Jean-Luc Herbulot – Part.2 Deux courts, un long

Jean-Luc Herbulot – Part.2 Deux courts, un long

Entendons-nous bien. Le titre ne fait absolument pas référence à une commande pour trois cafés au troquet du coin. Mais à deux courts métrages et à un long signés Jean-Luc Herbulot dont le visionnage provoquent les mêmes stimulations cardiaques qu’un excès de caféine.

Concurrence Loyale

Synopsis :

Alors que les médias annoncent la défaite d’un puissant groupe français face à un jeune avocat, deux snipers marchandent leurs honoraires pour abattre ce dernier.

Critique :

Que vaut une vie humaine quand un grand groupe financier est attaqué ? Eh bien pas grand chose, semble nous dire Jean-Luc Herbulot, réalisateur de ce court métrage cynique où le spectateur à plus d’une fois l’occasion de sourire. Jaune s’entend ! De mémoire de cinéphile, je ne me souviens pas avoir eu à assister à ce genre d’échanges, savoureux mais décalés, comme issu d’un autre monde.

Pour illustrer encore plus ce décalage, le réalisateur a su créer une atmosphère particulière dans laquelle il fait baigner son film. Le calme des deux lieux, aux couleurs froides, où sont positionnés les tueurs tranchent avec l’extrême agitation des plans aux tons chauds de l’appartement des victimes. Les sensations d’immobilisme et de panique sont encore exacerbées lorsque les coups de feu surviennent. Ces mêmes coups de feu qui provoquent une remontée de la courbe de la Bourse comme l’annonce le présentateur de la chaîne d’info en continu qui ouvre le film. On assiste impuissant à l’agonie puis à la mise à mort de deux individus alors que leurs assassins continuent de marchander non pas leur vie mais leur propre rétribution. Comme à son habitude, Jean-Luc Herbulot clôt son film sur un twist qui, une fois encore, arrachera un sourire aux spectateurs. Sourire toujours aussi jaune, cela va sans dire !

Dénonciation du capitalisme à peine voilée, Concurrence Loyale jouit d’une écriture et d’un esthétisme de tout premier ordre qui en font un nouvel excellent court à mettre au crédit de Jean-Luc Herbulot.

Concurrence Loyale est à retrouver ici.

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Sick

Synopsis :

Trois parents d’enfants assassinés décident de se faire justice eux-mêmes après que le principal suspect des meurtres n’ait été relâché par les autorités.

Critique :

Encore une fois, Jean-Luc Herbulot se sert des médias pour introduire son film et situer ainsi en quelques plans et commentaires le contexte de son histoire. Une histoire qui parlera à tous tant le sujet abordé est sensible. Un meurtre est l’acte le plus abject qui puisse être mais il entre dans une autre dimension lorsque les victimes sont des enfants et qu’il est accompagné d’actes de barbarie, quels qu’ils soient. Quelle serait notre réaction si par malheur le chemin d’un de nos enfants croisait celui d’un monstre? Et au réalisateur de nous proposer une réponse, la vengeance personnelle.

Jean-Luc Herbulot nous permet de suivre les pas d’un père inconsolable qui cherche à s’adjoindre les services de deux autres parents, eux aussi impactés par le même drame, pour mener à bien sa croisade vengeresse. Ces derniers acceptent et participent à l’enlèvement de l’individu suspecté des meurtres par les autorités mais libéré faute de preuve. Dans une chambre de motel, ils passeront à l’acte avant que l’on apprenne que leur victime était finalement lavée de tout soupçon. S’il en restait là, Sick ne serait qu’un film de plus abordant le thème de la vengeance et de ses dérives. Le réalisateur décide de pousser le bouchon encore plus loin avec un twist final surprenant et dérangeant qui force le spectateur à remettre en cause tout ce qu’il a vu et entendu précédemment.

Avec peu de moyen, Jean-Luc Herbulot parvient à réaliser un court-métrage de très grande qualité tant en terme de réalisation que de direction d’acteurs. Une vraie réussite qui reste gravée durablement dans les esprits.

Sick est à retrouver ici.

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Dealer

Synopsis :

Dan, un ancien dealer de cocaïne, accepte un dernier deal qui lui permettrait de commencer une nouvelle vie avec sa fille en Australie. Commence alors une descente aux enfers dont il ne sortira pas indemne.

Critique :

Autant se l’avouer tout de suite, Dealer part d’un pitch rabâché à l’infini dans le polar (le retour aux affaires d’un malfrat pour un dernier coup). Beaucoup de réalisateur se sont livrés à l’exercice avec plus ou moins de bonheur. S’il ne fallait en citer qu’un, ce serait Brian de Palma et son fantastique L’Impasse avec Al Pacino et Sean Penn.

Habitué jusqu’ici aux courts-métrages et à la publicité, le passage au long-métrage était une évidence pour Jean-Luc Herbulot. Et sa rencontre avec l’acteur Dan Bronchinson, lui-même ancien dealer, sera déterminante dans le choix de son sujet. Si le scénario est cousu de fil blanc, force est de constater que la réalisation est elle d’une efficacité redoutable, comme dopée aux amphétamines. Herbulot filme avec ses tripes, avec hargne et ça se voit à l’écran. Le spectateur est comme aspiré dans cette histoire où l’urgence est de mise. Il en ressort rincé mais agréablement surpris par la qualité de l’ensemble. Si la caméra du réalisateur est sans cesse en mouvement, elle parvient néanmoins à capter ces petits moments fugaces qui savent rendre certains personnages attachants.

Jean-Luc Herbulot réussit à reproduire dans Dealer toute l’intensité qui habitait jusqu’ici ses courts métrages et ce pour le plus grand plaisir des spectateurs. Il est toujours agréable pour ces derniers de ne pas être trompés par ce qu’on lui propose de voir. Une sorte de respect dont certains aujourd’hui ont oublié le sens. Ce n’est pas le cas de Jean-Luc Herbulot qui reste fidèle à ses principes pour notre plus grand plaisir. Un film à découvrir.

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Je clos, pour le moment, le cycle Jean-Luc Herbulot avec ces trois œuvres hautement recommandables en espérant vous avoir donné envie de vous plonger dans son univers. Pour ma part, j’ai pris beaucoup de plaisir à faire la connaissance de Jean-Luc et le remercie encore une fois pour le temps qu’il a bien voulu consacrer au site et à moi-même.

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