Dans la Souricière (The Trap)

Dans la Souricière (The Trap)

Synopsis :

Un avocat revient au pays afin de convaincre son père, shérif, de laisser le champ libre à un ponte de la pègre en fuite et ainsi éviter un bain de sang dans sa petite ville.

Critique :

« On n’est jamais aussi bien servi que par soi-même« . Tel pourrait être l’adage définissant le mieux l’implication de Norman Panama et son ami Melvin Frank dans la conception et la réalisation de Dans la Souricière puisque les deux hommes portent ici les casquettes de scénaristes (associés à Richard Alan Simmons), producteurs et réalisateur pour Panama.

Les deux hommes se rencontrent sur les bancs de l’Université de Chicago en 1933. A compter de cette date, ils ne se quitteront plus durant 40 ans, écrivant, réalisant et produisant pour le compte de la Paramount Pictures (En Route vers l’Alaska), de la Columbia Pictures (The Return of October), de la RKO (Un Million Clé en Main) et enfin de la Metro-Goldwyn-Mayer (Le Bouffon du Roi). Dans une carrière fortement marquée du sceau de la comédie, Dans la Souricière ferait presque figue d’accident de parcours.

Norman Panama et Melvin Frank s’entourent de Daniel L. Fapp, directeur de la photographie ayant précédemment travaillé sur La Grande Horloge de John Farrow et Midi, Gare Centrale (encore !) de Rudolph Maté, et de Everett Douglas, monteur sur La Guerre des Mondes de Byron Haskin et Quand la Marabunta Gronde toujours de Haskin, pour mener à bien leur projet.

A y regarder de plus près, l’équipe technique du film se tient sacrément avec des scénaristes / producteurs qui se connaissent et s’apprécient depuis maintenant 26 ans se préservant ainsi de toutes divergences artistiques, un chef opérateur habitué aux films noirs et un monteur rompu aux histoires mouvementées. Mais le résultat est-il à la hauteur de nos attentes ?

Si Dans la Souricière appartient au genre du film noir et a droit de cité ici, c’est uniquement parce qu’il situe son action à la fin des années 50 et qu’il choisit comme adversaires aux forces de l’ordre des membres de la pègre. Car pour peu que l’on recule le curseur temporel jusqu’aux alentours de 1865 et que le shérif se retrouve face à de dangereux hors-la-loi et vous l’aurez compris, nous serions en présence d’un western comme Hollywood avait l’habitude de nous en proposer.

Dans la Souricière semble d’ailleurs être une relecture moderne de 3h10 pour Yuma réalisé deux ans plus tôt par Delmer Daves (Les Passagers de la Nuit). Les voitures ont remplacé les chevaux, l’avocat se substitue au fermier, un avion suspect survole les fuyards mais l’intrigue de départ reste la même : un simple citoyen décide de livrer un malfrat aux autorités, après un long voyage à travers un désert aride, et ce au péril de sa vie. Mais très vite le poison de la jalousie et de la corruption, si cher aux films noirs, va venir gangréner l’ensemble.

Car l’avocat (Richard Widmark) est accompagné dans sa quête par son jeune frère (Earl Holliman) qui lui voue une jalousie sans borne. Jaloux que son père lui préfère celui qui a su lui tenir tête. Jaloux que sa femme (Tina Louise), qui a fini par les rejoindre, lui préfère celui qui a été son premier véritable amour. Et cette jalousie est sans cesse ravivée par les réactions aux évènements de cette dernière qui la ramène encore et toujours vers l’avocat comme autant de coups de poignard qu’il tente d’oublier dans l’alcool.

Louvoyant au milieu de ce triangle amoureux, véritable animal à sang froid calculateur, la représentation du Mal qu’est le gangster comprend très vite ce qui oppose les deux frères et n’aura de cesse d’instiller encore plus de rancœur dans l’âme du cadet de la famille. Le venin prend ici la forme d’une enveloppe contenant 25.000 dollars cachée par le truand dans le véhicule qui le conduit vers les autorités et qui pèse de plus en plus lourd sur les épaules du jeune homme.

Jalousie, corruption et alcool n’ont jamais fait bon ménage et la cellule familiale, déjà bien endommagée, n’y résistera pas.

Dans la Souricière souffre d’un début quelque peu laborieux, Panama voulant dresser, sans rien omettre, le portrait d’une famille dysfonctionnelle. Dans le cas présent, cela prend du temps, les rancœurs étant très nombreuses. Le spectateur reste lui dans l’expectative d’autant plus que l’implication du personnage interprété par Widmark dans l’intrigue principale tarde, elle, à venir.

Néanmoins, une fois la confrontation entre forces de l’ordre et hommes de main de la pègre actée, les évènements vont s’emballer à un rythme soutenu. Utilisant à merveille les décors grandioses du désert, Panama va enchainer les péripéties sans jamais perdre de vue ce qui s’avère être le thème principal du film, l’explosion de la cellule familiale. Dès lors, le spectateur ne décrochera jamais de cette course contre la mort menée tambour battant.

Dans la Sourcière bénéficie d’un casting de qualité dominé par les prestations de Richard Widmark (Panique dans la Rue) et de Earl Holliman (Association Criminelle), dont les personnages ne sont que les deux faces opposées d’une même pièce. Lee J. Cobb (Sirocco), très familier du genre, impose sa présence sans aucune difficulté. Pour son second film, Tina Louise (Canicule) semble un cran en dessous, comme empruntée. Ses scènes sont d’ailleurs les plus faibles du film. Carl Benton Reid (Le Violent) et Lorne Green (Tremblement de Terre) viennent compléter la distribution.

Film Noir mâtiné de western, Dans la Souricière est un série B de grande qualité aux nombreux rebondissements. Le découvrir aujourd’hui est une véritable chance pour quiconque aime le genre.

Edition bluray :

Rimini Editions nous propose avec Dans la Souricière rien moins qu’un inédit en HD dans nos contrées, ce film n’ayant eu les honneurs que d’une sortie en VHS par chez nous. Mais force est de constater que le master ne suit pas. L’image est bruitée, parfois tremblotante et accidentée avec de brusques changements de colorimétrie. Proposée en version originale sous-titrée et en version française, la bande-son se révèle être, elle, à la hauteur. Malgré tout, ces défauts ne doivent en rien constituer un obstacle à la découverte de cette série B efficace et le fan du genre ne pourra que se jeter sur cette édition.

En bonus, une interview de Laurent Aknin, historien et critique de cinéma.

Dans la Souricière est disponible ici.

Fiche Technique :

  • Réalisation : Norman Panama
  • Scénario : Richard Alan Simmons et Norman Panama
  • Photographie : Daniel L. Fapp
  • Montage : Everett Douglas
  • Pays : Etats-Unis
  • Genre : Noir
  • Durée : 84 minutes
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5 réflexions sur « Dans la Souricière (The Trap) »

    1. Il est clair que malgré quelques réserves au niveau de la qualité de l’image, le film est inédit chez nous et est vraiment très agréable à suivre, une fois que l’intrigue démarre réellement.

  1. Jamais vu ce film, mais vu l’histoire et la qualité du casting, il me fait très envie !
    On peut regretter peut-être qu’il n’y ait pas un Don Siegel ou un Richard Fleischer à la réalisation. Le script westernien que tu détailles évoque en effet furieusement le « 3:10 » d’Elmore Leonard, mais il me fait songer aussi à « l’appat » d’Anthony Mann, notamment par la présence de cette jolie rouquin ici confiée à Tina Louise. Qu’en penses tu ?

    1. Bien vu. Si 3:10 se rapproche le plus de The Trap par son scénario, L’Appât d’Anthony Mann est considéré par beaucoup, dont moi, comme bien plus proche du film noir que du western. On pourrait effectivement en déduire que The Trap trouve ses origines dans le mix de ces deux films (et probablement d’autres vu la production de l’époque). Pour revenir au bluray, malgré ses défauts évidents, je ne pense pas qu’il te faille passer à côté !

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