Frantic

Frantic

Synopsis :

Le cardiologue Richard Walker, en compagnie de son épouse Sondra, se rend à Paris afin d’intervenir lors d’une conférence. Alors qu’il prend une douche dans sa chambre d’hôtel, sa femme disparait.

Critique :

On passera ici sous silence l’enfance de Roman Polanski entre Paris et le ghetto de Cracovie, le décès de sa mère en camp de concentration, ses retrouvailles avec son père en ’45, ses années scouts et ses études de cinéma, sa carrière cinématographique jalonnée par la mort de son épouse Sharon Tate et son exil en France suite à une affaire d’abus sexuel aux États-Unis. Non pas que le cinéaste ne m’intéresse pas, nous lui devons quand même des titres marquants comme Répulsion, Rosemary’s Baby, Chinatown, Le Locataire, Frantic et bien d’autres encore, mais son histoire et son actualité sont connues de tous et la polémique n’a pas lieu d’être ici.

Il est plus intéressant, à mon sens, de se pencher sur le co-scénariste de Frantic, Gérard Brach.

Né en 1927, il signe son premier scénario en ’62 mais se fait définitivement un nom dans la profession en 1965 lorsqu’il écrit le scénario de Répulsion pour le compte de Polanski. Les deux hommes travailleront de concert à neuf reprises, leur dernier film, Lunes de Fiel, sortant sur les écrans en 1992. Jean-Jacques Annaud sera un autre de ses collaborateurs récurrents puisqu’il signera pas moins de cinq scénarios pour le cinéastes dont Le Nom de la Rose, ce qui n’était pas une mince affaire. Agoraphobe, Brach possédait la capacité reconnue de toute la profession d’adapter son écriture en fonction de son interlocuteur ce qui en faisait un collaborateur rêvé. Au début des années ’70, il passera derrière la caméra à deux reprises pour La Maison avec Michel Simon et Le Bateau sur l’Herbe avec Jean-Pierre Cassel. Il décède en 2006. Trois ans plus tard, la journaliste et essayiste Ariane Chemin publie Fleurs et Couronnes aux éditions Stock. Elle y relate, entre autres, l’enterrement de Gérard Brach auquel assiste Roman Polanski, « un peu en retrait du cercueil » de son ami, de celui qui avait la phobie du monde extérieur. L’occasion pour elle de revenir sur un passé qui le hantait, lui qui avait été obligé par sa famille de s’engager dans de la Division Charlemagne, subdivision de la Waffen-SS, pour combattre à Stalingrad… La noirceur et le cynisme de ses écrits peuvent y trouver là leur origine.

Voilà un film qu’Alfred Hitchock aurait apprécié tant les thématiques chères au réalisateur sont convoquées dans Frantic. Et Roman Polanski le fait en toute connaissance de cause. Preuve en est, cette scène banale, l’une des premières du film, où Harrison Ford se retrouve sous la douche, renvoi évident à Psychose, et durant laquelle sa femme disparaît. Dans cette atmosphère cosy et calme d’un grand palace parisien, Frantic vient de débuter.

Et contrairement à son titre, Frantic signifiant frénétique, Polanski va avancer les pions de son intrigue avec calme et sérénité. Hitchcock avait littéralement apprécié avec L’Homme qui en Savait Trop, le côté distraction et les ramifications profondes que pouvaient connaître un scénario basé sur la disparition et la recherche d’un être aimé. ici, Polanski choisit l’approche terre-à-terre de son script et se focalisent sur l’anxiété grandissante de son héros et sa frustration de ne pas se faire comprendre dans un pays qui lui est, somme toute, étranger. A bien y regarder, cette ambiance se retrouve dans beaucoup d’œuvres que j’ai cité plus haut (Répulsion, Chinatown…). Le suspense naît de cette atmosphère trop tranquille et de l’énumération quasi mathématique des preuves qui s’accumulent. Nous assistons à un jeu de piste où Harrison Ford passe d’un problème à résoudre à un autre problème à résoudre. Et ces péripéties, en dehors des scènes mouvementées, naissent des désagréments rencontrées avec les différentes administrations, françaises et américaines, qui ne semblent jamais prendre véritablement au sérieux ses soupçons d’enlèvement.

Mais le suspense prend également ses racines dans les personnages qui habitent Frantic. En dehors de son héros parfaitement identifié, le spectateur ne sait jamais véritablement s’il peut faire confiance dans les individus croisés par Ford. Quelles sont les réelles intentions du sdf incarné par Dominique Pinon, du réceptionniste Gérard Klein, du portier Alain Doutey et d’Emmanuelle Seigner, l’aide providentielle ? Cette dernière, bien qu’aidant notre médecin dans la recherche de son épouse semble bien plus intéressée par la valise de cette dernière et ce qu’elle pourrait receler. Sa jeune beauté représente une pression de plus pour celui qui croisera à plusieurs reprises le chemin de ses illustres collègues venus eux aussi à Paris pour assister à la conférence.

Harrison Ford fait preuve une fois de plus d’une belle abnégation sur le tournage en réalisant lui-même la plupart de ses cascades. Il donne vie à ce personnage qui, même s’il occupe une fonction importante, reste un homme simple mais déterminé et dont la retenue masque à peine une rage croissante face au déroulé des évènements. Face à lui, Emmanuelle Seigner amène sa candeur et l’innocence de la jeunesse. On devine déjà dans son jeu sa capacité à être gagnée par l’atmosphère qui habite le film dans lequel elle joue. Cela se confirmera nettement dans La Neuvième Porte. Gérard Klein se distingue du reste du casting par un jeu ambigüe qui sert admirablement le propos.

Hommage non déguisé au maître Alfred Hitchcock, déclaration d’amour à un certain Paris interlope, Frantic est tout cela à la fois en plus d’être un thriller de haute volée malheureusement sous-estimée dans la filmographie de Polanski. C’est aussi un retour aux sources pour le réalisateur après les échecs commerciaux et / ou critiques de Tess et Pirates.

Fiche technique :

  • Réalisation : Roman Polanski
  • Scénario : Roman Polanski et Gérard Brach
  • Musique : Ennio Morricone
  • Photographie : Witold Sobocinski
  • Montage : Sam O’Steen
  • Pays : États-Unis, France
  • Genre : Néo-noir
  • Durée : 120 minutes

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