Des Pas dans le Brouillard (Footsteps in the Fog)

Des Pas dans le Brouillard (Footsteps in the Fog)

Synopsis : Stephen Lowry semble, aux yeux de tous, accablé par le décès de son épouse. Mais une de ses servantes connaît la vérité. Stephen Lowry est un meurtrier. Détenant une preuve qui pourrait le faire accuser, elle décide de le faire chanter, à ses risques et périls…

Critique : Le 04 juillet 1925 paraît dans le magazine Liberty la nouvelle The Interruption dont Arthur Lubin acquiert les droits en 1949. Alors dans une période peu glorieuse faite de comédies poussives mettant en scène des animaux parlants (la série Francis et ses très (trop?) nombreux opus suivants ou le chat Rhubarb), Lubin mettra six ans à monter le projet de Des Pas dans le Brouillard. Son début de carrière est un temps indissociable de John Wayne qu’il dirige dans Chasseurs d’images (I Cover the War) ou Le Testament du Capitaine Drew (Adventure’s End). Après un incursion dans le cinéma d’horreur pour le compte de la Universal (Vendredi 13) avec Béla Lugosi et Boris Karloff, il oblique dans la comédie avec le célèbre duo Abbott et Costello. Deux  long-métrages sortent, à mon sens, du lot, Impact avec Brian Donlevy et Ella Raines et  Le Fantôme de l’Opéra (Phantom of the Opera) avec Susanna Foster et Claude Rains, supérieur à la version de 1925 signée Rupert Julian.

Des Pas dans le Brouillard est produit par la société Frankovich Productions créée par l’ancien joueur de football M.J. Frankovitch. Deux stars de l’époque sont associés au projet, Jean Simmons (Un si Doux Visage, La Tunique, Les Gladiateurs…) et Stewart Granger (Les Mines du Roi Salomon, Scaramouche…). Rejoignent le casting Bill Travers (Mantrap…), Finlay Currie (Quo Vadis, Ivanhoé…) et Percy Marmont (Jeune et Innocent…).

En deux scènes, Arthur Lubin parvient à poser les bases de son film. Après un enterrement émouvant, nous retrouvons le mari éploré devant un portrait de son épouse, un grand sourire aux lèvres. Pendant ce temps, dans la cuisine, la jeune servante incarnée par Jean Simmons a une violente dispute avec une employée plus âgée qu’elle qui n’a de cesse de la brimer, de lui rappeler sa piètre condition sociale. S’ensuit la découverte par cette même Simmons du produit ayant causé la mort de son ancienne maîtresse. Découverte qui va lui permettre, avec force chantage, de gravir les échelons sociaux en se faisant nommer dans un premier temps gouvernante et ainsi devenir la supérieure des autres employés mais aussi en prenant petit à petit la place de la maîtresse de maison. Car derrière cette histoire de chantage se cache le portrait d’une femme blessée qui ne supporte pas sa condition et qui rêve de s’élever dans la société. Stewart Granger, prêt à tout pour se libérer de l’étreinte de cette femme, tentera de la tuer. Mais au cours d’une nuit brumeuse, il va se tromper de victime et tuer une passante. Découvert et arrêté, il ne devra sa liberté qu’à Jean Simmons qui le fera acquitter en lui fournissant un alibi au cours du procès. Elle accentue ainsi son emprise sur cet homme, traduit à l’écran par le fait que c’est lui qui la suit à travers les pièces de la maison et non l’inverse comme le voudrait l’usage. Quant à Stewart Granger, heureux de se retrouver libre d’un mariage qui l’étouffait, il se retrouve pris au piège d’une femme prêt à tout pour le garder dans son giron. Et ce alors qu’il convoitait la fille d’un riche homme d’affaire, quitte à écarter le prétendant de la belle, dans le but tout aussi inavouable de prendre sa place à la tête de la société.

Après une première partie à forte connotation sociale, l’intrigue policière se développe à grand renfort de rebondissements et de retournements de situation. Après avoir été acquitté, Stewart Granger jouera sur les deux tableaux : continuer à faire la courre à la fille de son futur associé et promettre monts et merveilles à Simmons. Mais l’avocat de Granger lors du procès, mais également amoureux éconduit, commencera à avoir des doutes sur l’honnêteté de son client d’autant plus lorsque entrera en scène un maître-chanteur qui n’est autre que le beau-frère de Simmons. A compter de cet instant, le Destin semble s’acharner sur ce « couple » machiavélique jusqu’à une conclusion inéluctable. Toute cette partie du film, plus classique dans son traitement, est suffisamment efficace et rythmée pour maintenir l’intérêt du spectateur, à l’image de la traque de Stewart Granger.

Filmée aux Shepperton Studios en Angleterre,  l’histoire se déroule quasi exclusivement dans la maison de Stewart Granger à trois ou quatre scènes près. Cette demeure victorien, véritable personnage, bénéficie d’un décor auquel a été apporté le plus grand soin. Portraits de famille, garnitures de cheminées, meubles de qualité, tapisseries, draperies, tout respire l’authenticité, apportant une crédibilité supplémentaires à l’ensemble. La photographie de Christopher Challis, qui a travaillé pour Michael Powell, Richard Thorpe et Joseph Losey, insuffle une ambiance gothique au lieu faisant flirter le film avec le fantastique. Cette atmosphère est encore plus présente dans les tout derniers instants du film avec le maquillage assez impressionnant de Stewart Granger.

Critique social et film noir gothique, doté d’un rythme soutenu, Des Pas dans le Brouillard est une belle réussite de la part de Lubin bien aidé en cela par un casting solide à l’interprétation de qualité au sein d’un magnifique décor.

Edition DVD :

Sidonis Calysta met à notre disposition une belle édition de ce film et nous permet de le découvrir dans de très bonnes conditions. L’image est très belle et rend parfaitement hommage au travail de Christopher Chablis. Le moindre détail est visible à l’écran ce qui d’autant plus appréciable dans le cas d’un tel décor. Les scènes dans le brouillard sont parfaitement lisibles. Seul reproche : une scène où étrangement les visages alternent la couleur chair et le légèrement verdâtre. Mais rien de grave quand on voit la tenue de l’ensemble. Les pistes sonores en VOST-F et VF sont claires et puissantes. Excellent doublage au demeurant.

Côté bonus, nous sommes dans l’habituel avec des présentations de Bertrand Tavernier, François Guérif et Patrick Brion.

Des Pas dans le Brouillard est à retrouver en dvd ici

Bande-annonce

Fiche Technique :

  • Réalisation : Arthur Lubin
  • Scénario : Dorothy Davenport, Leonore J. Coffee
  • Photographie : Christopher Challis
  • Musique : Benjamin Frankel
  • Montage : Alan Osbiston
  • Genre : Drame
  • Durée : 90 minutes

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