Bertha Boxcar (Boxcar Bertha)

Bertha Boxcar (Boxcar Bertha)

Synopsis :

L’odyssée criminelle de la jeune Bertha Thompson dans l’Amérique de la Grande Dépression, entre amours contrariés et braquages.

Critique :

A l’origine du projet, le prolifique réalisateur / scénariste / producteur / acteur Roger Corman qui souhaite adapter sur grand écran la vie de Bertha Thompson décrite dans Sister of the Road : The Autobiography of Boxcar Bertha signé en 1937 par Ben L. Reitman. Autobiographie qui s’avérera finalement montée de toutes pièces par l’auteur lui-même comme il le reconnaîtra bien plus tard. Corman y voit la possibilité de redonner un rôle de criminel à une femme après son Bloody Mama sorti en 1970 dans lequel nous suivions la violente dérive d’une famille sous l’impulsion de la matriarche. Le sujet vous parle ? C’est normal, il s’agit ni plus ni moins que du remake de Ma Barker et son Gang réalisé dix ans auparavant par Bill Karn et dont vous pouvez retrouver la critique ici.

Corman confie l’écriture de Bertha Boxcar aux époux Joyce et John Corrington qui ont fait leurs armes sur Le Baron Rouge avec Don Stroud et Le Survivant avec Charlton Heston. Suivront La Révolte des Gladiatrices de Steve Carver, La Bataille de la Planète des Singes de J. Lee Thompson et enfin pour la télévision Killer Bees. Remarqué pour son travail d’assistant réalisateur auprès de Michael Wadleigh (Wolfen) sur le film documentaire Woodstock sorti en ’70, Martin Scorsese s’en voit proposé la réalisation. Bertha Boxcar sera le second film, après Who’s Knocking at my Door, d’une carrière marquée de nombreuses réussites formelles.

Mean Streets (qui suit Bertha Boxcar), Taxi Driver, Les Affranchis, Les Nerfs à Vif, Casino, Les Infiltrés, Shutter Island, The Irishman, autant de films incontournables dans l’œuvre de Scorsese. Et je ne cite que ceux entrant dans le thème du site. Ses films ont marqué plusieurs générations de cinéphiles quand ils n’ont pas accompagné les plus vieux d’entre nous tout au long de leur vie. Il existe une somme incroyable d’ouvrages sur l’homme et sur son travail. Patrick Brion, Paul Duncan, Steve Schapiro, Richard Schickel et bien d’autres se sont penchés sur le sujet. La sortie sur support physique d’un film réalisé par le Monsieur, peu connu dans nos contrées parce que très rarement diffusé, prend des tournures d’évènement sur lequel il est normal de s’arrêter.

La Grande Dépression. Un couple follement amoureux et criminel par la force des choses. Une fin dramatique. Cela vous rappelle quelque chose ? Bonnie and Clyde bien sûr, réalisé en 1967 par Arthur Penn, et qui reste encore aujourd’hui le maître étalon du genre. Bien que le contexte général des deux films soit similaire, Bertha Boxcar se démarque de son glorieux aîné par un arrière plan social bien particulier et une photographie aux couleurs douces, le tout au son du Hillbilly. Deux personnages se détachent du lot et participent à conférer à l’ensemble une personnalité bien personnel, Bertha Thompson et Big Bill Shelly. Ce sont ces deux personnages qui font faire progresser une intrigue riche en rebondissements.

Employé à construire des voies ferrées pour le compte du tout-puissant chemin de fer, Big Bill Shelly est surtout un syndicaliste s’opposant aux conditions de travail qu’impose le patronat. Il est de fait blacklisté par ses employeurs qui le considèrent comme un dangereux militant communiste et lancent à ses trousses ce que l’on appelait communément des briseurs de grève (généralement des flics sur leur temps libre voire des membres de la pègre). Forcé de fuir, sans le sou, il prendra les armes à son corps défendant et dévalisera des trains par pure vengeance. Dans son sillon, il entraînera Bertha dont il est tombé amoureux, un homme noir, Von Morton, et un joueur, Rake Brown. La croisade de Big Bill Shelly est surtout l’occasion pour Scorsese de convoquer un certain pan de l’histoire américaine. Celle de la guerre de Sécession avec de régulières références aux nordistes et aux confédérés, celle de la conquête de l’Ouest et sa construction de lignes ferroviaires, celle du racisme au travers du personnages de Von Morton…

Si Big Bill Shelby est le vrai moteur de l’histoire, Bertha « Boxcar » Thompson est la témoin privilégiée de sa quête. Scorsese en fait une sorte de madone érotisée, le réalisateur posant sur la belle une caméra amoureuse, attentive à chacun des mouvements langoureux de son héroïne. Une cuisse qui se révèle en toute candeur, une bouche à la moue gourmande, rien n’échappe à Scorsese. La tension érotique qui habite son film est palpable mais jamais racoleuse. C’est avec le plus grand naturel qu’il la filme nue, seulement parée de bijoux récemment volés, comme il a pu filmer quelques années auparavant des nymphes dansant aux sons des guitares et des chansons du festival de Woodstock. Elle aussi connaîtra l’exode, la délinquance, la prostitution. Mais jamais, elle ne sera jugée ni par le réalisateur, ni par les personnages ni même par le spectateur. Les années 30 étaient rudes. Seule comptait la survie.

La religion a toujours fasciné Martin Scorsese et Bertha Boxcar n’échappe pas à la règle. Celui-ci fait de Big Bill Shelby un Christ volontiers anarchiste dans sa démarche de remise en question de la société, suivi par deux « apôtres » qui embrassent sa cause. Il entraîne également dans son sillage la belle Bertha Thompson très Marie-Madeleine dans l’écriture du personnage. Pour parfaire cette filiation biblique, Scorsese fera connaître à Big Bill une fin tragique de sa représentation en étant crucifié à l’une des portes d’un boxcar (wagon de marchandise) par ses poursuivants. Avant de clôturer son film par une fusillade digne d’un Sam Peckinpah !

Pour incarner les deux amants, nous retrouvons Barbara Hershey (elle incarnera – à nouveau ? – Marie-Madeleine dans La Dernière Tentation du Christ du même Scorsese) et David Carradine. Dire que les deux acteurs incarnent à la perfection leur personnage est un doux euphémisme. Leur couple fonctionne à merveille bien aidé en cela par le fait qu’ils vivent ensemble depuis 1969. Viennent compléter leur « gang », Barry Primus (New York, New York) et Bernie Casey (L’Anti-gang), tous deux parfaits. Face à eux, sous les ordres du despote John Carradine (Chasse à l’Homme), deux seconds couteaux, Victor Argo (Bad Lieutenant) et David Osterhout (Private Duty Nurses) plus enclin à la violence qu’au dialogue. Un casting charismatique en somme.

Drame social au sous-texte biblique prenant la forme d’un western qui ne dit pas son nom, Bertha Boxcar est un premier film plein de promesses. Scorsese trouvera très vite ses marques et nous livrera l’année suivante un Mean Streets finalement bien plus personnel.

Edition bluray :

Rimini Editions nous donne la possibilité de (re)découvrir Bertha Boxcar dans des conditions optimales. Les couleurs sont vives, le grain parfaitement géré et le niveau de détail très élevé. Proposée en version française et en version originale sous-titrée français, la bande-son s’avère très riche en ambiance et met parfaitement en avant la musique signée Gib Guilbeau et Thad Maxwell. Du très bon travail.

Bertha Boxcar est disponible en combo bluray et dvd auprès de la boutique Potemkine (par exemple) ici et chez Metaluna Store ici.

Fiche technique :

  • Réalisation : Martin Scorsese
  • Scénario : Joyce Hooper Corrington et John William Corrington
  • Musique : Gib Guilbeau et Thad Maxwell
  • Photographie : John M. Stephens
  • Montage : Buzz Feitshans
  • Pays : États-Unis
  • Genre : Drame
  • Durée : 88 minutes
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5 thoughts on “Bertha Boxcar (Boxcar Bertha)

  1. Un Scorsese qu’on ne cite pas souvent et vaut pourtant le détour ! Un film de commande pas si impersonnel que tu résumes parfaitement en ces termes : « Drame social au sous-texte biblique prenant la forme d’un western qui ne dit pas son nom… » Et à propos de Barbara Hershey, j’en rajoute une couche : elle est absolument sublime dans le rôle-titre ! Hâte également de choper ce blu-ray événement (chouette visuel). Il viendra remplacer mon vieux dvd « MGM » et son horrible format recadré…

    1. Ce fut une découverte pour moi et une belle claque. Les thèmes chers à Scorsese sont déjà bien présents. Il arrive à se démarquer du tout-venant des films traitant de cette époque que c’en est fascinant. Je te rejoins au sujet de Barbara Hershey, elle est très belle. Concernant l’édition signée Rimini, elle est simplement parfaite et effectivement le visuel de la jaquette est très beau!

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