Dans la Brume Electrique (In the Electric Mist)

Dans la Brume Electrique (In the Electric Mist)

Synopsis : Dave Robicheaux, adjoint du shérif de New Iberia, enquête sur le meurtre d’une jeune prostituée et sur la découverte dans le bayou d’un squelette qui le ramène 44 ans en arrière.

Critique : James Lee Burke naît en décembre 1936 à Houston, Texas. Il passe son enfance entre cet Etat et la Louisiane. Issu d’une famille pauvre, il finit ses études en obtenant une maîtrise en arts option littérature et journalisme. Après l’Université, Burke travaille dans divers domaines avant de se lancer dans l’écriture. Son premier roman, Lay Down My Sword and Shield, est publié en 1971. James Lee Burke est surtout connu pour sa série de romans, 22 à ce jour, narrant les enquêtes de Dave Robicheaux, shérif adjoint à New Iberia, Louisiane. Plusieurs éléments autobiographiques sont présents dans ces romans. Le père de Robicheaux et de Burke sont tout deux ouvriers dans une raffinerie et leur fille, adoptive pour l’un, naturelle pour l’autre, se prénomme Alafair. Dans la Brume Electrique avec les Morts Confédérés est la sixième enquête du policier des bayous et est adapté au cinéma sous le titre raccourci Dans la Brume Electrique par Bertrand Tavernier.

Au vu de l’amour que peut porter Bertrand Tavernier au cinéma américain, il était évident qu’un jour le réalisateur se lancerait dans l’aventure outre-atlantique. Ce sera avec Dans la Brume Electrique. Mais rien ne se déroulera comme il pouvait l’espérer, la faute à une vision diamétralement opposée du cinéma. Désireux de livrer un film tout en atmosphère, Tavernier se heurte à l’approche tape-à-l’œil du sujet par le producteur Michael Fitzgerald. Il résultera des tensions survenues lors du tournage deux montages du film. Le premier distribué aux Etats-Unis et uniquement diffusé en Louisiane puis directement en vidéo. Le second, plus long de 15 minutes, présenté en France et dans le reste du monde. Les critiques américaines, à la vue de la version disponible dans leur pays, regretteront de ne pas retrouver la « patte » de Tavernier et de n’être en présence que d’un simple film policier. Un juste retour des choses!

La Louisiane et ses bayous baignant dans une atmosphère chargée de mysticisme a toujours été cinégénique. Sans Retour de Walter Hill avec Powers Boothe, Vengeance Froide (première adaptation cinéma d’une enquête de Dave Robicheaux avec Alec Baldwin) de Phil Joanou, Sans Pitié de Richard Pearce avec Richard Gere et Kim Basinger en sont de bons exemples. Mais c’est Clint Eastwood, avec Minuit dans le Jardin du Bien et du Mal, qui avait réussi à capter cette ambiance si particulière, mais au détriment de l’intrigue policière de son film. Bertrand Tavernier, lui, réussit à trouver le parfait équilibre entre film d’atmosphère et film policier.

Les cyprès chauves recouverts de mousse espagnole hantant le bayou participent grandement à l’imagerie populaire de la Louisiane et Tavernier les filme en remplacement des scènes habituelles de transition, scènes agrémentées ici d’une bande-son très blues. Autre aspect imageant cet Etat, le vaudou, mais Tavernier choisit de l’ignorer totalement et préfère confronter son héros à un autre pan de l’Histoire américaine, les combats qui ont opposé les forces de l’Union à celles des Confédérés, en le mettant en présence du général John Bell Hood. Les conversations entre les deux hommes relient Dave Robicheaux à son passé mais surtout l’ancre définitivement à la Louisiane comme une partie intégrante de celle-ci.

Mais Tavernier, contrairement à Eastwood, n’en oublie pas pour autant l’aspect policier de son histoire. Et c’est dans le film noir, genre qu’il affectionne tout particulièrement, que le réalisateur va puiser son inspiration. Utilisation primordiale de la voix-off, réminiscence, destin inéluctable, noirceur de l’âme humaine, société malade de sa violence, Bertrand Tavernier récite sa partition tel un chanteur sacré. Sans fausse note. Ainsi, le récit déroule son intrigue le plus naturellement du monde bien aidé en cela par une interprétation très juste. Loin de tout sensationnalisme, Tavernier opte pour une langueur bienvenue qui donne encore plus de poids aux quelques éclats de violence qui viennent ponctuer l’enquête.

Tommy Lee Jones (Trois Enterrements), dans le rôle de Dave Robicheaux, laisse éclater tout son talent et son charisme. Interprétant un policier, anciennement alcoolique, à l’occasion violent, Jones promène sa carcasse vieillissante au travers d’un bayou qu’il connaît et comprend. Au point d’être en mesure de converser avec les fantômes du temps passé lui qui en fait également partie. John Goodman (Barton Fink) est détestable à souhait quand Peter Sarsgaard (Salton Sea) sait rendre son personnage un tantinet pénible tellement attachant. Le reste du casting, de Ned Beatty (Delivrance) à Mary Steenburgen (C’était Demain) en passant par Pruitt Taylor Vince (Identity), est de qualité.

Jouant avec les codes du genre, Bertrand Tavernier nous livre un excellent polar au rythme parfait et à la narration d’une limpidité exemplaire. Loin de tout manichéisme, Dans la Brume Electrique est un vrai hommage aux films noirs qui ont tant fait rêver cet amoureux sincère du cinéma. Avec en prime, une très belle dernière image.

Bande-annonce

Fiche technique :

  • Réalisation : Bertrand Tavernier
  • Scénario : Jerzy et Mary Olson Kromolowski 
  • Musique : Marco Beltrami
  • Montage : Roberto Silvi (exploitation US) • Thierry Derocles (exploitation autres pays)
  • Genre : Néo-noir
  • Pays  États-Unis
  • Durée : 102 mn (États-Unis) • 117 mn (autres pays)

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