La Brigade des Stupéfiants (Port of New York)

La Brigade des Stupéfiants (Port of New York)

Synopsis :

Après le vol d’une importante cargaison de drogue à destination des hôpitaux à bord d’un navire, la brigade des stupéfiants, épaulée par les douanes, se lancent sur la trace de l’organisation criminelle à l’origine des faits.

Critique :

Nous sommes en 1949. Voilà quatre ans que la seconde guerre mondiale a pris fin. L’ennemi extérieur a été vaincu. Mais l’ennemi intérieur lui continue de saper la société américaine. Ce dernier est encore un ennemi criminel. Il faudra attendre l’année suivante pour que cette menace mute en adversaire politique, le communisme. Mais le fait que ce film sorte en 49 n’est pas un hasard non plus. 1949 est l’année où les États-Unis gère la politique anti-drogue à l’international via l’ONU. L’occasion était trop belle pour Hollywood de mettre en avant les efforts du gouvernement pour protéger la population du danger représenté par les narcotiques.

Pour imaginer une histoire prenant pour base une actualité brûlante, la société de production Eagle-Lion Films décide de reprendre la formule gagnante de La Brigade du Suicide (T-Men) réalisé en 1947 par Anthony Mann et déjà produit par ce même studio. A savoir une œuvre de fiction emprunte de réalisme et agrémentée d’images puisées dans les archives des différentes administrations. Le scénario est confié à Eugene Ling (Échec au Crime) qui s’inspire d’une histoire originale signée Arthur A. Ross (L’Étrange Créature du Lac Noir, Brubaker).

La réalisation est confiée à László Benedek. Originaire de Hongrie, il commence sa carrière comme assistant-réalisateur et monteur en Allemagne notamment sur L’Homme qui Assassina de Curtis Bernhart avant un court passage en Angleterre. En 1937, il débarque aux États-Unis où il travaille au montage de plusieurs films. Il passe à la réalisation pour la première fois en 1948 avec Le Brigand Amoureux produit par la MGM. Son second film sera La Brigade des Stupéfiants pour Eagle-Lion Films. Mais c’est avec L’Équipée Sauvage (The Wild One) avec Marlon Brando qu’il connaîtra la consécration. De succès en échec, sa carrière se fera entre les USA et l’Europe pour prendre fin au milieu des années ’70.

Ce qu’il faut bien comprendre, c’est que La Brigade des Stupéfiants, comme bien d’autres avant lui, est un film hybride. Un croisement entre une œuvre de fiction et un documentaire. Et même s’il ne fait pas preuve d’une grande originalité, force est de constater qu’il rempli parfaitement son cahier des charges. Les hommes de main composant le gang sont au choix des salauds ou des pleutres alors que les membres des forces de l’ordre sont représentés comme les anges gardiens de la population capable d’aller jusqu’au sacrifice ultime pour elle. Tout cela est bien manichéen, je vous l’accorde. A aucun moment, il n’est fait mention d’une quelconque corruption dans les rangs des forces de l’ordre, pourtant bien présente. La voix off, extrêmement didactique, en rajoute même dans l’aspect propagande de l’ensemble lorsqu’il est mis en avant les nouvelles techniques policières (relevés d’empreintes) qui se mêlent étroitement aux anciennes (interrogatoires et arrestations musclées, filatures, planques…), l’interaction entre les différentes administrations et l’entraide entre les États (dans le cas présent entre New York et San Francisco. La symbolique est grande puisque ces deux villes se situent à l’opposé l’une de l’autre sur le territoire américain). Même si, encore une fois, dans la réalité, rien n’est jamais aussi simple.

Réaliser un film semi-documentaire peut s’avérer être un exercice périlleux. Mais le passé de monteur de László Benedek lui permet de parfaitement équilibrer son intrigue. Bien que très présentes, les images d’archives ne prennent jamais le pas sur le côté fiction du film. Cela aurait été d’autant plus préjudiciable que les comédiens font le job.

Scott Brady et Richard Rober sont parfaits en agents fédéraux chargés de démanteler un gang spécialisé dans la drogue et incarnent avec justesse leur désir de protéger la population de ce nouveau fléau. Neville Brand, quant à lui, parvient en quelques plans seulement à s’imposer au milieu des sales tronches servant de sbire au chef de gang. Attardons-nous quelques instants sur ce dernier. Malgré des cheveux, on reconnait aisément Yul Brynner dans ce qui est son tout premier rôle. Et, déjà, il en impose. Loin du défenseur de la veuve et de l’orphelin, il incarne ici un dandy du crime d’autant plus dangereux qu’il cache sa véritable personnalité derrière de trompeuses bonnes manières. On sera en droit de le préférer dans Les Sept Mercenaires, en héros de notre enfance.

La Brigade des Stupéfiants s’avèrent être un agréable divertissement, maîtrisé de bout en bout par László Benedek et illuminé par la présence d’un tout jeune Yul Brynner.

Fiche technique :

  • Réalisation : László Benedek
  • Scénario : Eugene Ling
  • Photographie : George E. Diskant
  • Montage : Norman Colbert
  • Musique : Sol Kaplan
  • Pays : États-Unis
  • Genre : Film noir
  • Durée : 82 minutes

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