Coupable Ressemblance (True Believer)

Coupable Ressemblance (True Believer)

Synopsis :

Peu intéressé, l’avocat Eddie Dodd accepte néanmoins de défendre Shu Kai Kim, jeune immigré coréen, lors de la réouverture de son procès pour meurtre.

Critique :

Coupable Ressemblance prend ses racines dans un fait divers survenu le 03 juin 1973. Ce soir-là, Yip Yee Tak est abattu en pleine rue par un individu qui prend immédiatement la fuite. Chol Soo Lee est interpellé peu de temps après et, au terme d’un interrogatoire entaché de nullités et d’un procès où l’avocat de la défense fait preuve d’une incompétence rare, est condamné à la réclusion à perpétuité. En prison, il tuera un homme en état de légitime défense. Ce nouveau fait aura pour conséquence la réouverture des différents dossiers le concernant et amènera à sa libération après avoir été lavé de toutes les charges retenues contre lui lors du premier procès.

Le scénario de Coupable Ressemblance est l’œuvre de Wesley Strick. Et pour ses débuts dans l’écriture, force est de constater qu’il frappe fort puisqu’il est nominé en 1990 aux Edgar Allan Poe Awards dans la catégorie Best Mystery Motion Picture. Il connaîtra la consécration quatre ans plus tard avec un Saturn Award pour Wolf de Mike Nichols. Si l’intrigue de Coupable Ressemblance est cousue de fil blanc, comme nous le verrons plus loin, il en est autrement des scripts qui ont suivi ce titre. En effet, Arachnophobia de Frank Marshall, Les Nerfs à Vif version Martin Scorsese et Batman Returns de Tim Burton me semblent d’un tout autre niveau.

Joseph Ruben est engagé par la Columbia Pictures pour assurer la réalisation de Coupable Ressemblance. Si Ruben n’est pas un réalisateur des plus prolifiques, sa filmographie contient quelques films connus de tout amateur du cinéma de genre. Dreamscape avec Dennis Quaid et Max von Sydow et Le Beau-Père avec Terry O’Quinn en font partie. Il connaîtra son plus grand succès avec Les Nuits avec mon Ennemi avec Julia Roberts et la controverse avec Le Bon Fils avec Macaulay Culkin et Elijah Wood. Pour la photographie et le montage, il engage John Lindley (L’Emprise des Ténèbres) et George Bowers (Randonnée pour un Tueur) avec qui il a déjà travaillé à de très nombreuses reprises.

Nous sommes à la fin des années 80. Le second mandat de Ronald Reagan à la tête des États-Unis touche à sa fin. Ce quinquennat est marqué par diverses mesures phares qui impacta fortement la politique intérieure et extérieure américaine. A l’international, on peut citer le bombardement de la Libye suite à un attentat dans une boîte de nuit à Berlin Ouest ayant coûté la vie à un militaire américain et la fin de Guerre Froide signée avec Mikhaïl Gorbatchev. Mais c’est bien évidemment dans la politique nationale que Coupable Ressemblance va puiser son terreau de la discorde. L’année 1986, notamment, fut importante pour Reagan qui déclencha une guerre contre la drogue et contre l’immigration. Les différentes administrations intéressées reçurent un blanc-seing pour mener à bien les missions qui leur étaient dévolues. Avec les abus que l’on connait.

Et ce sont ces mêmes abus qu’entend dénoncer Coupable Ressemblance. Le choix d’un fait divers mettant aux prises un immigré coréen avec le système judiciaire américain sur fond de lutte contre le trafic de drogue n’est en rien innocent de la part de la production. Elle permet au projet de dépasser le simple statut de thriller lambda pour s’élever un cran au-dessus de la concurrence, de le politiser même si ce n’est que très légèrement. Parce que force est de constater que Coupable Ressemblance est loin d’être un virulent pamphlet contre la politique reaganienne. Le film y fait bien sûr allusion pour qui s’intéresse au contexte de l’époque mais restera néanmoins obscur pour les autres, cette même politique n’étant jamais clairement désignée. Par contre, ce qui est bien plus efficace ici, c’est la dénonciation du zèle de certains fonctionnaires à combattre des cibles pré-désignées par des moyens flirtant régulièrement avec l’illégalité.

Cet aspect de Coupable Ressemblance le renvoie directement au néo-noir des années ’70. Années fastes qui ont vu de très nombreux projets voir le jour avec pour discours une certaine défiance à l’égard des forces de l’ordre jugées alors corrompues et violentes. Serpico est le maître étalon du genre. Mais c’est du côté de Les Copains d’Eddie Coyle qu’il faudra se tourner pour trouver à Coupable Ressemblance une réelle filiation. Ces deux films ont pour point commun principal le sacrifice d’individus, innocents ou non, pour le prétendu bien de la Société, par des forces de l’ordre peu regardantes sur les agissements de leurs principaux informateurs. Enfreindre la loi pour mieux la faire respecter ou comment autoriser certains actes répréhensibles pour en combattre d’autres. Vaste débat qui resurgit régulièrement en première page de la presse.

Joseph Ruben nous sert une réalisation classique mais efficace et plante à intervalles réguliers ses quelques banderilles. Il s’appuie sur une très belle photographie et se fend de quelques plans qui restent durablement en mémoire comme celui d’Eddie Dodd aux abords de la prison où est détenu son client. S’il est un vrai défaut que l’on pourrait trouver au film c’est la facilité dont fait preuve le réalisateur pour amener ses rebondissements. Le spectateur un tant soit peu attentif aura toujours un temps d’avance sur les protagonistes et ne sera aucunement surpris par une révélation finale que l’on sentait venir depuis longtemps. Mais Joseph Ruben aura le bon goût de traiter son sujet avec un certain sens de la légèreté et surtout de laisser libre cours à l’abattage de ses acteurs au premier rang desquels le toujours très bon James Woods.

L’interprétation est en effet la grande force de Coupable Ressemblance. On sait James Woods (Cop) très bon. Il l’est une fois de plus. L’acteur campe avec brio un avocat ayant quelque peu perdu la foi, ayant oublié qu’en des temps reculés il a défendu des membres des Blacks Panthers et qui trouve dans le dossier Shu Kai Kim une occasion de se racheter. Sa hargne passée se rappelle progressivement à lui, son engagement également. Woods fait évoluer son personnage le plus naturellement du monde. Face à lui, le jeune Robert Downey Jr (Zodiac) parvient à exister dans un rôle de faire-valoir. Le film se situe juste avant sa consécration mondiale pour le rôle de Chaplin de Richard Attenborough suivie de sa descente aux enfers qui durera près de sept ans. On retrouve également Kurtwood Smith (RoboCop) dans un rôle qui lui va comme un gant, celui du salaud que l’on aime détester. Yoji Okumoto, bien qu’il n’ait finalement que peu de scène, a pour lui une ressemblance avec Shu Kai Kim qui confine au pur mimétisme. Mais Charles Hallahan (The Thing) en policier littéralement bouffé par le remords est celui qui marque le plus.

Coupable Ressemblance, malgré une intrigue sans surprise, est un très honnête divertissement porté par un casting de choix que le festival du film policier de Cognac couronnera de son Grand Prix. Inutile de bouder notre plaisir d’autant plus que l’édition signée BQHL est de très, très bonne qualité !

Edition bluray :

BQHL nous permet de (re)découvrir Coupable Ressemblance dans des conditions optimales. Le master, de toute beauté, est exempt de tous défaut, les couleurs sont chatoyantes, le grain parfaitement maîtrisé et le niveau de détail particulièrement élevé. La bande-son n’est pas en reste. Claire et puissante, elle fait la part belle au score de Brad Fiedel. Un vrai travail d’orfèvre.

Coupable Ressemblance est disponible en dvd et bluray ici.

Fiche technique :

  • Réalisation : Joseph Ruben
  • Scénario : Wesley Strick
  • Musique : Brad Fiedel
  • Photographie : John Lindley
  • Montage : George Bowers
  • Pays  États-Unis
  • Genre : Policier
  • Durée : 108 minutes

2 thoughts on “Coupable Ressemblance (True Believer)

  1. Bonjour,

    J’avais bien aimé ce film quand je l’ai vu à sa sortie. J’ai d’ailleurs le vieux DVD Gaumont Columbia TriStar sorti en 2001.
    De mon point de vue, le film a plus de filiation avec les films d’enquête/procès dont Autopsie d’un meurtre de Preminger a posé les bases, sans cesse récitées depuis sous des formes diverses dans des dizaines de films américains.
    Même le grand Clint s’y est frotté avec Jugé coupable (True crime) !
    Ceci dit j’aime bien de genre de films aux ressorts connus malgré des variantes qui font peu illusions : course contre la montre ou témoin de dernière minute, avocat ou journaliste qui mène l’enquête, suspect déjà condamné qu’on doit sauver ou suspect faux coupable en cours de procès, etc…
    En cela, Joseph Ruben est un élève appliqué, mais un bon, d’ailleurs je ne suis pas loin de penser que c’est son meilleur film, même si je n’ai pas vu ceux des seventies. Dreamscape est sympa mais depuis il y a eu Inception de Nolan, Le Beau-père est peut-être celui qui est à la hauteur de Coupable ressemblance, Les Nuits avec mon ennemi s’inscrit dans la brouette des thrillers à la mode au début des années 1990 sans briller (et je ne supporte pas la Julia), Le Bon fils idem, Money Train c’est du buddy movie qui tient plus pour son duo qu’autre chose, Loin du paradis un remake qui ne s’imposait pas, et Mémoire effacée est assez raté.
    Mais on passe vraiment un bon moment à la vision de Coupable Ressemblance sur le reste de votre analyse. Très bon duo formé du roublard James Woods, qui trouvait là enfin un rôle positif après une série de rôles dramatiques (Salvador, Pacte avec un tueur, Cop, État de choc) et du jeune Robert Downey Jr. qui, à 23 ans, ne se laisse pas bouffer par le bagout de son partenaire, et furur roi du comeback, d’abord avec l’excellent Kiss Kiss Bang Bang, puis avec le nettement moins excellent Iron Man et autres avatars Marvel qui semble avoir aspiré quasi tous les acteurs et actrices en vue d’Hollywood depuis 2008… et cet Iron Man d’ailleurs ! Et comme Robert Downey Jr. n’est pas pour rien dans le succès d’Iron Man, premier coup d’envoi des productions Marvel nouvelle manière, on pourrait se dire que c’est à cause de lui qu’on subit depuis une tripotée de super-héros en tous gens sur nos écrans… Non ? Bon allez, on lui pardonne…

  2. Coupable Ressemblance est très agréable à suivre et emprunte effectivement aux films de procès mâtinés d’enquête. Même si ici, l’équilibre n’est pas parfait, l’enquête prenant bien plus de place. A mon sens, le film se tient grâce au charisme de James Woods. Pour Robert Downey Jr, je dirais que c’est un film prémonitoire, vu ses passages devant les tribunaux et en prison dans les années qui suivront. Merci pour votre retour et de prendre le temps de me lire.

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