Fabrice Colson, acteur sinon rien !

Fabrice Colson, acteur sinon rien !

La fusillade d’anthologie de Heat aurait-elle le même impact sans sa foule d’anonyme ? Le débarquement d’Il Faut Sauver le Soldat Ryan serait-il aussi viscéral sans ses troufions sans nom ? Je n’en suis pas persuadé. Alors, qui sont ces acteurs dont nous ignorons finalement tout ? Début de réponse …

American-Cinéma : Bienvenue à tous pour ce nouvel entretien dématérialisé. J’accueille aujourd’hui Fabrice Colson, acteur que vous avez très probablement croisé au gré de vos soirées consacrées au 7ème et au 8ème art. Il a accepté avec la gentillesse qui le caractérise de revenir sur sa carrière et de répondre à mes questions pour nous éclairer sur ce qu’est véritablement le métier d’acteur.

American- Cinéma : Comment t’es venue ta passion pour le cinéma ? Quels sont les films qui t’ont le plus marqué enfant ?

Fabrice Colson : Comme Obélix, je suis tombé dedans quand j’étais gosse. Je suis d’origine suisse et là-bas, il n’y avait pas d’heure d’été. Les films commençaient donc, pendant 6 mois de l’année, à 19h30 et il n’y avait pas de pub à cette époque. Et les films étaient bien à l’heure. Donc, tous les ans, j’attendais ça avec impatience car du coup j’avais le droit de regarder le film du soir. Mon père étant fan de western, de films de guerre et de polar, je me suis fais toute ma base cinéphilique avec les Clint Eastwood, beaucoup de John Wayne grâce à l’émission La Dernière Séance. Il y en a eu d’autres comme Temps X et Les Dossiers de l’Ecran. Des films, j’en ai beaucoup en tête, mais celui qui m’a le plus marqué, voire traumatisé car j’en ai fait longtemps des cauchemars, c’est Le Survivant avec Charlton Heston. Je l’ai vu en cachette de mes parents à l’âge de 6 ans et je ne m’en suis pas remis.

American- Cinéma : Le Survivant à 6 ans. Je comprends le traumatisme, oui. Quand as-tu su que tu voudrais travailler dans le cinéma ? Quel a été l’élément déclencheur ?

Fabrice Colson : Passionné et collectionneur depuis des décennies, je baigne depuis toujours dans le cinéma. Puis un jour les forums se sont développés, avec des gens motivés qui voulaient faire du cinéma en amateur ou en semi-pro. Un jour j’ai rencontré Yann Danh avec lequel j’ai fait Le clown. Je me suis vite retrouvé à faire en plus d’une silhouette, le bloqueur (tu es dans la rue ou sur une route avec ton gilet fluo et tu interdis l’accès au tournage. Pour avoir travaillé avec Besson, je me suis retrouvé bloqueur avec 120 autres mecs pour le tournage d’une poursuite automobile, tous équipés d’un talkie), le régisseur et le cuisinier. Une sacrée première expérience ! Ensuite, j’ai rencontré Mickael Mongin qui m’a donné mon premier rôle dans son long métrage autoproduit Pression Maximale en 2008. C’est de là que tout est parti !

American- Cinéma : Pourquoi as-tu choisi de devenir acteur plutôt que technicien, réalisateur, scénariste…?

Fabrice Colson : Alors, j’ai fait technicien pendant quelques années dans les concerts et les événementiels mais j’ai arrêté car physiquement cela devenait compliqué. Scénariste et surtout réalisateur, à la base c’est ce que je voulais devenir. J’ai d’ailleurs réalisé quelques courts et j’ai une pile de scénarios en stock. Mon rêve serait d’arriver à tourner un long pour me dire « je l’ai fait ». J’ai 2 ou 3 histoires qui peuvent se faire avec un budget minimum. J’espère qu’un jour… Et là je serai complet à mes yeux ! Ce sont les opportunités qui m’ont fait devenir comédien. En plus, je pense qu’il est beaucoup plus difficile de vivre en temps que réalisateur ou scénariste que comédien. Il existe beaucoup plus de branches dans la comédie.

American- Cinéma : Quel a été ton parcours professionnel pour parvenir au statut d’acteur ? As-tu été dans l’obligation d’apprendre plusieurs langues ?

Fabrice Colson : Alors non je n’ai pas dû apprendre de langues et ce n’est pas nécessaire si l’on reste en France. Par contre, c’est un réel plus quand on en parle plusieurs mais un handicap pour moi surtout en ce qui concerne l’anglais. Il faudrait vraiment que je me perfectionne en anglais. Mon parcours est comme mes carrières professionnelles, car j’en ai eu plusieurs, atypique et autodidacte. Durant mes premières expériences dont je t’ai parlé, j’étais éducateur en foyer pour le ministère de la justice. Vu la dureté du poste, j’avais pas mal de temps de récup et au lieu de me reposer, j’ai commencé à répondre à des annonces, tourner pour des écoles de cinéma pour avoir des images et me faire mon carnet d’adresse. J’ai fait ça de 2008 à 2010 date à laquelle j’ai subi une agression lors d’une mission. Suite à ça j’ai décidé d’arrêter l’éducatif et je me suis lancé dans l’actorat. J’ai mis une année, un peu difficile, à faire mes preuves pour décrocher mon statut d’intermittent que j’ai maintenant depuis bientôt 11 ans.

American- Cinéma : J’imagine qu’un acteur qui débute, qui n’a donc aucune référence, doit rencontrer les pires difficultés pour décrocher son premier rôle.

Fabrice Colson : J’ai un peu répondu plus haut, mais oui il faut être patient, postuler, passer des castings et puis postuler encore. Puis un jour vous êtes en option une fois, puis deux, puis un jour vous décrocher le rôle. Par contre, on essaie de planifier, de préparer au maximum. Mais le plus beau restera toujours l’inattendu, le coup de fil qui vous offre un rôle auquel vous ne vous attendiez pas. J’ai eu la plupart de mes plus beaux tournages de cette manière. Et c’est pour ça que je fais ce métier.

American-Cinéma : Tu as tourné pour Canal Plus et Groland depuis plusieurs années je crois ?

Fabrice Colson : Oui ! J’ai le plaisir de tourner pour Groland depuis décembre 2012. Ils font partie de ceux qui m’ont fait confiance depuis mes débuts et qui ne m’ont jamais lâché. Malgré toutes les périodes difficiles, rachat, déménagements et autres réorganisations, leur fidélité est sans faille et je les adore. Ils sont toujours de bonne humeur, les tournages sont funs et rapides, c’est que du bonheur. Et puis il y a le Président, Christophe Salengro. Cela m’a beaucoup peiné quand il a disparu car on a tourné plusieurs sketchs ensemble. J’ai d’ailleurs été très touché quand l’équipe casting m’a appelé pour que je joue dans le pastille lui rendant hommage. Il y a le livre du Groland où j’ai la chance d’être également et le dvd best of des 25 ans. Une belle et chouette aventure qui je l’espère durera encore longtemps.

American-Cinéma : Je l’espère pour toi. Groland est une émission iconique qui manquerait dans le paysage télévisuel actuel. Je crois savoir que tu n’as, jusqu’à présent, jamais eu d’agent. Peux-tu nous décrire en quelques mots à quoi ressemble la journée d’un acteur « indépendant » ?

Fabrice Colson : J’ai plusieurs agents pub mais pas d’agent comédien, c’est vrai. C’est des heures devant son ordinateur, tu cherches des annonces, tu postules par mail et tu fais de la com sur le net. J’y passe environ 4h par jour. Il faut montrer que l’on est présent, lire, liker, laisser des commentaires, poster de l’actu sans arrêt mais avec parcimonie. Il vaut mieux en mettre un petit peu régulièrement, que tout d’un coup et plus rien pendant un mois. Comme tout, c’est question d’équilibre.

American-Cinéma : Peux-tu nous expliquer comment se déroule un casting ? 

Fabrice Colson : Il y a 2 sortes de casting : pub et cinéma (ou théâtre et opéra mais là ce sont des auditions). Pour la pub cela va du rôle avec un peu de texte où tu es accueilli par le directeur de casting qui te fait jouer la situation et souvent également te fait improviser, jusqu’à la simple séance de photo où tu fais 3h de transport pour 3min de pose et « on te rappellera ». Pour le cinéma, on t’envoie en général une scène à travailler avec quelques indications de jeu. Tu rencontres le directeur de casting et/ou parfois même la ou le réalisateur et tu joues ta scène en la refaisant souvent plusieurs fois pour avoir des variantes de jeu.

American-Cinéma : Comment as-tu appris ton métier de comédien ? Tu as fait une école particulière ?

Fabrice Colson : Aucune. Tout ce que j’ai fait en France c’est en autodidacte. Je me sers de toutes mes anciennes expériences professionnelles pour être crédible du coup dans pleins de rôles. Le reste c’est les émotions et la pratique depuis plus de 10 ans.

American-Cinéma : Comment se passe tes relations avec l’équipe technique d’un film ?

Fabrice Colson : Pour moi cela se passe toujours très bien, d’ailleurs souvent, je suis plus proche des techniciens que des autres comédiens. Je les adore car la plupart font tout pour nous rendre la vie la plus facile qui soit, pour que l’on puisse jouer dans les meilleures conditions possibles. Je me suis fais pas mal d’amis techniciens, j’ai énormément de respect pour leur travail.

American-Cinéma : Dans le même ordre d’idée, quelles sont tes relations avec les têtes d’affiche que tu es amené à croiser sur les tournages ?

Fabrice Colson : En général c’est très professionnel, parfois un peu froid mais c’est normal quand tu arrives dans une équipe qui est ensemble depuis des jours, voire des mois quand il s’agit de série. Il est compliqué de se faire sa place en une ou deux journées. C’est un exercice d’ailleurs assez difficile, ce que l’on appelle un « guest », un « one shot ». Mais l’accueil en général est toujours bon. Il le faut, car au final on bosse tous pour le même film ou la même série.

American-Cinéma : Avec la crise sanitaire que nous subissons actuellement, je suppose que le rythme des tournages a dû être sacrément impacté. Tu as dû en souffrir.

Fabrice Colson : C’est le moins que l’on puisse dire, ça c’est réduit de moitié au moins me concernant. Mais j’ai de la chance, car étant déjà intermittent on a tout de même été quelque peu protégé de l’année blanche jusqu’au 31.08.2021. Mais après… c’est le noir absolu. Par contre, pour tous ceux qui n’avaient de statut et tant d’autres, oui c’est une vraie galère.

American-Cinéma : Pour parler du nerf de la guerre, et sans donner le moindre montant, peux-tu nous expliquer sur quelle base est établie la fiche de paie d’un acteur ?

Fabrice Colson : C’est hyper variable et assez compliqué. Tout dépend de quel « rôle » tu as. Mais il y a les acteurs de complément (ce que l’on appelle vulgairement « figurant »), les silhouettes, le silhouettes parlantes, les doublures lumière, les doublures jeux, les mimes, les petits rôles. Tous ces postes ont des barèmes syndicaux minimum qui changent d’ailleurs entre le cinéma et la télévision. Après il y a les seconds et les premiers rôles qui eux sont négociés, même si on peut dans l’absolu tout négocier. Après il y a plein de nuances et d’exceptions, on est en France, mais en gros c’est ça. Ce qui fait que tous les mois tu touches un salaire différent.

American-Cinéma : Ta filmographie est composée de courts-métrages, de séries télévisées et de longs-métrages. Quel est le format que tu affectionnes le plus ?

Fabrice Colson : De clips, de pubs, de doc, d’opéras et théâtre aussi. J’adore le clip, j’en ai tourné plus de 40. Tu as les images très vite, pas de prise de son sur le tournage et c’est rapide. La série, c’est top quand tu as une récurrence car tu reviens plusieurs jours, tu retrouves toute l’équipe sur plusieurs semaines. Moi qui suis fan des séries en costume, j’ai adoré Paris Police 1900. Mais j’aime tous les formats et on aime tous tout les formats parce que l’on aime surtout c’est tourner et jouer.

American-Cinéma : Quel est ton meilleur souvenir de tournage ? Ton pire ?

Fabrice Colson : J’en ai des tonnes mais quand tu parlais d’entente avec les têtes d’affiche je vais te donner deux souvenirs opposés. Un des meilleurs est Alexandra Lamy, qui après avoir tourné la scène (qui a d’ailleurs été coupée au montage, je suis dégouté), m’a raccompagné elle-même en me faisant la bise en partant. C’est la première fois que je voyais ça. Et le pire souvenir, c’est avec une réalisatrice en fait, Pascale Ferran lors d’un scène d’aéroport dans « Bird People » où elle s’est adressée à moi en disant : « déplacez moi ça de là ». Ça aussi ça ne m’était encore jamais arrivé. On a d’ailleurs très bien entendu mon mécontentement résonner dans le hall d’arrivée.

American-Cinéma : Tu as bien fait ! Du coup, je préfère Alexandra Lamy… Quels sont tes projets futurs ?

Fabrice Colson : J’ai décroché une récurrence dans une future série tv dont les 2 premiers épisodes ont été tournés et dont la suite devrait se faire cette été je pense. Il y a aussi Surcouf de Yannick Landry, une pièce sur la vie du corsaire et armateur dont on espère attaquer les répétitions au début de l’été si la pandémie nous le permet enfin. Et sinon, j’ai tourné il y a quelques temps en 1er rôle Le Muet un long métrage indépendant de Bertrand Ploquin qui devrait bientôt sortir.

American-Cinéma : De quoi être bien occupé ! Si on te donnait le choix, avec quel acteur choisirais-tu de tourner et sous la direction de qui ?

Fabrice Colson : Parlant mal anglais, on va rester réaliste et donner dans le français même si c’est encore très difficile de choisir. Mais tourner avec Gérard Depardieu comme partenaire sous la direction de Jan Kounen serait un gros délire. Ou le tout en un, avec Albert Dupontel sous sa direction. Mais j’adorerai tourner avec Patrice Leconte aussi par exemple etc etc j’arrête là.

American-Cinéma : Et le fait d’être du métier, quand tu regardes un film, ça ne te sort pas du film justement ?

Fabrice Colson : Non, du tout même si je vois beaucoup plus les ficelles et que je suis plus attentif à plein de choses. J’ai toujours autant de plaisir vu la quantité de films que je regarde.

American-Cinéma : Dernière question pour rester dans le thème du site. Quel est ton film noir et ton néo-noir préférés ? Quel acteur et actrice ont tes faveurs dans ces deux genres ?

Fabrice Colson : Là aussi beaucoup trop difficile donc obligé de faire deux catégories : français et anglophone mais c’est l’enfer de choisir. Disons Le Corbeau de Henri-Georges Clouzot et John Wick de Chad Stahelski mais il y en a tellement. Pour mes acteurs préférés, je vais choisir un duo, certes peu original, mais qui sont mes idoles absolues en France : Jean Gabin et Lino Ventura. Ces deux noms ne nécessitent aucune explication tellement leurs carrières sont énormes. Côté féminin, j’aime énormément Bette Davis. Et pour le néo, je vais rester cohérent et dire Keanu Reeves qui au fil des années commence à avoir une filmo assez variée et en actrice, ce sera la belle et l’unique Sharon Stone.

American-Cinema : Merci à toi pour cet entretien et l’éclairage que tu as pu amener sur le métier d’acteur. J’espère que tu pourras concrétiser tes projets et qui sait, un jour, réaliser ton propre long-métrage.

Si vous voulez en savoir encore plus sur Fabrice Colson, direction sa page Facebook où sont répertoriées ses adresses professionnelles.

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