Dans la Gueule du Loup (The Mob)

Dans la Gueule du Loup (The Mob)

Synopsis :

Après avoir laissé échapper un meurtrier, le détective Johnny Damico se fait engager comme docker sur les quais de New-York dans le but de démanteler l’organisation qui rackette les travailleurs et peut-être arrêter le tueur.

Critique :

Après des études à l’Académie navale d’Annapolis et tenu un emploi d’ingénieur, Charles Weiser Frey est mobilisé au sein de la Navy dès le début de la seconde guerre mondiale et participe à des combats dans le Pacifique. De retour à la vie civile, il travaille dans les relations publiques tout en démarrant une carrière d’écrivain sous le nom de Ferguson Findley. Ses deux premiers romans, My Old Man’s Badge (Choc en Retour aux Presses de la Cité) en 1950 et Waterfront (Au Suivant de ces Messieurs toujours aux Presses de la Cité) en 1951 sont des succès. Ce second roman sera adapté au cinéma la même année sous le titre The Mob (Dans la Gueule du Loup). Quatre autres œuvres littéraires suivront mais ne rencontreront pas leur public, la faute à une certaine facilité d’écriture.

Robert Parrish commence sa carrière d’acteur dès l’âge de 11 ans. En 1942, il est engagé comme monteur sur La Bataille de Midway de John Ford. Durant neuf ans, il occupe ce poste auprès de réalisateurs de renom comme Robert Rossen (Sang et Or) et George Cukor (Othello). 1951 est l’année où il franchit enfin le pas de la réalisation avec L’Implacable (Cry Danger) et Dans la Gueule du Loup (The Mob), deux films noirs. Parrish s’entoure pour ce projet d’une équipe de vétérans avec au montage Charles Nelson qui a déjà officié sur Gilda de Charles Vidor, Joseph Walker à la photographie (La Perfide) mais aussi Frank Tuttle au décor (Les Désemparés), à ne pas confondre avec son homonyme à qui l’on doit Tueur à Gages avec Alan Ladd et Veronica Lake.

Dans la Gueule du Loup fait partie de ces très nombreux films noirs / policiers mettant en scène un policier infiltré dans un système criminel. S’appuyant sur une réalisation nerveuse, Robert Parrish va nous livrer un film efficace, non exempt de quelques défauts minimes qui n’amoindriront à aucun moment l’impact du film sur le spectateur.

Dès les premières minutes, le réalisateur va nous asséner une série de plans convoquant une grande partie des figures imposées du genre. La nuit, une rue très peu éclairée, des ombres inquiétantes, un véritable déluge qui s’abat sur la ville, des néons publicitaires, un coup de feu, un mort, une silhouette inquiétante. L’épilogue dramatique de cette scène va placer le héros dans une position délicate, celle d’un homme ayant échoué dans le cadre de son emploi et qui devient ainsi redevable aux yeux de sa hiérarchie et de la population. Dès lors, obligé par ses supérieurs à s’infiltrer dans le monde des dockers, milieu dont il ignore tous les codes, notre policier va devoir se construire un personnage à l’opposé de ce qu’il est habituellement pour mieux confondre les coupables. C’est dans ce changement forcé et la découverte d’un nouveau milieu que réside tout l’intérêt de film.

Prenant pour décor les docks de New-York, Robert Parrish va alterner les scènes quotidiennes de travail et de loisirs des ouvriers des quais et les scènes consacrées à l’enquête. Dès lors, le film prend une tournure non seulement policière mais également social.

Dans sa quête, le flic Damico va découvrir, et nous par la même occasion, les dessous des quais. Avec au premier plan, la précarité d’ouvriers qui ne peuvent compter que sur une organisation criminelle, le syndicat, pour espérer être embauchés au jour le jour tout en acceptant d’être rackettés par ces mêmes employeurs. Précarité des ouvriers obligés de louer des chambres d’hôtels minables pour pouvoir se reposer. Hôtels bien évidemment sous la coupe du syndicat. Précarité dans les moments de loisirs qui se bornent aux bars, propriétés du… syndicat. La boucle est bouclée. L’argent qui sort de la poche de l’organisation y retourne aussitôt. Robert Parrish a le bon goût de ne pas forcer le trait, de tenir éloigné tout parti pris politique pour inclure le plus naturellement du monde cet état des lieux au sein de son histoire policière.

Le réalisateur met également en lumière des méthodes policières disons plus brut de décoffrage. Les agents ont la main leste et les interrogatoires ne sont jamais mondains comme celui réservé à un Damico sous couverture obligé de répondre aux questions d’un inspecteur en appui ses deux indexes. La corruption régnante au sein des forces de l’ordre est également abordée au travers d’un inspecteur de police en cheville avec le syndicat des docks. Formé à cette police, Johnny Damico est un flic hard-boiled dans la grande tradition des romans noirs. Dur comme le roc, sans peur, jouant de son imposante carrure et peu avare en bons mots, il s’impose sans mal dans ce monde dangereux.

C’est aussi l’occasion pour le réalisateur de présenter des techniques apparemment utilisées par les forces de l’ordre lors des filatures. Comme cet émetteur, énorme, à placer sous la voiture à suivre, ou ce diffuseur caché dans une des ailes au-dessus de la roue et laissant échapper un liquide uniquement visible de nuit grâce à une lampe à UV.

Si l’on doit trouver un défaut au film, il est à rechercher du côté des rôles féminins qui ne semblent être là que pour faire bonne mesure. Les scènes les plus « faibles » sont à mettre au crédit de ces dernières dans la mesure où leurs personnages n’amènent rien au récit voire le ralentissent ou ne sont pas assez exploités.

Robert Parrish, pour son second film, fait déjà preuve d’un sacré professionnalisme. Parfaitement à l’aise avec le genre, il restitue tout ce en quoi est en droit d’attendre les aficionados du film noir. Situations dramatiques poussées à l’extrême, décors sombres enserrés par le cadre de la caméra, violence sèche sans artifice, il fait se succéder les scènes les unes après les autres avec rapidité bien aidé en cela par le montage nerveux de Charles Nelson. Le film se clôt sur un intéressant coup de théâtre qui lui permet de se démarquer du reste de la production de l’époque et fait entrer le film dans une autre dimension, un peu comme si Kayser Söze avait été démasqué.

Dans le rôle du flic infiltré, nous retrouvons Broderick Crawford, figure connue des amateurs du film noir déjà croisée dans L’Ange Noir (Black Angel) aux côtés de Dan Duryea ou dans L’Inexorable Enquête (Scandal Sheet). Jouant parfaitement de son imposante stature, il incarne à la perfection un policier prêt à toutes les extrémités pour mener à bien la mission qui lui est confiée et ainsi se réhabiliter. Face à lui, un Ernest Borgnine (Les Inconnus dans la Ville) en début de carrière, cantonné pour l’instant au second rôle. Il crée un personnage ambiguë, à la fois dangereux et charmant, en tout cas intéressant. Neville Brand (Le Quatrième Homme) interprète un tueur sans pitié et sadique, rôle qui lui colle à la peau. Le jeune débutant, Richard Kiley (The Sniper), clôt le casting masculin et s’en tire avec les honneurs grâce à une belle présence. Le casting féminin est lui anecdotique tant dans l’interprétation que dans les rôles peu importants tenus par chacune des interprètes. Nous croisons aussi lors d’une courte scène un jeune acteur qui deviendra une star, Charles Bronson, ici dans la peau d’un ouvrier.

Malgré un scénario qui ne brille pas par son originalité, Robert Parrish parvient à maintenir l’attention du spectateur grâce à un savoir-faire indéniable et une parfaite connaissance des codes du genre. Dans la Guerre du Loup est un vraie réussite!

Edition dvd :

Sidonis Calysta nous propose une très belle copie au master immaculé et au grain parfaitement maîtrisé. Le noir et blanc est contrasté à souhait. Belle version française sans souffle mais moins puissante que la version originale.

Côté bonus, nous retrouvons les présentations de Bertrand Tavernier et François Guérif.

Fiche technique :

  • Réalisation : Robert Parrish
  • Scénario : William Bowers
  • Photographie : Joseph Walker
  • Montage : Charles Nelson
  • Musique : George Duning
  • Pays : Etats-Unis
  • Genre : Film noir
  • Durée : 87 mn

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