La Brune de mes Rêves (My Favorite Brunette)

La Brune de mes Rêves (My Favorite Brunette)

Synopsis :

Parce qu’une belle brune le confond avec le privé Sam MacCloud et lui demande de retrouver son oncle disparu, le photographe pour bébés Ronnie Jackson s’embringue dans une sombre histoire d’espionnage qui pourrait bien lui coûter la vie. Alors qu’il n’avait pour seule ambition que d’embrasser la magnifique Carlotta Montay.

Critique :

Habituellement, les chroniques publiées sur le site commence par une présentation des femmes et des hommes à l’origine ou œuvrant pour donner vie au film critiqué. Car si le projet est mené à son terme, c’est bien grâce à l’association de leur talent respectif. Romancier, scénariste(s), réalisateur, directeur de la photographie et enfin monteur sont présentés avant d’entrer dans le vif du sujet. Enfin, après m’être penché sur le film en lui-même, je termine ma petite bafouille par l’interprétation des têtes d’affiches, et parfois des seconds rôles les plus marquants. Dans le cas de La Brune de mes Rêves, je suis dans l’obligation de changer mon fusil d’épaule et de débuter par la fin. Car si un nom se cache derrière ce titre, c’est bien celui de l’acteur, chanteur, humoriste et écrivain américain d’origine britannique Bob Hope.

Né à Londres, Leslie Hope débarque aux Etats-Unis à l’âge de quatre ans. Huit ans plus tard, il se fait de l’argent de poche en chantant et en dansant dans les transports en commun. Après plusieurs boulots dont l’un le laissera défiguré, prendre un arbre dans le museau n’est jamais anodin et la chirurgie réparatrice jamais très loin, il se lance dans la comédie et monte son propre duo de claquettes et de danse avec George Byrne et les sœurs siamoises Hilton. En 1929, Leslie (Lester sur scène) devient Bob. C’est à compter de 1934 que tout s’accélère. Radio, télévision, cinéma. Tout le monde se l’arrache. En véritable chef d’entreprise, il s’entoure de personnes de confiance qui le suivront pour la plupart tout au long de sa carrière. Son duo avec Bing Crosby fait des étincelles. Tout comme sa rencontre avec Dorothy Lamour. Pour celui qui tourne tout en dérision et se moque allégrement de la société dans laquelle il évolue, se pencher sur le film noir, alors en pleine vogue, était une évidence.

Nous sommes en 1947. Et le genre qui ne dit pas encore son nom occupe nombre de doubles programmes. Du pain béni pour Bob Hope. Charge à son équipe de lui concocter une histoire en rapport avec le film noir. Le scénario de La Brune de Mes Rêves est signé Jack Rose (La Péniche du Bonheur avec Cary Grant et Sophia Loren), ayant travaillé pour la star à compter de 1943, et Edmund Beloin qui jusqu’à présent alternait film noir et comédie romantique (Deanna mène l’Enquête avec Dan Duryea, Because of Him avec Charles Laughton). La réalisation est confiée à l’éclectique Elliott Nugent qui retrouve pour l’occasion Bob Hope après Le Mystère de la Maison Norman, comédie policière sortie en 1939. Rejoignent l’équipe, Lionel Lindon, directeur de la photographie habitué au genre avec des titres comme Le Dahlia Bleu, Un Pacte avec le Diable, Sables Mouvants…) et le monteur Ellsworth Hoagland (Docteur Cyclope, Midi, Gare Centrale). Ce dernier retravaillera avec Hope et Fernandel (!) en 1958 sur A Paris Tous les Deux.

Si l’on fait l’impasse sur l’aspect parodique de l’entreprise, La Brune de mes Rêves est un film noir comme il en sortait très régulièrement sur les écrans américains au début des années 40. Et plus particulièrement ceux mettant aux prises le héros avec des organisations politiques, généralement proches des nazis, dont le seul but étaient la déstabilisation de pays occupés ou infiltrés, seconde guerre mondiale oblige. On pense notamment aux films de Fritz Lang comme Chasse à l’Homme, Les Bourreaux Meurent Aussi, Espions sur la Tamise. Construction en flashback, intrigue tortueuse, détective privé affublé des sempiternelles stetson et imperméable, belle brune (celle du titre), puissante organisation étrangère… tout y est. Mais décuplé. Le comique naît parfois de l’outrance, de l’excès. Et le scénario, tout en respectant les règles inhérentes au genre, s’emploie à les dynamiter, à en grossir les traits. Le faux privé de La Brune de mes Rêves est ainsi l’antithèse de ses glorieux modèles. Si ceux-ci restent classe en toutes circonstances, se montrent à l’aise arme à la main, taiseux et, dès que l’occasion se présente, bourreau des cœurs, Ronnie Jackson est mal fagoté avec son imper trop grand et son chapeau de traviole, s’avère incapable de manier son arme convenablement, noie son auditoire sous un flot de paroles ininterrompu et ne parvient jamais à embrasser cette belle brune dont il est follement épris. Sans parler qu’il a toujours un métro de retard sur l’enquête et qu’il est régulièrement tourné en ridicule. Ce qui n’arriverait jamais à Philip Marlowe nous en conviendrons. L’aspect parodique fonctionne à merveille. Tout comme le comique de situation (la fouille de la chambre par Jackson est hilarante). Elliott Nugent s’y entend dans le timing pour qu’aucun des gags et autres clins d’œil ne passent inaperçus. On pense à plusieurs reprises à Blake Edwards tant tout y est calculé, précis. C’est parfait, sans temps mort, ce qui est une gageure car nombre de films parodiques ne tiennent pas sur la longueur mais si leur durée est généralement courte.

Il va sans dire que le scénario est tout en entier au service de Bob Hope. Et ce dernier s’en donne à cœur joie. Parfaitement à l’aise, la star est de tous les plans, débitant des lignes de dialogues longues comme le bras (les sous-titres mangent parfois un bon tiers de l’image), occupant tout l’espace, jouant de son singulier visage. Il connait son boulot et il est évident qu’il prend plaisir à le faire. Face à lui, Dorothy Lamour (Johnny Apollo) sa partenaire de longue date incarne à la perfection la jeune femme en danger. Peter Lorre (Le Faucon Maltais), figure incontournable du genre, est encore une fois dans son élément tout en apportant une légère touche comique qui l’éloigne, mais pas trop, de ses rôles habituels. Hope et Lorre ont d’ailleurs droit ensemble à deux moments savoureux que je vous laisse découvrir. Alan Ladd (La Clé de Verre, Le Dahlia Bleu), star incontournable du film noir mais ici non crédité, est bien entendu Sam MacCloud, le privé copié par notre piètre héros. Caméo sous forme de private joke pour Bing Crosby (La Mélodie du Bonheur), ami de Bob Hope qui, après l’avoir reconnu au détour d’une porte, balance à qui veut bien l’entendre : « il accepte vraiment n’importe quel rôle » ! Excellent !

Avant de terminer. Si Bob Hope tombe sous le charme d’une brune dans La Brune de mes Rêves (My Favorite Brunette), il en sera de même d’une blonde dans … La Blonde de mes Rêves (My Favorite Blonde) et enfin d’une espionne dans…. Espionne de mon Cœur (My Favorite Spy). Une vraie trilogie !

Respectueux du genre tout en le parodiant intelligemment, La Brune de mes Rêves est l’archétype même du divertissement de qualité. Parfaitement orchestré par Elliott Nugent et porté par un Bob Hope en état de grâce, voilà un titre peu connu qu’il serait dommage d’ignorer.

Edition dvd :

Artus Films nous présente La Brune de mes Rêves dans des conditions fort honorables. Si le master est quelque peu sombre, il est exempt de tout défaut, le niveau de détail est élevé et le grain parfaitement géré. Uniquement proposée en version originale sous-titrée français, la bande-son est claire et sans souffle.

La Brune de mes Rêves est disponible directement auprès d’Artus Films par ici.

Fiche technique :

  • Réalisateur : Elliott Nugent
  • Scénario : Edmund Beloin et Jack Rose
  • Musique : Robert Emmett Dolan
  • Photographie : Lionel Lindon
  • Montage : Ellsworth Hoagland
  • Pays : États-Unis
  • Genre : Parodie film noir
  • Durée : 87 min
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2 réflexions sur « La Brune de mes Rêves (My Favorite Brunette) »

  1. Un film noir parodique avec un soupçon de Fritz Lang et de Blake Edwards ? Pas encore vu mais ça m’interpelle. Même si la brune de mes rêves correspond davantage à Simone Simon, Gene Tierney, Hedy Lamarr ou Anne Baxter…

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