Hotel Artemis

Hotel Artemis

Synopsis :

2028. Los Angeles vit ses pires émeutes. Deux frère qui viennent de commettre un braquage trouvent refuge à l’Hotel Artemis, clinique clandestine pour truands, après que l’un d’eux ait été blessé par la police.

Critique :

Le film noir tire sa révérence dès 1958 avec ce qui est pour beaucoup le dernier représentant du genre, La Soif du Mal d’Orson Welles. Les raisons en sont multiples. D’une part, la fin des années ’50 marque la disparition progressive aux États-Unis de la double séance dans les cinémas. Exit donc les films à petit budget. Cet abandon correspond à la popularisation d’un autre média, la télévision. De plus en plus fréquente dans les foyers, elle propose des programmes proches des sujets abordés dans le film noir, avec par exemple, la série Les Incorruptibles avec Robert Stack (La Maison de Bambou) qui démarre dès 1959 sur la chaîne ABC. D’autre part, la société aborde une mutation profonde. Toujours aux États-Unis, les prémices d’une importante récession économiques commencent à inquiéter les secteurs financiers et les différentes administrations, la Guerre Froide atteint son paroxysme lorsque l’URSS se dote d’armes nucléaires menaçant ainsi les intérêts américains. C’est également durant cette période que des militaires américains sont envoyés comme « formateurs » au sud du Vietnam pour contrer la menace communiste avec les conséquences que l’on connaît. Ces tensions nationales mais également internationales feront que le genre mute vers le néo-noir, expression encore plus violente et désabusée du monde qui nous entoure.

Il est entendu que le néo-noir est né de la disparition de son illustre ancêtre. Mais ce n’est pas pour autant que toute la production cinématographique peut être considéré comme du néo-noir. Pour ce faire, il faudrait que les thrillers, polars et autres drames puisent leur inspiration dans les thèmes abordés par les films noirs dits classiques. Ce qui est loin d’être le cas, notamment dans la production actuelle. Mais si le néo-noir traite d’histoires contemporaines, il existe un sous-genre né de ce dernier qui lui aborde les mêmes thèmes mais dans une société futuriste ou seulement anticipée, le tech-noir. Il est convenu que le premier représentant du genre est un film français réalisé en 1965 par Jean-Luc Godard avec Eddie Constantine, Alphaville. Le dystopisme y règne généralement en maître en nous présentant un régime totalitaire asservissant les peuples, le héros prenant conscience de sa position au sein de cette société. Même si en 1973 Richard Fleischer, avec tout le talent qu’on lui connait, parvenait à assimiler les différents thèmes propres aux genres (film noir / science-fiction) pour son Soleil Vert, c’est Ridley Scott qui réalise ce qui reste encore aujourd’hui le maître étalon en matière de tech-noir, Blade Runner. D’autres titres ont suivi comme Terminator, Gattaca, Dark City, Minority Report (pour ne citer qu’eux) et Hotel Artemis qui nous intéresse aujourd’hui.

Après des études à l’université d’Exeter, en Angleterre, au cours desquelles il écrit pour le magazine The Face, Drew Pearce se lance dès 2007 comme scénariste à la télévision avec la série No Heroics puis au cinéma avec Iron Man 3, Mission Impossible – Rogue Nation et plus proche de nous le spin-off Fast & Furious Presents : Hobbs & Shaw. Soit des scripts portés avant tout sur l’action et à la psychologie des personnages laissée sur le bord de la route. Produit par sa propre maison de production qu’il a créé pour l’occasion, Hotel Artemis est à ce jour sa seule réalisation, bien que Netflix l’ait engagé en 2019 pour un second film, Quatermaster.

Et force est de constater qu’en terme d’écriture, Drew Pearce tombe une fois de plus dans ses travers habituels avec en prime cette fois-ci une gestion mollassonne des scènes d’action. Mais reprenons depuis le début.

Los Angeles connaît ses émeutes les plus violentes de son histoire depuis qu’une société a décidé de privatiser l’eau courante, interdisant à tout un pan de la société, la plus déshéritée, l’accès à cet élément essentiel à la vie. La ville est devenue un véritable champ de bataille entre des hordes de manifestants et des policiers sur-équipés avec, au passage, des lumières bleu et rouge intégrées pour faire plus futuristes et déshumanisés et qui ressemblent à s’y méprendre aux forces de l’ordre de Minority Report. Les voitures brûlent, les hélicos de la police se font abattre par des missiles, le blackout et le couvre-feu sont en vigueur. Ces visions chaotiques d’une société en pleine implosion renvoient, plastiquement parlant, au Through the Never de Nimrod Antal tant les tons employés et certains plans sont proches. Les emprunts de Pearce à d’autres films ne s’arrêtent pas là. Son Hotel Artemis, pour le coup une clinique clandestine pour truands, est le pendant de l’hôtel Continental que l’on peut voir dans la saga John Wick. Ces deux lieux ont en effet pour point commun qu’aucune « affaire » ne doit être réglée au sein de leurs murs. Et que dire de ces truands, pour certains étrangers les uns aux autres, obligés de faire front commun contre un ennemi extérieur. Si, en plus, on ajoute que ces derniers veulent récupérer l’un des leurs se trouvant à l’intérieur, alors on se retrouve là en plein Rio Bravo de John Ford ou Assaut de John Carpenter. Et je ne citerai pas, par décence, le nombre incalculable de films qui se sont déjà inspirés du sujet. Autant dire que le scénario ne brille pas par son originalité!

Des emprunts à des références du cinéma, aussi nombreux soient-ils, ne font pas forcément un bon matériau de base. Hotel Artemis en est la preuve flagrante. La mise en place, entre présentation des lieux et des différents protagonistes, s’avère extrêmement laborieuse et longue. L’intrigue est diluée dans des dialogues d’où rien ne ressort. Plusieurs pistes sont amenées mais aucune d’elle n’est véritablement traitées, comme celle du stylo volé au cours du braquage qui, si elle avait été traitée à l’image du mac guffin d’En Quatrième Vitesse et de sa célèbre mallette, aurait pu rendre l’histoire bien plus palpitante. Au lieu de quoi, le réalisateur préfère s’en débarrasser au détour d’une scène inutile et nous priver ainsi d’une filiation forte avec le film noir. Un scénario basique, des personnages vides de sens, tournons-nous alors vers les scènes d’action puisque le réalisateur s’en est fait une spécialité. Mais là encore, c’est la douche froide! Quelques fulgurances dues à Dave Bautista et une scène de combat pour Sofia Boutella ne suffiront pas à nous sortir de la torpeur dans laquelle nous a plongé le réalisateur. En effet, les capacités physique du colosse Bautista sont totalement sous-exploitées alors que l’actrice franco-algérienne en est réduite à nous livrer une resucée de The Raid avec son combat en un lieu étroit à une contre plusieurs agresseurs.

Le seul point positif est à mon sens la très belle photographie de Chung Chung-Hoon, ayant œuvré à de très nombreuses reprises sur des films de Park Chan-wook (Old Boy, Lady Vengeance…) et qui parvient à créer une réelle atmosphère au sein de cet hôtel art-déco si particulier, mélange de vintage et de technologie pour un résultat proche du steampunk.

Quid du casting alors? Le talent d’un acteur ou d’une actrice se mesure à sa capacité à livrer une bonne prestation dans un film qui est loin d’être de qualité. C’est le cas ici, encore une fois, de Jodie Foster (Les Accusés, Le Silence des Agneaux) qui parvient à donner de l’épaisseur à un personnage au départ bien mal écrit et plombé par les clichés. On s’attache sans mal à ce personnage qui gère avec fermeté, mais aussi malice, son institut auquel elle tient plus que tout. Elle réussit même à marquer les esprits en s’éloignant, claudiquant, dans le rougeoiement des incendies mettant un point final à 95 minutes de vain spectacle. Face à elle, le reste du casting est inexistant, se contentant de cachetonner et n’apportant aucune plus-value à leur rôle. Mention spéciale à Charlie Day (Bad Company) qui nous livre ici une prestation gênante rappelant celle, excellente, de Bill Paxton dans True Lies.

A force de vouloir puiser dans diverses sources d’inspiration, Drew Pearce n’arrive à aucun moment à s’approprier son sujet et nous livre un spectacle confus et vide de sens qui n’arrive même pas à être divertissant. Hotel Artemis, bien qu’il possède de nombreux aspects du tech-noir, ne restera pas dans les annales de ce genre fort peu présent au cinéma. Ce qui en soit est une petite réussite.

Fiche technique :

  • Réalisation : Drew Pearce
  • Scénario : Drew Pearce
  • Montage : Paul Zucker
  • Musique : Cliff Martinez
  • Photographie : Chung Chung-hoon
  • Pays  Royaume-Uni,  États-Unis
  • Genre : Tech-noir
  • Durée : 95 minutes

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