Kinjite, Sujet Tabou (Kinjite, Forbidden Subjects)

Kinjite, Sujet Tabou (Kinjite, Forbidden Subjects)

Synopsis :

L’inspecteur Crowe a fait de la lutte contre la prostitution des mineures son cheval de bataille. Sa cible de prédilection ? Duke, un proxénète de la pire espèce. Et rien, pas même la loi, ne le fera dévier de la mission qu’il s’est fixée.

Critique :

Comment en est-on arrivé là ? Comment J. Lee Thompson, réalisateur efficace de Aux Frontières des Indes, des Canons de Navarone, des Nerfs à Vif, du Bison Blanc, de Passeur d’Hommes, a-t-il pu péricliter à ce point-là ? Pourtant, du haut de ses 70 ans en ce début des années 80, le réalisateur nous livre encore des films qui tiennent le route. Certes, ce ne sont pas des chefs d’œuvres. Mais le rythme est là entre péripéties souvent rocambolesques et bons mots orduriers. On pense au Justicier de Minuit ou à La Loi de Murphy. Il se fend même d’un Ambassadeur : Chantage en Israël pas si bête. Mais l’année 87 marque un tournant. Le Justicier Braque les Dealers qui tient plus du mauvais téléfilm qu’autre chose et Le Messager de la Mort au tempo arthritique ne parviennent même pas à s’attirer la sympathie du public. Et ce n’est pas ce Kinjite, Sujet Tabou qui relève le niveau. Bien au contraire.

La carrière de J. Lee Thompson étant étroitement liée à celle de Charles Bronson, nous sommes également en droit de nous poser le même genre de question concernant ce dernier.

En effet, comment Charles Bronson, figurant de luxe crédité Charles Buchinsky dans La Gueule du Loup, Bronco Apache ou Vera Cruz puis figure emblématique de superproductions telles que Les Sept Mercenaires, La Grande Evasion, La Bataille des Ardennes, Les Douze Salopards, La Bataille de San Sebastian, Il Était une Fois dans l’Ouest, Soleil Rouge avant de devenir tête d’affiche de bons, voire très bons, films comme Les Collines de la Terreur, Un Justicier dans la Ville, Le Bagarreur, Un Justicier dans la Ville 2 a-t-il pu se fourvoyer à ce point en ces années 80 ? Faut-il remonter pour répondre à cette interrogation à 1971 lorsque Bronson refuse le rôle titre de L’Inspecteur Harry ? Une erreur de jugement qu’il s’est longtemps reprochée. Bien que trois ans plus tard il revêt le costume du justicier, personnage ô combien emblématique de sa carrière, la gestion caricaturale de son personnage déterminera l’orientation prise du traitement de sa propre image lorsque celle-ci tombera dans l’escarcelle de la Cannon Group. Là où Clint Eastwood su rebondir et proposer des variations plus ou moins sombres de son alter ego, Charles Bronson n’aura de cesse d’incarner le même personnage borderline adepte d’une justice archaïque et expéditive sans aucune distanciation aucune.

Kinjite, Sujet Tabou. Où comment se servir de la prostitution des enfants comme prétexte à un polar / action movie paresseux, raciste et surtout prônant le retour de la Loi du Talion. Parce que oui, notre flicard de service est un adepte de ce code babylonien datant de 1730 avant J.C. basé sur la juste réciprocité entre le crime et la peine. Le film s’ouvre et se referme en effet sur l’application stricto sensu de condamnations prononcées par un inspecteur Crowe s’érigeant juge et bourreau à la fois. Un client loue les services d’une mineure (en tout cas vendue comme telle par le scénario, parce que dans les faits…) auprès d’un proxénète et veut lui faire subir les derniers outrages à grand renfort de godemichet ? Qu’à cela ne tienne. Crowe le viole avec le faux phallus. Ce même proxénète abuse des jeunes filles qu’il enlève ? Crowe fait le choix de ne pas le tuer. Non pas par respect pour la Justice mais pour que le criminel se fasse violer par ses co-détenus car comme il le dit si bien : « C’est ça la justice« .

Et entre ces deux scènes, me direz-vous, il se passe bien quelque chose ? Eh bien, pas grand chose pour être tout à fait honnête. Une bonne moitié du film se contente de suivre un Crowe pérorant sur tous les toits qu’il est père d’une ado et qu’il va mettre un terme au trafic de Duke sans, au final, faire quoi que ce soit et parallèlement visiter le Japon et ses « traditions » dans les pas d’un père de famille volage et découvrant son attirance pour les jeunes filles dans les transport en commun. Deux destins qui vont se télescoper tragiquement, puisque la fillette de ce dernier va tomber entre les griffes de Duke avec à la clé de multiples viols qui l’amèneront à se suicider. Le problème de Kinjite, Sujet Tabou tient dans le fait que son réalisateur ne sait pas sur quel pied danser. Traiter ce sujet de façon sérieuse au risque de tomber dans le glauque et faire fuir le public ou en faire un simple film d’action bas de plafond ? J. Lee Thompson n’a plus les épaules pour livrer un film grave. Si l’on veut du dérangeant sur le sujet, au sens noble du terme, il est préférable de se tourner vers ses Nerfs à Vif réalisé 27 ans Plus tôt.

Le réalisateur a donc choisi de faire de ce Kinjite, Sujet Tabou un (tout) petit film au scénario écrit avec les pieds sur un ticket de métro, aux scènes d’action mollassonnes, mal filmées et empruntées à d’autres, au propos perturbant de par son traitement putassier. Le montage y est aussi pour beaucoup. Nombre de scènes semblent avoir été (dé)coupées en dépit du bon sens créant des ruptures abruptes entre les séquences ou en les rendant carrément illisibles. Manichéen, le film échoue également lamentablement dans sa représentation du choc des cultures entre Japon et Etats-Unis. A aucun moment, l’évolution intellectuelle du héros semble crédible. De raciste à respectueux, le chemin parcouru est bien trop court pour que l’on y croit. Là encore, nous sommes en droit de lui préférer par exemple La Maison de Bambou et Le Kimono Pourpre de Samuel Fuller ou bien encore Soleil Levant de Philip Kaufman. Et sinon, on parle du fait que le proxénète est un latino et ses comparses des afro-américains ? Non, c’est bon…

La qualité du soft proposé par Sidonis Calysta et/ou le désir de posséder l’entièreté de la filmographie de Charles Bronson sont les seules raisons valables d’acquérir Kinjite, Sujet Tabou. Parce que pour ce qui est de l’intérêt artistique du film…

Edition blu-ray :

Kinjite, Sujet Tabou nous est présenté ici dans un master très propre, sans problème de compression. le niveau de détail est élevé, les couleurs pimpantes comme il faut. La bande-son, proposée en version originale sous-titrée français et en version française, est claire, sans souffle et sait être puissante quand il le faut.

En guise de bonus, nous avons droit à une présentation du film par Olivier Père ainsi qu’une bande-annonce.

Kinjite, Sujet Tabou est disponible directement auprès de Sidonis Calysta en combo blu-ray / dvd ici et en dvd ici.

Fiche technique :

  • Réalisation : J. Lee Thompson
  • Scénario : Harold Nebenzal
  • Musique : Greg De Belles
  • Photographie : Gideon Porath
  • Pays : Etats-Unis
  • Genre : Policier
  • Durée : 97 min
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2 réflexions sur « Kinjite, Sujet Tabou (Kinjite, Forbidden Subjects) »

  1. C’est un des pires que j’ai vu de Bronson. D’autres étaient tout aussi mauvais mais ils avaient pour eux d’être relativement fun. Ici, la réalisation ne sert qu’à vanter les bienfaits de la loi du Talion avec sériosité sans recul ni cynisme.

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