoignent l’équipe technique pour donner à cette histoire de super-héros les atours du film noir.

Réaliser un polar entre 1940 et 1958 n’en fait pas pour autant un film noir. Tourner un thriller à compter des années 70 ne le classe pas obligatoirement dans la catégorie néo-noir. De la même manière, adopter l’esthétique du film noir ne confère pas à l’œuvre ce statut et pourtant The Shadow, lui, y parvient. Mais ce n’est pas uniquement grâce à son design et au respect du cahier des charges du genre.

S’il est vrai que l’ambiance très années folles est parfaitement restituée avec ses costumes, ses véhicules et ses clubs identifiables au premier coup d’œil, si Margo Lane est un mélange subtil de femme amoureuse et de femme fatale de par son pouvoir, si l’idée de faire du méchant un asiatique comme au temps béni de l’âge d’or hollywoodien, The Shadow puise finalement sa force dans une autre caractéristique du film noir. Le genre naît de l’expressionisme allemand et de sa réalité déformée des matières. L’éclairage y est pour beaucoup altérant les formes sous forme d’ombres projetées. Ombres émanant de bâtiments, d’objets ou de personnages. Ombres créant autant de zones dangereuses pour les protagonistes. The Shadow est la représentation ultime du genre. Le personnage de Lamont Cranston, tout comme son alter ego, s’efface au profit de son ombre, cette dernière devenant un personnage à part entière. Un hommage respectueux à un des codes les plus importants du genre. L’occasion pour moi de vous proposer un autre hommage tout aussi réussi, voire plus. Je veux bien sûr parler du formidable court-métrage Dans l’Ombre signé Fabrice Mathieu qui emprunte d’ailleurs certains plans à The Shadow.

L’autre grande réussite de The Shadow est de parvenir à s’inscrire dans la droite lignée du Batman version Tim Burton sorti cinq ans auparavant. L’analogie entre les deux œuvres ne s’arrêtent cependant pas à l’esprit très comics qui les habitent. The Shadow n’est rien d’autre que l’esquisse du Batman. Lamont Cranston et Bruce Wayne, deux milliardaires bourreaux des cœurs sans attache et en apparence futiles, possèdent chacun leur part d’ombre, combattent le crime par la terreur qu’inspire leur image, ou leur absence d’image. La principale différence entre les deux hommes se situe dans leur ouverture aux autres. Si Cranston possède une « armée » d’alliés prête à le servir, Wayne se repose sur la seule figure paternelle d’Alfred Pennyworth. Et même si les compositeurs ne sont pas les mêmes d’un film à l’autre (Danny Elfman / Jerry Goldsmith), leur score respectif s’avère relativement proche. Avec Le Fantôme du Bengale, Les Aventures de Rocketeer et donc ce Batman premier du nom, The Shadow forme un quadriptyque super-héroïque des plus sympathique.

La réalisation de Russell Mulcahy est suffisamment enlevée pour que l’intérêt du spectateur ne se laisse pas distraire par le simplisme du scénario et des effets spéciaux dont la qualité est parfois aléatoire mais qui participent néanmoins au charme surannée de l’ensemble. Le charisme d’Alec Baldwin (Malice) y est également pour beaucoup. Il s’avère tout aussi à l’aise dans la peau de Cranston que dans la peau du shadow. Penelope Ann Miller (Relic) est également parfaite en belle jeune femme possédant le don de lire dans les pensées et devenant de fait un danger pour notre héros. Face à eux, John Lone si puissant dans Le Dernier Empereur se contente ici de cabotiner. Mais ce n’est rien à comparer de Tim Curry (Cluedo) en totale roue libre. Petit rôle sans réelle importance pour Ian McKellen (La Forteresse Noire). Peter Boyle (Les Copains d’Eddie Coyle) s’en tire finalement mieux.

Un excellent divertissement qui fleure bon les serials des années 40/ 50. Alec Baldwin est très à l’aise dans la peau de ce Shadow. La réalisation de Russell Mulcahy est enlevée sans être tapageuse. Un spectacle familial de premier ordre.

Edition bluray :

L’Atelier d’Images nous propose The Shadow dans un master de tout premier ordre dont la qualité baisse naturellement sur les scènes avec effets spéciaux. Les différentes vues de New York sont bluffantes tout comme les gros plans sur les visages. La bande-son est démente comme l’on pouvait s’y attendre avec un Shadow passant d’une enceinte à l’autre pour une immersion totale.

The Shadow est accompagné des bonus suivants : De l’ombre à la lumière, entretien avec Océane Zerbini, spécialiste pop culture, une analyse de séquence, les interviews récentes de l’équipe du film avec le réalisateur Russell Mulcahy, les acteurs Alec Baldwin et Penelope Ann Miller, le chef décorateur Joseph Nemec III, le directeur de la photographie Stephen H. Burum et le scénariste David Koepp, un court-métrage de la série de films The Shadow produite par les studios Universal A Burglar to the Rescue (1931) réalisé par George Cochrane, un making of d’époque et une bande-annonce.

The Shadow est disponible en bluray et dvd ici.

Fiche technique :

  • Réalisation : Russell Mulcahy
  • Scénario : David Koepp
  • Musique : Jerry Goldsmith
  • Photographie : Stephen H. Burum
  • Montage : Beth Jochem Besterveld et Peter Honess
  • Pays  États-Unis
  • Genre : Film noir, fantastique
  • Durée : 103 minutes
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7 réflexions sur « Alec Baldwin est The Shadow pour Russell Mulcahy »

  1. Je ne l’ai jamais vu. Pourtant, au vu du casting et de l’équipe ici réunis, il a tout pour me séduire, y compris cette atmosphère de serial rétro qui faisait le charme de ces héros un peu désuets. Ta comparaison avec Batman a fait sens tout de suite à la lecture. Mulcahy n’a peut être pas pas l’imaginaire visuel de Tim Burton, ni les mêmes thématiques torturées, mais je fais entièrement confiance à David Koepp pour écrire une histoire qui tient la route.

  2. « The Shadow » ferait-il de l’ombre à « Batman » ? 😊 Je suis passé à côté du film lors de sa sortie. Tu m’as convaincu de lui donner une chance. Effectivement, après des débuts fracassants (« Razorback », « Highlander »), le reste de la carrière de Mulcahy tire pas mal la tronche… Je sauverais néanmoins son polar « Ricochet » (essentiellement pour ses quelques excès bis). Tu cites « The Rocketeer » : voilà une péloche de super héros old school que j’aime bien (et puis dedans il y a Jennifer Connelly. La Jennifer Connelly période « Hot Spot »! 😍). En revanche, j’ai totalement oublié « Le Fantôme du Bengale » (mauvais signe ?)… Bravo pour cet article ô combien instructif et qui donne envie de se faire un p’tit bol de serials.

  3. L’atmosphère où baignaient les serials et autres romans de gare est ici parfaitement restituée. Bien sûr, on est loin de la richesse visuelle d’un Tim Burton mais, bel avantage, Gotham s’y prête particulièrement. Mulcahy n’a pas cherché à en faire des tonnes et c’est très bien. Mis à part la diffusion des messages à l’intention du Shadow, on est dans le « crédible »…

  4. L’époque bénie où les films de super-héros n’étaient pas un immonde salmigondis d’effets spéciaux finalement indigeste. Revenons au Fantôme. Passé son costume, qui est loin de le faire passer inaperçu dans une forêt, le charme fonctionne. Là encore, personne ne se prend réellement au sérieux et c’est tellement fun.

  5. Ce charme rétro, Joe Johnston l’a retrouvé pour les besoins de son « Captain America ». Dans ce « First Avenger », on sent bien la patte du réal de « Rocketeer »… Va falloir que je me refasse ce « Fantôme » alors. Et dans la foulée, je vais tenter de réévaluer « Barb Wire » et « Tank Girl ». J’ai bien dit tenter.

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