Deux Rouquines dans la Bagarre (Slightly Scarlet)

Deux Rouquines dans la Bagarre (Slightly Scarlet)

Synopsis :

Ben Grace, « conseiller » d’un ponte de la mafia local, manœuvre lors des élections municipales afin de se débarrasser de son patron et de prendre sa place à la tête de l’organisation criminelle. C’est sans compter sur sa rencontre avec deux sœurs aux comportements diamétralement opposés.

Critique :

James M. Cain décide très tôt de consacrer sa vie à l’écriture. Après ses études, il se fait engager comme journaliste auprès du Baltimore American puis auprès de Baltimore Sun. En 1918, il s’engage dans l’armée et part sur le front français où il rédige des articles pour le compte du Lorraine Cross, hebdomadaire de la 79ème division d’infanterie américaine. Les premiers producteurs a s’intéresser à ses écrits sont européens. Ainsi, Le Dernier Tournant et Les Amants Diaboliques se verront adaptés respectivement en France et en Italie. Suivront Le Facteur Sonne Toujours Deux Fois et Mildred Pierce, à deux reprises chacun, Assurance sur la Mort et enfin le film qui nous intéresse aujourd’hui Deux Rouquines dans la Bagarre.

En 1944, Benedict Bogeaus fonde la Benedict Bogeaus Productions et produira 28 films (Le Passé se Venge) dont dix réalisés par le seul Allan Dwan (Iwo Jima, Le Bagarreur du Tennessee) qui se verra le plus naturellement du monde confié l’adaptation de Le Bluffeur, sous le titre Deux Rouquines dans la Bagarre. L’écriture du scénario est confié à Robert Blees qui, après le drame (Le Secret Magnifique) et le film noir (Le Crime de la Semaine), s’orientera vers le fantastique (Frogs). A la photographie, nous retrouvons un spécialiste du genre en la personne de John Alton qui nous a régalé en de très nombreuses occasions (La Brigade du Suicide, Marché de Brutes, Pénitencier du Colorado…). Au montage, un autre habitué du film noir, James Leicester qui a œuvré auparavant sur Casablanca, Danger Signal, Whiplash

Considéré par certains comme un film mineur dans la carrière prolifique d’Allan Dwan, le bougre a œuvré de 1911 à 1961, et par d’autres comme le seul véritable film noir en couleur, nous sommes en ’56, Deux Rouquines dans la Bagarre est sacrément déconcertant de prime abord. Déroutant car ici le romantisme prend une place prépondérante dans le récit alors que ses illustres aînés ne se laissaient jamais trop déborder par des sentiments amoureux trop envahissants.

Film noir ? Oui

Tout film noir digne de ce nom se doit d’offrir aux amateurs du genre des villes peu avenantes animées par des intrigues tortueuses et hantées, entre autres, par des victimes toutes désignées par le Destin, des femmes fatales vénales à souhait, des salopards aux gueules de brutes épaisses. Et d’une certaine manière, Deux Rouquines dans la Bagarre répond à nos attentes. Les arcanes de la politique nous régalent de coups bas et d’alliances contre nature, la pègre est bel et bien présente en la personne de Solly Caspar, dangereux caïd, et de ses hommes de main prêts à se plier à la moindre de ses volontés. Le chantage, l’intimidation, le meurtre sont leurs armes de prédilection. Mais parmi eux, il en est un qui dénote. Ben Grace, surnommé par la bande « genius ». Parce que contrairement à ses acolytes, il réfléchit. Ce qui n’est pas du goût de Caspar qui l’humilie devant toute sa cour. Une humiliation qui passe mal et qui pousse Grace à se débarrasser de son patron en agissant en sous main pour un candidat à la mairie dont la campagne se base exclusivement sur la probité. Le spectateur imagine Grace comme le sauveur de ce père la vertu esseulé après la mort violente de son principal soutien. Il n’en est rien. Grace n’est qu’un individu de plus assoiffé de pouvoir et qui ne rêve que d’être calife à la place du calife. Corrompant sans en avoir l’air tous ceux qu’il approche, il obtient très vite des autorités que ses rivaux soient mis hors d’état de nuire asseyant ainsi un peu plus sa suprématie sur le côté obscur de la ville et sur ses désormais sbires qui voient d’un mauvais œil la mainmise de ce « Genius » sur leur gang. Allan Dwan parvient durant cette partie à multiplier les fausses pistes, laissant ainsi le spectateur dans le doute sur les réelles ambitions de Ben Grace. L’ascension de ce dernier est parfaitement maîtrisé par un réalisateur qui inscrit son film dans la lignée du Little Caesar de Merwyn LeRoy et du Scarface de Howard Hawks tout en s’appuyant sur la magnifique photo de John Alton qui n’a décidément pas souffert du passage à la couleur. Mais si le sommet n’est pas loin pour Grace, la chute est elle aussi toute proche. Car le crime ne paie pas. Voilà près de vingt ans que Hollywood nous le rabâche. Et si de nombreux grains de sable vont venir gripper la belle machine mise en place et ainsi permettre le retour de Caspar, il en est deux qui lui seront tout particulièrement fatals. Deux sœurs. Deux rouquines.

Film romantique ? Aussi

Il est entendu que Deux Rouquines dans la Bagarre appartient au film noir mais la présence féminine au sein de l’intrigue y est particulièrement importante. Une nouvelle fois, nous faisons l’impasse sur la femme fatale. Au contraire. Place à l’honnête et dévouée June Lyons et à sa sœur, l’attachante Dorothy Lyons, kleptomane et psychologiquement instable. Les deux faces d’une même pièce. Ni June, ni Dorothy ne cherchent à s’élever dans la société. Si June est parvenue jusqu’à la place qui est la sienne aujourd’hui c’est à force de travail et non pour avoir couché avec son patron. Doutant de ses réels sentiments pour ce dernier, elle se refuse à lui. Par honnêteté. Et si elle finit par tomber dans les bras de Grace, c’est bien parce qu’elle nourrit à son égard de vrais sentiments. Pour Dorothy, c’est une autre histoire. Incapable de se fixer, elle accumule comme autant d’erreurs de jeunesse les mauvaises décisions. Mauvaises décisions qui ont fini par la mener en prison. Bien que June l’ait tirée à de nombreuses reprises de situations dramatiques, Dorothy nourrit à l’égard de sa sœur une profonde jalousie remontant à l’enfance. Un cadeau faite par sa mère à June l’a faite basculer. Et comme elle lui avait volé jadis un collier, Dorothy désire voler Grace à June. Les sentiments de Grace à l’égard de June sont troubles. S’il se sert dans un premier temps de la jeune femme pour asseoir son emprise sur le patron de cette dernière, il finit par tomber amoureux de celle qui est son exact opposé. Mais l’idylle sera de courte durée. Dorothy va, sans aucune gêne, jeter son dévolu sur un Grace pris au dépourvu et dont l’absence de réaction va troubler June. Et celle-ci, même si elle est amoureuse n’en est pas moins aveugle. Elle découvrira le vrai visage de l’être aimé. Les scènes romantiques ou celles nous mettant tout simplement en présence des deux sœurs viennent s’intercaler entre celles nous contant l’ascension et la déchéance de Ben Grace. Même si cela est fait harmonieusement, force est de constater que l’importance accordée par le réalisateur au romantisme, et en général aux personnages féminins, vient quelque peu édulcorer l’aspect sombre du film. D’autant plus que la musique signée Louis Forbes verse à plusieurs reprises dans la mièvrerie. Et il faut compter une fois de plus sur le travail d’Alton pour que l’aspect général du film ne vire au rose bonbon.

Honneur aux femmes. Deux actrices talentueuses Rhonda Fleming (La Griffe du Passé, La Piste Fatale) et Arlene Dahl (La Scène du Crime) alors en pleine gloire et qui se sont entendues comme larrons en foire sur le tournage. Si Rhonda Fleming est parfaite, Arlene Dahl minaude un peu trop pour être totalement honnête mais se rattrape dans le final où elle verse totalement dans la folie. John Payne (Le Quatrième Homme) incarne à la perfection cet homme qui trouvera les chemins de la rédemption en prenant conscience de l’amour d’une femme. Complètent le casting Kent Taylor (Quels Seront les Cinq ?), Ted de Corsia (La Dame de Shanghaï, La Cité sans Voile) et Frank Gerstle (Mort à l’Arrivée, On ne Joue pas avec le Crime).

Film noir teinté d’un romantisme inhabituel dans le genre, Deux Rouquines dans la Bagarre est un honnête divertissant qui en déstabilisera plus d’un. Jouissant d’un fabuleux travail à la photographie de John Payton, la réalisation d’Allan Dwan est sans fausse note.

Edition dvd :

Sidonis Calysta nous livre Deux Rouquines dans la Bagarre dans une copie relativement propre, exceptés quelques traits verticaux apparaissant ici ou là, et bien définie pour un dvd. La photographie de John Alton est parfaitement mise en valeur. La bande-son, proposée en version originale sous-titrée français et en version française, est claire et sans souffle.

L’édition de Deux Rouquines dans la Bagarre est complétée par la présentation du film par Bertrand Tavernier et une interview d’Allan Dwan par François Guérif.

Deux Rouquines dans la Bagarre est disponible directement auprès de Sidonis Calysta en dvd ici.

Fiche technique :

  • Réalisation : Allan Dwan
  • Scénario : Robert Blees
  • Musique : Louis Forbes
  • Photographie : John Alton
  • Montage : James Leicester
  • Pays : États-Unis
  • Genre : Film noir
  • Durée : 99 minutes
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One thought on “Deux Rouquines dans la Bagarre (Slightly Scarlet)

  1. J’adore ce titre français, bien qu’il donne une image je pense assez fausse du film comme étant enclin à la comédie. Photo de John Alton, script de Cain (dont j’ai adoré le roman Mildred Pierce, tout comme les deux adaptations), real de Dwann, et Rhonda Fleming dans la mêlée, de quoi ravir l’amateur de rouquines que je suis.

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