Compte à Rebours Mortel (D-Tox)

Compte à Rebours Mortel (D-Tox)

Synopsis :

L’agent du F.B.I. Jake Malloy intègre un programme de désintoxication après que son épouse ait été tuée par un tueur de flics qu’il traquait. Alors qu’une violente tempête de neige isole le groupe, Malloy comprend qu’il n’est pas arrivé seul au Centre.

Critique :

Promis à une vie de fermier, héritage familial oblige, Clinton Howard Swindle s’oriente vers le journalisme dès son entrée à l’University of North Texas. Son diplôme en poche, il travaille pour le Lubbock Avalanche-Journal, périodique texan. En pleine guerre du Vietnam, Swindle s’enrôle chez les Marines. Après avoir été formé au renseignement, il embarque sur l’USS Oklahoma City direction le Golfe du Tonkin pour une mission de 14 mois. Démobilisé, il retourne dans son Texas natal et travaille au Dallas Herald Tribune jusqu’au milieu des années 70. Sa carrière littéraire sera tardive puisque son premier roman, Once Hero, fortement inspiré par son expérience militaire, est édité en 1991. Suivront cinq romans entre 1992 et 2000. Jitter Joint, et son flic alcoolique confronté à un tueur en série s’inspirant des 12 étapes des Alcooliques Anonymes, est édité en 1999 et se voit adapté en 2002 sous le titre français Compte à Rebours Mortel mais bien plus connu sous celui américain, D-Tox.

Après un très bon Copland, Sylvester Stallone connaît en ce début des années 2000 deux sacrées déconvenues, Get Carter et Driven, véritables fours au box-office américain et mondial. Dans l’espoir de relever la star, son producteur du moment, Kevin King, charge le scénariste débutant Ron L. Brinkerhoff (Coast Guards) d’adapter le roman de Swindle et de dépoussiérer pour l’occasion le whodunit. A la réalisation, le britannique Jim Gillepsie disparu des écrans radars depuis son sympathique Souviens-toi… l’Eté Dernier. A la photographie, nous retrouvons Dean Semler qui a à son actif des titres porteurs tels que Mad Max 2 : Le Défi, La Chevauchée de Feu (si vous ne l’avez pas vu, foncez, ne serait-ce que pour la charge finale des cavaliers australiens contre un fort turc), Calme Blanc (formidable huis-clos maritime), Danse avec Les Loups, Apocalypto… Le montage est assuré par Steve Mirkovich qui peut s’enorgueillir de deux collaborations avec John Carpenter (Les Aventures de Jack Burton dans les Griffes du Mandarin et Prince des Ténèbres) et Timothy Alverson en charge depuis 2018 des énièmes résurrections de Michael Myers (Halloween, Halloween Kills – sous le nom de Tim Alverson). En résumé, rien de bien folichon si ce n’est l’assurance d’avoir une photo de qualité pour ce D-Tox.

Avant d’entrer dans le vif du sujet et de se livrer au jeu de massacre promis au public, D-Tox va nous asséner quelques lieux communs et citer en référence certains de ses glorieux aînés. Et pas toujours de manière très fine. Ainsi, après un générique destructuré et franchement bordélique (un Aspro, svp!), imitant avec maladresse celui de Seven, où le tueur, via une voix off, nous explique ses motivations, au demeurant totalement incompréhensibles, Jim Gillepsie va s’attacher à nous présenter un flic amoureux, motivé comme jamais à mettre fin aux exactions du tueur. Bien évidemment, ledit tueur, au modus operandi particulier – il sonne à la porte de ses victimes et leur transperce l’œil à travers le judas avec une perceuse (!) pour finir par les tuer et les mettre en scène dans des positions dégradantes – va s’en prendre à la femme de notre héros. Le traumatisme du héros est bien là. Ouf, nous voilà sauvés ! Jack Slater n’approuve absolument ce procédé qui veut que le héros soit systématiquement ainsi maltraité.

Comme de par hasard, le tueur est cette fois-ci immédiatement localisé histoire d’opposer rapidement le Bien et le Mal et d’en remettre une couche dans la tronche d’un Malloy déjà bien mal en point. Une rapide fusillade dans le couloir d’une usine rappelant celle entre Harry Callahan et Scorpio puis un tir réflexe sur un collègue bâillonné – Popeye Doyle approuve – et nous retrouvons le malheureux policier à vider des canons dans un bar quelconque avant de se tailler les veines en repensant à sa dulcinée. Fin d’une première partie convenue et maladroite où Stallone nous livre une prestation parfois gênante pour le spectateur (la scène du choix de la bague) et où la gestion des figurants laisse pantois à plusieurs reprises (la découverte par Sly du corps de sa future épouse entouré de flics qui s’en battent royalement les steaks).

Direction le Wyoming, ses routes enneigées, son ciel chargé, ses lacs gelés, ses cabanons de pêche. La sombre clinique, dressée comme un phallus, ressort parfaitement sur le blanc immaculé de la neige. L’intérieur est aussi froid que le dehors. Murs gris, couloirs obscurs, absence de décoration, cellules spartiates en guise de chambres. On se croirait presque dans une certaine base américaine en Antarctique. D’ailleurs, quelques prises du vue sentent le réchauffé. Il est évident qu’en de tels lieux les patients risquent d’en baver des ronds de chapeau. Le but recherché par le directeur des lieux, ancien flic alcoolo, est de confronter ses nouveaux patients à leurs démons pour mieux les combattre. Largué par son patron comme on largue un gosse en colo, Malloy se retrouve au milieu de collègues bien barrés et de moniteurs – zut ! – d’employés qui ne valent guère mieux. Attention à la galerie de clichés balancée à coups de truelle dans la trogne du spectateur. Voyez plutôt.

Un musculeux membre du SWAT qui traite tout le monde de pédale, une flic de L.A. violente, un autre des stups qui a dû sniffer et s’injecter toute la salle des scellés, un jeune flic au bout du rouleau à force de voir des gosses morts, un membre de la police montée canadienne (sans son cheval), un représentant sympathique de Scotland Yard (on se demande ce qu’il fout là lui !), un black obligatoirement croyant et des anonymes dont on sait qu’ils ne passeront pas les 10 prochaines minutes. Sans oublier le chargé de la maintenance que l’on croirait évadé du Nostromo et qui s’acharne à maintenir les installations en marche, une mignonne psy qui en pince très vite pour notre héros et quelques autres qui font le nombre et dont on se fout pertinemment. Evidemment, parmi tout ce beau monde, se cache le tueur de flics qui a fait boire la tasse à un patient pour s’infiltrer et continuer de coller aux basques de notre pauvre Malloy. Comme si tout cela ne suffisait pas à plomber l’ambiance, une tempête de neige leur tombe sur la courge, la chaudière décide de tirer sa révérence et il n’y a plus de café.

Tous les éléments propres au whodunit sont en place – unité de lieu, de temps et protagonistes stéréotypés. Il ne reste plus qu’à tenter d’identifier le coupable tout en se jouant des fausses pistes disséminées ça et là par un scénariste malin et un réalisateur qui sait jouer avec les nerfs des spectateurs. Attendez une minute ! On parle bien de D-Tox là, non ? Oui ? Mais alors, tout ce que l’on vient de dire tombe à l’eau. Les personnages sont dessinés si grossièrement qu’il est aisé, non seulement, de pressentir leur ordre de passage devant Saint Pierre mais surtout de deviner l’identité du tueur. D-Tox est d’une linéarité confondante, sans surprise, ne cherchant à tirer le spectateur de sa torpeur que par quelques jumpscares bien paresseux. Les morts s’accumulent tout comme les incohérences. Comment expliquer que ces flics alcoolos, drogués, suicidaires soient encore en possession de leur arme de service et se présente tranquillement en cure porteur de ces dernières ? Comment s’expliquer que le tueur, se déplaçant tel un alien par les conduits d’aération, dérobe les dossiers médicaux des patients pour ne pas être identifié (donc le toubib et la psy n’ont pas pris connaissance de ces dossiers ?) mais laisse les armes en place au risque de se mettre en danger ? Les réactions de certains personnages sont aussi aberrantes que celles que peuvent avoir les victimes des slashers (on se sépare dès qu’on en a la possibilité histoire de). A croire qu’ils n’ont jamais vu un seul film de leur vie…

Au générique, nous retrouvons donc Sylvester Stallone peu à l’aise dans les scènes intimistes mais qui tient toujours aussi bien la route dès que le rythme s’accélère, Robert Patrick (Terminator 2), Jeffrey Wright (le Felix Leiter de l’ère Daniel Craig) et Stephen Lang (La Manière Forte) en total roue libre, Tom Berenger (La Main Droite du Diable) visiblement peu intéressé par le projet au contraire de Charles S. Dutton (Alien 3) qui s’amuse comme un petit fou. Robert Prosky (Last Action Hero), Christopher Fulford (Ludwig Van B.), Kris Kristofferson (Le Convoi), Courtney B. Vance (L’Ultime Souper) et Polly Walker (Jeux de Guerre) se contentent du minimum syndical. Rôle anecdotique pour Dina Meyer (Starship Troopers). Lorsque même le casting ne croit pas au projet auquel il participe…

Malgré toutes ses incohérences, ses approximations, sa réalisation peu inspirée, son interprétation fadasse, D-Tox jouit d’une certaine indulgence qui jusqu’à aujourd’hui ne l’a pas fait tomber définitivement dans l’oubli. Toujours est-il que ce n’est pas avec ce film que Stallone a redoré son blason. Il lui faudra attendre la fin des années 2000 et le retour de Rocky Balboa et John Rambo, deux valeurs sures, pour qu’il rentre à nouveau en grâce dans le cœur des cinéphiles.

Edition dvd :

Pour l’occasion, j’ai revu D-Tox en dvd laissant de côté l’édition blu-ray sorti chez Esc Distributions (ici). Des retours que j’ai pu en avoir, l’édition de l’éditeur parfois décrié par certains laissent à penser qu’elle apporte un gain de qualité au niveau de l’image par rapport à l’ancienne édition Universal. Toujours est-il que le dvd signé de ce même studio tient encore pas trop mal la route et permet de profiter pleinement du spectacle proposé.

Fiche technique :

  • Réalisation : Jim Gillespie
  • Scénario : Ron L. Brinkerhoff
  • Musique : John Powell
  • Photographie : Dean Semler
  • Montage : Timothy Alverson et Steve Mirkovich
  • Pays : États-Unis et Allemagne
  • Genre : Thriller
  • Durée : 96 minutes
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4 réflexions sur « Compte à Rebours Mortel (D-Tox) »

  1. D-tox est ici D-truit bien comme il faut sous une averse critique jubilatoire. Je passe mon chemin donc.
    Merci pour cette lecture préventive 😉

  2. Ouch ! L’un des Sly les plus calamiteux des années 2000 (et que dire de « Get Carter », « Driven », « Mafia Love » et – le pire – « Spy Kids 3 » ?). Un slasher en huis clos se déroulant dans un cadre à la « The Thing » : sur le papier, « D-Tox » s’annonçait plutôt bien. Au final, on s’est farci un bon gros film de couloir shooté au Lexomil, bourré d’incohérences, bref, mal fichu de bout en bout… Pour se dégeler les mirettes, mieux vaut se revoir les magnifiques « Rocky Balboa » et « John Rambo », deux réussites miraculeuses ayant sorti l’étalon italien de l’enfer de cette sinistre décennie…
    Sinon, excellent texte, as usual (suspects).

  3. Le pire dans tout ça, c’est que je le revois avec plaisir. Et toujours en me disant : « Qu’est-ce que c’est mauvais ! ». Et après plusieurs mois, en panne d’inspiration ou juste pour faire un break, je me dis: « Et si on regardait D-Tox ? » Et zou, rebelote!

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