Contre Toute Attente (Against All Odds)

Contre Toute Attente (Against All Odds)

Synopsis :

Terry Brogan, sportif blessé mis au ban de son club, est chargé par son ami Jake Wise de retrouver sa petite amie, la belle Jessie Wyler. Il en tombe immédiatement amoureux et décide de s’enfuir avec elle.

Critique :

En 1961, le président John Fitzgerald Kennedy crée le Peace Corps, dont le premier directeur fut Sargent Shriver. Cette agence indépendante avait pour but de favoriser les échanges entre les États-Unis et les pays où ses volontaires intervenaient dans des domaines aussi variés que l’éducation, l’économie, l’agriculture ou l’écologie. A l’issue de ses études, Taylor Hackford intègre cette organisation et c’est lors de ces années de service en Bolivie qu’il commence à prendre goût à la réalisation de films. Dès son retour, il est engagé par la chaîne de télévision KCET pour laquelle il réalise de nombreux reportages et documentaires d’investigation. Il entre de plain-pied dans le monde du cinéma avec un court métrage en 1978 et connait la consécration cinq ans plus tard lors de la sortie d’Officier et Gentleman avec Richard Gere et Debra Winger (La Veuve Noire). A l’issue du tournage de ce dernier, il se lance dans un nouveau projet, Contre Toute Attente, remake de La Griffe du Passé réalisé en 1947 par Jacques Tourneur avec Kirk Douglas, Robert Mitchum et Jane Greer, pour lequel il portera la double casquette de réalisateur / producteur.

Le scénario est confié à Eric Hugues qui vient de signer celui de La Guerre des Abîmes de Jerry Jameson avec Jason Robards. Pour ce faire, Hugues ne se base non pas sur le roman de Daniel Mainwaring mais directement sur l’adaptation qu’en a tiré ce dernier. Produit par la Columbia Tristar, la photographie est confiée à Donald E. Thorin (Le Solitaire), qui retrouve pour l’occasion Taylor Hackford, et le montage à Fredric Steinkamp (Les Tueurs de San Francisco avec Alain Delon, (Soleil de Nuit) et son fils William (Tootsie, Out of Africa).

On sait que le film noir a été un formidable pourvoyeur de jeunes talents et une occasion unique pour de nombreux réalisateurs, parfois même expatriés, de pouvoir s’exprimer. On sait également que ces productions étaient assujetties à des contraintes financières drastiques. Par soucis d’économie, l’innovation devient le maître mot des équipes de tournage. Les films sont courts, voire pour certains très courts. Et le résultat est visible à l’écran. L’intrigue est dégraissée jusqu’à l’os, les scènes de transition n’ont pas lieu d’être, les sous-intrigues n’ont ici aucune valeur. Le film noir est une question de temps et comme ses protagonistes, ce genre n’a pas le temps.

Puis vinrent les années ’70 et le néo-noir. Les studios assoient leur puissance. Les productions se voient injecter de plus grosses sommes d’argent. Il faut que cela se voit à l’écran. Le spectateur doit en avoir pour son argent. Les scénarios deviennent bien plus complexes. Il faut dire que les auteurs s’attaquent à l’Administration en place et aux arcanes nébuleuses de la politique. L’histoire devient trouble, tortueuse. La durée des films s’allonge. Les sous-intrigues retrouvent enfin leur place. C’est un exercice périlleux que de savoir maintenir l’attention du public pendant près de deux heures. Surtout lorsque l’on a pas grand-chose à dire.

Nous voilà dans les années ’80 marquées par l’arrivée au pouvoir de Ronald Reagan, signant l’arrêt des idées progressistes et un retour aux valeurs conservatrices. Hollywood est impacté mais fait acte de résistance en créant un sous-genre, le thriller teinté d’un érotisme soft. Mais la lecture est double. Si le thriller érotique donne la part belle aux personnages féminins, il en fait parfois une victime de sa condition. A l’opposé de l’image de la femme fatale du film noir. Heureusement, certains réalisateurs persistent et signent. Lawrence Kasdan (La Fièvre au Corps) et Adrian Lyne (Liaison Fatale), pour ne citer qu’eux, sont de ceux-là. Contre toute Attente voudrait s’inscrire dans cette mouvance mais, à trop vouloir en faire, le film finit pas ne rien avoir à proposer.

En temps que remake officiel de La Griffe du Passé, Contre toute Attente se devait de se présenter aux spectateurs vêtu des atours du film noir. Pour se faire, Taylor Hackford se fend dès le générique fini d’un flashback nous révélant comment notre détective amateur se retrouve à rechercher une femme dans une petite ville côtière du Mexique. Si l’intrigue se laisse suivre sans déplaisir, il apparaît très vite que le rythme, comme écrasé par le soleil californien et par la moiteur mexicaine, est sacrément paresseux. Et ce n’est pas une sous-intrigue confuse, faite de malversations et de manœuvres politiques, qui va nous sortir de notre torpeur. Puis commence la seconde partie, le moment où Terry retrouve Jessie. Le drame va enfin pouvoir s’abattre sur tout ce beau monde.

Que nenni ! S’il faut bien reconnaître une chose à Taylor Hackford, c’est qu’il n’est absolument pas à l’aise pour filmer la naissance d’une idylle et encore moins la consommation de cette dernière. Une fois de plus l’ennui finit par dominer les (d)ébats. Jamais le spectateur ne s’intéresse à ce couple de cartes postales auquel on ne croit pas un instant. Jamais les scènes « torrides » n’émoustillent un spectateur consterné d’avoir été trompé sur la marchandise. Catherine Tramell et Bridget Gregory ont encore de beaux jours devant elles. Là où les deux belles utilisaient l’attirance qu’éprouvaient les hommes pour elles, Jessie Wyler n’est jamais réellement mise en valeur par le réalisateur et son interprète, Rachel Ward, n’a ni le charisme ni ce je ne sais quoi qui rendent Sharon Stone et Linda Fiorentino inoubliables.

Ce que l’on pourrait considérer comme la troisième et dernière partie ne relève malheureusement pas le niveau. Bien au contraire. Taylor Hackford verse dans le thriller politique, sans omettre le moindre cliché. Jessie perd toute importance, Jake revient sur le devant de la scène dans le seul but, semble-t-il, de donner un peu de temps à l’écran à James Woods face à Jeff Bridges et Richard Widmark. L’intrigue est toujours aussi nébuleuse, la confrontation finale sur les lieux mêmes du projet immobilier sujet de toutes les convoitises est tout bonnement bâclée. Là encore, on parle beaucoup, on tente des explications mais rien de véritablement passionnant pour un spectateur qui a lâché la rampe depuis longtemps.

Rabattons-nous sur l’interprétation. Ou pas.

Vous avez aimé Jeff Bridges dans le King Kong de John Guillermin ? Oui ? Alors vous ne serez pas dépaysés par son jeu qui n’a pas évolué d’un iota depuis sa rencontre avec le nouveau pote de Godzilla. Seule la barbe semble avoir évolué… On le préférera mille fois dans Fat City de John Huston et dans Le Canardeur de Michael Cimino. Rachel Ward, la belle Rachel Ward ne fait que crier et pleurer sans jamais parvenir à imposer véritablement son personnage. James Woods (Coupable Ressemblance) est bien trop sur la retenue pour marquer les esprits et c’est bien dommage. Richard Widmark paye tranquillement ses impôts et Jane Greer, oui oui LA Jane Greer de La Griffe du Passé, est finalement ici le seul véritable héritage du film noir tout comme Paul Valentine présent ici aussi.

Vendre un film comme le remake d’un classique du film noir est une chose, réussir à s’élever ne serait-ce qu’au niveau de son illustre modèle en est une autre. La Griffe du Passé nous donnait à faire la connaissance d’une des pires femmes fatales du genre en la personne de Kathie Moffett (Jane Greer) et de contrebalancer cette dernière par un personnage féminin pur, Ann Miller (Virginia Huston). Ici, exit la tentatrice manipulatrice, place à une femme certes amoureuse, certes en fuite avec une forte somme d’argent, mais qui ne fait que subir les évènements. Une victime. Et je n’aborde même pas la seconde qui disparaît purement et simplement des écrans radars. Contre toute Attente est un grand moment d’ennui sans réel intérêt.

Mais n’était-ce pas prévisible ? N’y a-t-il pas un problème lorsque l’on se souvient plus de la chanson de générique de fin, ici interprétée par Phil Collins, que du film lui-même ?

Edition Bluray :

Sidonis Calysta nous permet de (re)découvrir Contre Toute Attente dans des conditions optimales. Après un début qui laisse présager du pire, le master s’améliore grandement. Couleurs pimpantes, niveau de détails élevé, grain parfaitement géré, c’est du tout bon. La bande-son n’est pas en reste. Claire et puissante dans les deux versions.

Contre Toute Attente est complété par une présentation du film signée Gérard Delorme.

Contre Toute Attente est disponible directement auprès de Sidonis Calysta en bluray ici et en dvd ici.

Fiche technique :

  • Réalisation : Taylor Hackford
  • Scénario : Eric Hughes
  • Photographie : Donald Thorin
  • Montage : Fredric et William Steinkamp
  • Musique : Michel Colombier et Larry Carlton
  • Pays : États-Unis
  • Genre : Thriller
  • Durée : 118 minutes
close

Bienvenue Noiristas !

Inscrivez-vous vite pour recevoir les prochains articles à paraître chaque semaine

Nous ne spammons pas ! Consultez notre politique de confidentialité pour plus d’informations.

3 thoughts on “Contre Toute Attente (Against All Odds)

  1. Un film qui se résume au fameux « take a look at me now » de Phil Collins dans mon esprit. J’ignorais totalement qu’il s’agissait d’un remake de « Out of the past ». Visiblement très dispensable malgré son casting cinq étoiles. En même temps Taylor Hackford n’a jamais été un réalisateur qui m’a fait vibrer.

    1. Je dois avouer que ça a été un véritable supplice. Tellement long, tellement vain. Il est des films auxquels on ne devrait pas toucher tant ils sont complets, à moins de se réapproprier totalement le sujet. Mais là…! Je vais m’attaquer dans la semaine à Soleil de Nuit, mélange de thriller, d’espionnage et de danse. Là encore, un tube de Lionel Ritchie. Gamin, j’adorais ce film. J’ai un peu d’appréhension à le revoir !

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

%d blogueurs aiment cette page :