Des Pissenlits par la Racine de Georges Lautner

Des Pissenlits par la Racine de Georges Lautner

Synopsis :

Un cadavre, c’est gênant. Une caisse de contrebasse, c’est encombrant. Mais un cadavre dans une caisse de contrebasse alors là…! Et ne parlons même pas du ticket tiercé gagnant sagement présent dans la poche de la veste du défunt.

Critique :

Des Pissenlits par la Racine, c’est avant tout un roman intitulé Y Avait un Macchabée, publié en 1962 dans la Série Noire par Gallimard. Son auteur, Clarence Weff, en fait héros d’une pièce radiophonique de science-fiction, de son vrai nom Alexandre Valletti, s’est fait la spécialité de placer des individus marqués par les codes du roman noir dans des situations insensées pour créer un humour noir délectable. Deux de ses écrits se verront adaptés au cinéma et à chaque fois, il collaborera au scénario comme c’est ici le cas avec le réalisateur Georges Lautner. Car, comme le dit l’adage, on n’est jamais aussi bien servi que par soi-même. Il va également en signer les dialogues bien aidé en cela par Michel Audiard. Et cette collaboration va se sentir dès les premiers échanges entre les protagonistes.

Parlons-en des protagonistes justement. Un caïd en costard présentant bien, Jo, entouré de deux gorilles, à la mine patibulaire mais presque, adeptes du couteau et du coup de poing. Une petite frappe grimaçante pas très courageuse, Jacques. Un innocent, Jérôme, acteur de théâtre et contrebassiste, pourchassé parce qu’il détient sans le savoir un bout de papier convoité. Pour lier le tout, une belle (très belle) blonde que l’on voudrait fatale, Rockie, passant d’un bras à l’autre mais rêvant d’arrêter de coucher. Autant de personnages hantant habituellement les films noirs et les romans noirs. L’afficionados du genre les reconnaîtra au premier coup d’œil mais se verra très vite désarçonné par le traitement qui leur est réservé par le trio réalisateur / scénariste / dialoguiste ici à l’œuvre.

Clarence Weff avait une particularité. Celle d’avoir refusé de céder aux chants des sirènes. Son style refusait tout argot. Ses personnages l’ont appris en passant sur grand écran. Dès les premières lignes de dialogues, les bons mots fusent, les citations d’Audiard sont déclamées avec entrain (« Plus t’as de pognon, moins t’as de principes. L’oseille c’est la gangrène de l’âme ») principalement par un boss sacrément inspiré. Le danger devrait venir de ce dernier mais ses tirades allègent l’atmosphère. On ne le sent pas dans la violence. Il l’évite. Ses deux sbires en sont réduits à faire de la figuration, manger et écouter le patron. L’un deux, pomme-chips, est chafouin. Un baltringue lui a soutiré sa belle. Alors il enfreint les ordres et traque son rival dans l’arrière scène d’un théâtre où se joue la dernière d’un grand succès. Les jeux d’ombres sont là, le couteau aussi. On s’attend au drame. Il est inéluctable. Mais là aussi tout est désamorcé. La poursuite et la bagarre ont des conséquences sur le déroulé de la pièce et le jeu des acteurs. C’est du grand n’importe quoi sur scène. En coulisse aussi. Pomme-chips finit poignardé par son propre couteau et caché dans une caisse de contrebasse. Son adversaire, enfermé malgré lui dans une caisse en osier. Notre innocent va pouvoir entrer en scène. La blonde aussi.

Mais là aussi, le spectateur est pris à contre-pied. Notre héros de service ne semble pas être plus perturbé que ça par ce qui lui arrive. Il ne fuit pas comme purent le faire Richard Hannay ou Roger Thornhill. Il cherche simplement à se débarrasser du macchabée et de son cousin. Cousin enfin sorti de sa malle mais toujours aussi encombrant. Pas le moins du monde mis sous pression par une police quasi absente de l’affaire qui nous occupe, Il batifole avec la belle blonde qu’on lui a fourré dans les pognes. Et il est heureux. C’est que la belle a des atouts indéniables. C’est qu’elle est candide notre jolie blonde. Tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil. Elle est simple aussi dans sa façon d’agir. Elle fait ce qu’on lui demande de faire. En 1h30, elle passe par autant de bras que Tarzan de lianes. Avec le sourire, qu’elle a magnifique. Voilà pour les personnages principaux. Mais les secondaires, savoureux, par leur décalage constant, participent aussi à cette entreprise de destruction massive d’atmosphère qui se devait être noire sur le papier.

Mais si l’on rit et sourit devant Des Pissenlits par la Racine, c’est jaune. L’ambiance a beau être à la légèreté, des idées effleurées à peine évoquées subsistent. Rockie, dite « la braise », est une femme entretenue. Pour faire plus simple, elle couche pour subsister. Elle rêve d’une autre vie que ses différents amants lui refusent. Par domination. Elle finit toujours par être réduite au rang d’objet que l’on expose pour se glorifier, que l’on utilise pour arriver à ses fins. Et notre bon Pomme-chips qui disparait littéralement. Le gentil tonton de Jérôme, travaille au muséum d’histoire naturelle. Il s’occupe des squelettes. Animaux ou humains. Tout y passe. Il en possède quelques uns dans sa cave. Des squelettes humains s’entend. Dont un tout neuf, tout propre. Vous savez comment on fait ? On fait bouillir le corps histoire que la chair se détache des os. C’est le plus efficace. Sympathique comme ressort comique…

Pour donner vie à tout ce beau monde, nous retrouvons un Michel Serrault (Le Viager) au charme insoupçonné, une Mireille Darc (Il Etait une fois un Flic) plus radieuse que jamais, un Louis de Funès (Jo) tout en veulerie et un Maurice Biraud (Le Diable et les Dix Commandements) débordant de classe. Autour de ce quatuor, une ribambelle de seconds rôles dont Francis Blanche (Ces Messieurs de la Famille), Venantino Venantini (Les Tontons Flingueurs), Darry Cowl (Le Triporteur), Philippe Castelli et bien d’autres. Autant d’apparitions qui viennent enrayer la tension qui affleure tout au long de Des Pissenlits par la Racine.

En 1947, Jean Negulesco livrait un vrai film noir sur le même sujet avec son Trois Etrangers. D’autres titres ont suivi avec plus ou moins de réussite. Georges Lautner a le bon goût de sortir Des Pissenlits par la Racine des sentiers battus de la comédie à la française et de nous proposer une vraie comédie noire drôle et grinçante à la fois, enlevée comme il le faut. Onze ans plus tard, le même Georges Lautner lancera aux trousses d’un cadavre, sans ticket cette fois-ci, de nombreux personnages hauts en couleurs dans Pas de Problème !.

Edition blu-ray :

Cette édition Des Pissenlits par la Racine a bénéficié, comme c’est très souvent le cas chez Coin de Mire Cinéma, d’une restauration 4K de qualité. Passé un générique un peu trop pâle à mon goût, on a droit à un master exempt de tout défaut, un niveau de détail élevé qui nous permet d’admirer dans les meilleures conditions une magnifique Mireille Darc. La dernière scène présente deux traits verticaux peu gênants dont la présence est parfaitement expliquée sur le blog de l’éditeur ici. La bande-son est sans souffle et met parfaitement en avant la musique de Georges Delerue (Cartouche, Tendre Poulet).

Réclames et journaux d’époque, bandes annonces, livret, dix photos d’exploitation, une affichette et la présentation du film par Julien Comelli occupent la section bonus.

Des Pissenlits par la Racine sont disponible directement auprès de Coin de Mire Cinéma au sein de la séance Prestige ici ou de la séance Sélection ici.

Fiche technique :

  • Réalisation : Georges Lautner
  • Scénario : D’après le roman de Clarence Weff, Y’avait un macchabée, éditions Gallimard
  • Adaptation : Georges Lautner, Clarence Weff, Albert Kantof
  • Musique : Georges Delerue
  • Directeur de la photographie : Maurice Fellous
  • Montage : Michelle David
  • Pays  France / Italie
  • Genre : Comédie policière
  • Durée : 95 minutes

close

Bienvenue Noiristas !

Inscrivez-vous vite pour recevoir les prochains articles à paraître chaque semaine

Nous ne spammons pas ! Consultez notre politique de confidentialité pour plus d’informations.

2 réflexions sur « Des Pissenlits par la Racine de Georges Lautner »

  1. Du Lautner/Audiard dans le texte. Je ne suis pas particulièrement client, j’avoue. Mais pour la detente et la culture, pourquoi pas.

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

%d blogueurs aiment cette page :