Il Marchait la Nuit (He Walked by Night)

Il Marchait la Nuit (He Walked by Night)

Synopsis :

Après qu’un des leurs ait été abattu, la police de Los Angeles se lance à la poursuite du meurtrier, un certain Davis Morgan.

Critique :

Erwin Walker naît en 1917 au sein d’une famille très bien implantée au sein de la société. Ses études se passent sans difficulté particulière et il excelle même dans l’électronique. Son premier emploi, opérateur radio pour la police de Glendale. Au cours de la seconde guerre mondiale, il sert, malgré une vue perfectible, dans les transmissions à Brisbane puis comme opérateur radar dans une base des Philippines. Bien que lui et ses hommes ne forment pas une unité combattante, ils seront dans l’obligation de participer à des combats particulièrement violents contre les troupes japonaises. Ce qui le marquera durablement. C’est au moment de sa démobilisation que Walker bascule littéralement dans la criminalité. Après plusieurs vols et cambriolages, il en vient au meurtre en abattant un officier de police. Une traque sans précédent est organisée et Walker finit pas être arrêté. Condamné à mort, il tente de se suicider dans sa cellule. Il est alors interné en asile psychiatrique après qu’il ait été décelé chez lui un manque total de discernement entre le bien et le mal doublé d’un stress post traumatique. Libéré en 1974, il meurt en 2008. Il Marchait la Nuit relate la traque d’Erwin Walker par le LAPD seulement un an après les faits.

Pour adapter cette histoire, le studio Eagle-Lion Films fait appel à deux scénaristes vétérans, John C. Higgins et Crane Wilbur. L’orientation d’Il Marchait la Nuit se voulant quasi documentaire, Higgins est un choix parfait. Il excelle en effet dans ce genre particulier et a déjà signé les scripts de La Brigade du Suicide (T-Men) et Marché de Brutes (Raw Deal). Dans le même style, il signera l’année suivante Incident de Frontière (Border Incident). La seconde plume, Wilbur, n’est pas non plus un inconnu. Œuvrant à Hollywood depuis 1911 comme acteur avant de s’orienter vers l’écriture (1925) il signe I Was a Communist for the FBI ou Chasse au Gang (Crime Wave).

Alfred L. Werker est désigné par le studio pour mettre en images cette traque au meurtrier. C’est durant cette période où il travaille pour Eagle-Lion Films qu’il connaît ses succès les plus notables, Repeat Performance et Il Marchait la Nuit, ce dernier étant même récompensé au festival de Locarno. Cependant, l’ombre d’un grand plane sur la réalisation, celle d’Anthony Mann. Bien que non crédité au générique, il est de notoriété publique que Mann a réalisé certaines scènes du film et notamment celle de la fabuleuse poursuite finale dans les égouts de Los Angeles.

Nous sommes en 1948. Le LAPD (Los Angeles Police Department) vient de traverser une crise sans précédent. Mickey Cohen un mafieux avec qui les services de police sont en cheville vient de les poignarder dans le dos en livrant au Grand Jury un enregistrement où l’on entend des officiers de police en pleine orgie avec des prostitués. Et cela dans les locaux du commissariat de Hollywwod. De quoi faire tomber quelques têtes dont celle du directeur. Un général en retraite du corps d’armée des Marines assure l’intérim avant que William H. Parker ne prenne la direction du LAPD. La première décision du fameux général fut de créer la « brigade antigang » sobrement nommée Division du Renseignement composée de gros bras du LAPD. Et c’est justement cette unité qui est mis en avant dans Il Marchait la Nuit.

Devant la gravité des faits, le meurtre d’un membre du LAPD, c’est donc à cette nouvelle unité aux « pouvoirs » étendus qu’est confiée l’enquête. Et le moins que l’on puisse dire c’est que Werker va s’employer à nous expliquer dans le détail comment travaillent les hommes de la police de Los Angeles et les techniques nouvelles qu’ils emploient. Enquêtes de voisinage, interrogatoires de petites frappes ou de gros bonnets, balistique, graphologie et même un nouveau système de portrait robot à base de diapositives. Et comme bien souvent, l’enquête prendra un nouveau tournant et progressera sensiblement sur des petits détails, des coups de chance provoqués par le professionnalisme des forces de l’ordre. Ce style documentaire est ici appuyé par une voix-off omniprésente au ton très professoral, déclamé par Reed Hadley (La Pièce Maudite). Bien sur, la violence dont abusaient certains n’est ici même pas effleuré. La violence y est toujours proportionnelle et le LAPD respecte les lois qu’elle se doit de faire respecter. La vérité de l’époque était néanmoins tout autre.

En parallèle à l’action de la police, Werker filme là-aussi de façon didactique le quotidien de délinquant de Morgan en insistant sur son utilisation de « rossignols », de fausses plaques de véhicules couplées à de faux papiers ou encore l’entretien de ses armes à feu ou de ses appareils électroniques dont il raffole. Prenant exemple sur Walker, il fait de son tueur un être malade en guerre contre la société. Solitaire (la voix-off disparaît lorsqu’il est à l’écran) mais cherchant la reconnaissance, travaillant pour gagner sa vie mais braquant des commerces pour l’argent, Davis Morgan n’est que contradictions. Inconnu des services de police (pas de photo, pas d’empreinte…), doté d’un physique passe-partout inspirant la confiance, il est l’archétype même de l’individu insoupçonnable. Werker nous permet de pénétrer dans l’intimité de son personnage le rendant accessible et donc humain. Ce dernier et la police ne seront jamais mis véritablement en présence grâce à un montage en parallèle des plus classiques qui accentuera encore plus la violence de la chasse à l’homme dans les égouts de Los Angeles, final je le rappelle attribué à Mann. Mais avant de passer à cette fameuse scène, attardons-nous quelques instants sur un autre passage du film. Après une nouvelle fusillade avec la police, Morgan est blessé au flanc gauche. Réussissant à s’enfuir, il rentre chez lui et entreprend d’extraire la balle. Face à lui, un petit miroir lui permet de voir la plaie et de s’opérer. Après avoir désinfecté un écarteur de chair et un clamp, il parvient à ôter le projectile. Cette scène ne vous rappelle rien? Replongez-vous dans Ronin de John Frankenheimer avec Robert de Niro…

A compter du moment où le filet se resserre autour du tueur, un changement se fait sentir en terme de réalisation. Le côté professoral qui jusqu’ici dominait l’ensemble est abandonné au profit d’une efficacité jamais gratuite. Car comment ne pas faire le parallèle entre ces égouts aux multiples ramifications où tentent de se réfugier Morgan et l’esprit de ce dernier un brin torturé. Comprenant comment se déplace le tueur à travers la ville, la police bloque les accès des égouts et envoie des équipes fouiller les tunnels. Dès lors, le spectateur est acteur de cette traque, la caméra de Mann devenant mobile pour suivre au plus près les flics. Acculé, Morgan n’a d’autre choix que de se rendre ou se battre jusqu’au bout. C’est cette solution qu’il choisira dans un dernier baroud d’honneur. Une victoire éclatante pour le LAPD. La scène fait penser évidemment au film de Carol Reed, Le Troisième Homme. Mais ne nous y trompons pas. Aucun plagiat de la part de Werker, son film précédent celui de Reed d’une année.

Autant se l’avouer immédiatement, l’interprétation n’est pas l’attrait principal d’Il Marchait la Nuit. Non pas qu’elle soit de mauvaise qualité, loin de là, mais la direction prise par les scénaristes et le(s) réalisateur(s) ne permet pas aux acteurs de laisser parler leur potentiel dramatique. Ainsi, Scott Brady, Roy Roberts, Whit Bissell, Jack Webb… campent leur rôle avec professionnalisme sans que l’un ou l’autre ne prenne le dessus sur les autres. Et il y a Richard Basehart. Totalement habité par son personnage, il parvient à lui donner une vraie profondeur psychologique faisant du tueur un être d’autant plus dangereux qu’il est imprévisible et intelligent. Un très grand numéro d’acteur. Pour l’anecdote, Jack Webb a profité du tournage pour se lier d’amitié avec un officier de police et s’inspirer des enquêtes de ce dernier pour créer son personnage de Dragnet.

Réalisé à quatre mains, Il Marchait la Nuit est un formidable exercice de style réalisé avec professionnalisme et doté d’un final proprement dantesque.

Edition dvd :

Edition minimaliste pour un film qui aurait pu bénéficier d’un peu plus d’attention tant sa qualité factuelle est probante. L’image, pourtant bien détaillée, propose un noir et blanc bien trop doux pour être pertinent et quelques défauts épars sont remarqués. De plus, quelques plans se montrent soit surexposés soit sous-exposés. C’est selon. Par contre, rien à redire pour la bande-son uniquement anglophone, claire et puissante.

Rien à se mettre sous la dent au niveau bonus et c’est regrettable.

Fiche technique :

  • Réalisation : Alfred L. Werker et Anthony Mann
  • Scénario : John C. Higgins, Crane Wilbur
  • Photographie : John Alton
  • Montage : Alfred DeGaetano
  • Musique : Leonid Raab
  • Pays : Etats-Unis
  • Genre : Film noir
  • Durée : 79 minutes

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