Desperate

Desperate

Synopsis : Steve Randall, camionneur indépendant engagé pour un transport de nuit, ignore que ses commanditaires sont des truands. S’en apercevant, il réussit à prévenir la police mais un agent est abattu au cours de l’opération. Randall est alors pris en chasse par les forces de l’ordre qui le croient complice des gangsters et par ces derniers qui souhaitent se venger.

Critique : Anthony Mann naît en juin 1906 à San Diego en Californie au sein d’une famille austro-allemande. Il commence sa carrière d’acteur de théâtre en 1923 avant de devenir régisseur. En 1934, il fonde une troupe de théâtre, la Stock Company, où il fera la connaissance de James Stewart. En 1938, il entre à la Selznick International Pictures où il supervise les auditions avant d’être engagé à la Paramount Pictures comme assistant réalisateur et de réaliser pour le Studio son premier film, une comédie dramatique intitulée Dr. Broadway. Réalisant alternativement pour Republic Pictures et RKO Pictures, il réalise en 1947, pour le compte de la RKO, Desperate dont il signe avec Dorothy Atlas l’histoire originale.

Harry Essex après une carrière de journaliste et de nouvelliste pour le Saturday Evening Post s’oriente vers le cinéma et, au sortir de la seconde guerre mondiale, est engagé comme scénariste. Dans un premier temps auteur de nombreux scénarios de films noirs (The Fat Man, Le Quatrième Homme…) dont Desperate, il se tournera vers le cinéma d’horreur et travaillera sur nombre de films de Jack Arnold (Le Météore de la Nuit, L’Étrange Créature du Lac Noir et sa suite…). Pour finir, Anthony Mann s’adjoint les services du quasi débutant George E. Diskant (L’Énigme du Chicago Express, La Brigade des Stupéfiants…) comme directeur de la photographie.

Desperate ou comment faire d’une série B une bible renfermant la quasi totalité des codes du film noir. Leçon donnée en 1h13 par Anthony Mann.

Les puristes du genre mettront peut-être un bémol à cette entrée en matière, soulignant de façon fort judicieuse l’absence de deux figures imposées du genre, la femme fatale et le détective privé blasé mais philosophe. Mais force est de constater que le réalisateur s’approprie totalement les codes du film noir que ce soit dans les thèmes abordés ou dans la façon de les exposer. Mann nous met en présence d’un individu injustement accusé d’être le chef d’un gang à l’origine d’un « coup » qui a coûté la vie à un policier. Traqué par la police, mais aussi par le vrai criminel et ses hommes, il n’aura d’autre choix que d’entraîner sa future épouse dans sa fuite. Fuite éperdue, ponctuée de rencontres amicales ou non, de trajets en voiture, en train, en bus, mais finalement vaine puisqu’elle aura pour finalité l’immanquable confrontation avec le gang. On pense évidemment à Hitchcock (Les 39 Marches, Cinquième Colonne) lui qui s’est fait une spécialité de l’innocence traquée.

Pour mettre en image ce Desperate, Anthony Mann et son directeur de la photographie s’emploieront à restituer les ambiances obscures de l’expressionnisme allemand. Les scènes toujours lumineuses nous mettant en présence du couple d’amoureux tranchent violemment avec les images extrêmement sombres de celles où évoluent les gangsters. Dans le même ordre d’idée, le courant artistique amène au film la déstructuration de toute géométrie notamment lors de la confrontation finale dans l’escalier, représentation grotesque sans aucune logique et où les ombres semblent être toujours plus grandes que les hommes accentuant encore plus le sentiment de peur et de danger.

Comme souvent dans le film noir, genre au budget modeste surtout dans les années 40, le casting de Desperate est essentiellement composé de débutants ou de vétérans au cachet modeste. Nous retrouvons, dans la peau de l’innocent traqué, Steve Brodie dont c’est là son premier et seul rôle principal. Jusque là non crédité au générique, il poursuivra une fructueuse carrière de second couteau comme Hollywood les aime tant. Nous le croiserons notamment dans La Griffe du Passé (Out of Past) de Jacques Tourneur et M de Joseph Losey mais aussi dans le western Winchester ’73 encore une fois d’Anthony Mann. Loin de démériter, il apporte une réelle profondeur à son personnage et parvient sans difficulté à provoquer de l’empathie chez le spectateur. Son couple à l’écran, formé avec Audrey Long, elle aussi jusque là peu créditée, reste crédible et amène un supplément de drame à un récit qui n’en manquait pourtant pas.

Face aux deux amoureux se dresse l’imposant Raymond Burr dans le rôle du chef des gangsters cherchant à se venger de Steve Brodie. Ces quatre premières apparitions au cinéma n’ont rien de marquantes mais force est de constater que sous la direction d’Anthony Mann, Raymond Burr prend une toute autre dimension. Affublé tout du long d’un long manteau sombre et d’un chapeau, il s’impose comme une véritable force de la nature que rien ne semble pouvoir arrêter dans sa quête de vengeance. Une prestation de grande qualité pour celui qui connaîtra une consécration mondiale avec son rôle de Lars Thorwald dans Fenêtre sur Cour d’Alfred Hitchcock puis avec les séries télévisées Perry Mason et L’Homme de Fer. Nous retrouvons également au générique Jason Robards Sr, cité comme souvent Jason Robards, père de … Jason Robards (Il Était une Fois dans l’Ouest, Philadelphia…) dans le rôle d’un policier rusé et efficace.

Dégraissée jusqu’à l’os, la réalisation d’Anthony Mann est d’une efficacité redoutable. Sans temps mort, son récit file à 100 à l’heure embarquant ses protagonistes et ses spectateurs dans une traque impitoyable. Flirtant à plusieurs reprises avec le cinéma d’Hitchcock, Desperate est le parfait exemple d’un divertissement intelligent réussi.

Edition dvd :

Les Editions Montparnasse nous propose de découvrir ce petit bijou dans des conditions presque idéales. Hormis un premier plan instable et deux courtes coupures de son où les sous-titres s’activent automatiquement, le reste du film présente un master immaculé, très propre, au noir et blanc profond et au grain d’origine parfaitement maîtrisé. La bande-son est claire, sans souffle et met parfaitement en avant la musique signée Paul Sawtell (La Brigade du Suicide). Le film est proposé en version française et en version originale sous titrée français. On préférera cette dernière à la VF, la faute à un doublage quelque peu caricaturale et parfois légèrement décalé.

En guise de bonus, nous retrouvons une présentation du film signée Serge Bromberg.

Fiche technique :

  • Réalisation : Anthony Mann
  • Scénario : Harry Essex
  • Photographie : George E. Diskant
  • Musique : Paul Sawtell
  • Montage : Marston Fay
  • Pays : Etats-Unis
  • Genre : Film Noir
  • Durée : 73 minutes

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