Contre une Poignée de Diamants (The Black Windmill)

Contre une Poignée de Diamants (The Black Windmill)

Synopsis :

Un espion, en difficulté dans son ménage, se retrouve au centre d’une sombre machination suite à l’enlèvement de son fils.

Critique :

Après de nombreuses années à servir dans l’armée de sa Majesté, Clive Egleton se retire avec le grade de lieutenant-colonel et se consacre alors exclusivement à l’écriture. Une carrière littéraire qu’il commence en 1970 et qu’il oriente très vite vers le roman policier et d’espionnage. Il utilise avec parcimonie deux pseudonymes, Patrick Blake et John Tarrant. Nous retiendrons ici ce dernier puisqu’il s’agit d’un personnage récurrent de son quatrième roman, Seven Days to a Killing, et qui se verra adapté au grand écran par Don Siegel sous le titre Contre Une Poignée de Diamants.

Le scénario est signé Leigh Vance, transfuge de la télévision à qui l’on doit de nombreux épisodes de séries à succès comme Le Saint, Chapeau Melon et Bottes de Cuir, Mission Impossible, Mannix ou bien encore L’Île Fantastique. Avec Contre une Poignée de Diamants, Don Siegel (La Ronde du Crime, A Bout Portant) s’accorde une parenthèse britannique après les succès de L’Inspecteur Harry et de Tuez Charley Varrick ! Frank Morriss qui a débuté sa carrière pour Steven Spielberg et son Duel est engagé pour travailler au montage du film quand Ousama Rawi (L’Ultime Attaque) est chargé de la photographie.

« My name is Bond, James Bond« . On doit à Ian Fleming, mais surtout aux adaptations cinématographiques de sa création littéraire, d’avoir instillé dans l’inconscient collectif la figure de l’espion classe et charmeur, sans réelle attache, brûlant la chandelle par les deux bouts, invincible dans l’adversité. En d’autres termes Sean Connery. Et celui qui a combattu voilà 12 ans le docteur No et au travers lui, le Spectre, a droit à son clin d’œil respectueux lorsqu’il est cité par erreur lors d’une réunion au sommet entre les différents chefs du contre-espionnage. Ce ne sera pas la seule référence faite au célèbre Bond dans Contre une Poignée de Diamants tant Siegel, en réalisateur facétieux, disséminera au cours de son récit de petites touches bondesques à l’égard des fans de la première heure. Mais, s’il flatte l’amateur, Don Siegel a sa propre personnalité, affirmée.

Chez lui, l’espion se rapproche plus d’une « réplique extra-terrestre » directement issue de l’une de ses précédentes œuvres, L’Invasion des Profanateurs de Sépultures, que d’une resucée fantasmée des hommes de l’ombre. Ombre, définition parfaite du Major John Tarrant, spécialisé dans l’infiltration, tant il s’avère dénué de la moindre émotion. Oh, il n’a pas toujours été comme ça ! Mais, en abandonnant sa carrière militaire au profit du MI5, il a laissé de côté toutes formes de sentiments ne présentant plus à ses interlocuteurs quels qu’ils soient qu’un visage impassible. Sa femme ne reconnaît plus en lui l’homme qu’elle a jadis connu, son fils placé en pension ne le voit que rarement. Les seuls avec qui il parvient à « dialoguer » sont ceux de son « espèce », ses collègues. Leurs échanges sont plats, sans passion, sans vie. Contre une Poignée de Diamants, L’Invasion des Profanateurs de Sépultures même combat ? Assurément. Du moins en cette première partie d’intrigue. Car sous l’apparente façade proposée par Tarrant un cœur bat. Lentement, il est vrai, mais il bat.

En 1988, Alain Delon prévenait son monde. Ne réveillez pas un Flic qui Dort. Il en est de même pour l’espion John Tarrant. Dans un premier temps comme détaché des intrigues qui se trament autour de lui, plaçant sa confiance dans ses chefs pour lui ramener son fils, il va vite comprendre qu’il n’est que quantité négligeable au sein d’une Organisation sans âme où seule l’intérêt commun compte. Nous tenons là le point de rupture. Comme si une cellule d’un organisme complexe s’affranchissait de ce dernier au risque de causer sa perte. Comme si une « copie » retrouvait et exprimait les sentiments de celui qu’elle a imitée. Son humanité revenue, c’est un père en colère, rompu aux arcanes troubles de l’espionnage et à ses dangers, qui va se dresser face aux ravisseurs de son fils et à leur commanditaire. Et qui pourrait l’arrêter ? Personne. D’autant plus que sa chère et tendre le retrouve enfin et s’avère une précieuse alliée.

Devant la caméra d’un autre, cette description froide du monde de l’espionnage pourrait en rebuter plus d’un. Il n’en est rien ici. Don Siegel, même s’il développe son intrigue avec le plus grand sérieux, parvient à rendre l’ensemble jamais trop pesant. Grâce notamment à de petites touches d’humour et à ces fameuses références au héros de Fleming toujours parfaitement amenées. On retiendra le parallèle fait entre la couverture de Tarrant et celle de Bond (immédiatement identifiable pour les lecteurs des romans), le passage dans les caves de MI5 où des « techniciens » inventent des gadgets (dont un attaché-case/pistolet qui manque de coûter la vie à Tarrant) ou bien encore à ce cinéma devant lequel se donne rendez-vous le couple Tarrant et qui diffuse La Bataille d’Angleterre (Tarrant, un sourire aux lèvres, se souvient que son fils l’a traîné 4 fois voir ce film) ! Si la réalisation est parfaite, force est de reconnaître qu’elle est encore plus réhaussée par le tenue d’un casting irréprochable.

Dans le rôle de John Tarrant, Michael Caine qui sort tout juste du machiavélique Le Limier de Joseph L. Mankiewicz. Même dans un rôle tout en retenue, l’acteur transpire la classe et le charme. Il lui suffit de décocher un petit sourire dont il a le secret pour que le spectateur adhère à sa quête. Donald Pleasance (La Nuit des Généraux, L’Aigle s’est Envolé) qui n’en est pas encore à traquer Michael Myers est parfait en chef de réseau obnubilé par la tenue de sa moustache. Face à eux, un habitué du cinéma de Don Siegel, John Vernon (le Maire dans L’Inspecteur Harry) fait le job en salopard. N’oublions pas la gente féminine avec Janet Suzman (Meurtre dans un Jardin Anglais, Une Saison Blanche et Sèche) et la française Delphine Seyrig (Peau d’Âne, Chacal). Une partie de l’intrigue se déroulant à Paris, nous retrouvons un second couteau bien connu du cinéma français, Yves Afonso, vu dans L’Horloger de Saint Paul, L’Eté Meurtrier.

Contre une Poignée de Diamants n’est pas le film le plus connu de Don Siegel. Il est pourtant essentiel dans sa filmographie tant il recèle en son sein tout ce qui a fait l’identité même du cinéma du réalisateur. Et pourquoi bouder son plaisir quand un éditeur digne de ce nom lui consacre une si belle édition.

Edition bluray :

Une fois de plus, Elephant Films nous gâte. Contre une Poignée de Diamants nous est présenté dans une copie sublime sans aucun défaut, au niveau de détail élevé et au grain parfaitement maîtrisé. Hormis deux très courtes scènes en très léger retrait, c’est tout simplement parfait. La bande-son, proposée en version française et en version originale sous-titrée français, est elle aussi au diapason. Sans souffle, puissante quand il le faut, elle rend parfaitement hommage à la musique signée Roy Budd (La Loi du Milieu, Le Cercle Noir).

Contre une Poignée de Diamants est complété par une présentation du film par Eddy Moine, entretien avec Olivier Père et bande-annonce d’époque. Et toujours une jaquette réversible.

Contre une Poignée de Diamants est disponible en combo bluray + dvd auprès de la boutique Elephant Films ici mais également auprès de Metaluna Store ici.

Fiche technique :

  • Réalisation : Don Siegel
  • Scénario : Leigh Vance
  • Montage : Antony Gibbs
  • Photographie : Ousama Rawi
  • Musique : Roy Budd
  • Pays : Royaume-Uni
  • Genre : Thriller
  • Durée : 106 minutes
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2 thoughts on “Contre une Poignée de Diamants (The Black Windmill)

  1. Encore un Siegel que je découvre à travers cet excellent article !
    Michael Caine à nouveau sous le manteau d’un agent sorti d’un roman de Fleming : voilà qui nous emmène jusqu à la série des Ipcress dont je n’ai vu que le premier film, « danger immédiat ». Pas mal vu le parallèle entre la vie « robotique » de l’agent et les clones de Body Snatchers. Pleasance laisse la balafre de Blofeld et prend la moustache, à la bonne heure ! Voilà un film qui semble avoir de la valeur, même si tu ne dis pas si cette poignée de diamants est eternelle.

    1. Je ne sais pas si elle est éternelle, en tout cas, elle marque les esprits durablement. Et, non content de renvoyer effectivement à Ipcress, Caine nous offre aussi le brouillon d’un Jack Carter ou d’un Harry Brown, figures d’individus noyés dans un système et qui finissent par s’y opposer.

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