La Cible Vivante (The Great Flamarion)

La Cible Vivante (The Great Flamarion)

Synopsis :

Le Grand Flamarion, tireur d’élite au sein d’une troupe de cabaret, est manipulé par sa partenaire qui souhaite faire assassiner son mari. D’abord réticent aux avances de la jeune femme, il finit par accepter. Mais sa maîtresse est-elle aussi sincère qu’elle le laisse entendre ?

Critique :

A l’origine de La Cible Vivante, il y a The Big Shot, roman signé Vicki Baum. Cette dernière naît en 1888 à Vienne et s’épanouit tant bien que mal entre une mère souffrant de troubles mentaux, et qui décèdera très vite d’un cancer, et un père « tyrannique et hypocondriaque ». Elle commence sa carrière artistique en étudiant la harpe au conservatoire avant d’être engagée auprès de la Société Philarmonique de Vienne et de partir en tournée jusqu’en 1923 avant de changer d’orientation professionnelle et de se lancer dans le journalisme. En 1919, parait son premier roman mais c’est Grand Hotel en ’32 qui la fera connaître à tel point que la même année, elle s’installera en famille à Hollywood pour travailler à l’adaptation de son roman que réalisera Edmund Goulding avec Greta Garbo et Joan Crawford. Cette expatriation sera une chance pour Baum. Il faut dire qu’une femme indépendante, auteur à succès, juive de surcroît et ayant pratiqué la boxe pendant de nombreuses années, avec entre autres Marlène Dietrich, avait tout pour ne pas être l’idéal féminin du Troisième Reich.

En 1945, un certain W. Lee Wilder, frère de Billy Wilder, crée sa propre société de production. Son premier film? La Cible Vivante, dont il confie la réalisation à Anthony Mann et avec qui il travaillera dès l’année suivante sur Strange Impersonation avec Brenda Marshall et William Gargan. Anthony Mann alors en début de carrière n’avait pas encore réalisé son chef d’œuvre, Winchester 73, mais faisait ses armes sur des films à petit budget de qualité (La Brigade du Suicide, Il Marchait la Nuit). Et La Cible Vivante est une nouvelle preuve de son talent.

Autant se l’avouer immédiatement, La Cible Vivante ne brille pas par l’originalité de son scénario. Une femme fatale jouant avec les sentiments d’un prétendu soupirant dans le but avoué de faire abattre son mari pour finir par l’abandonner à son tour est une chose connue dans le film noir. La Griffe du Passé ou encore Assurance sur le Mort en sont de parfaits exemples.

Sur la forme, le spectateur est également dans sa zone de confort avec un récit qui commence par ce qui est habituellement la fin d’un film n’appartenant pas au genre. Les flashbacks sont également présents et occupent une place très importante dans le déroulé de l’intrigue, et seulement entrecoupés par des plans du tueur se confiant à un témoin, ancien partenaire de scène.

Là où Anthony Mann marque des points, c’est dans son parti pris de délocaliser l’action. Loin des ruelles sombres de New York, il opte pour l’effervescence de Mexico, les néons de Los Angeles… Le dépaysement est total et il faut bien le dire salutaire. Mann fait également le choix d’enfermer ses personnages en les cantonnant aux espaces clos leur interdisant ainsi toute échappatoire et exacerbant ainsi leurs sentiments.

L’autre grande force du film est à rechercher du côté des personnages et principalement dans l’étude de caractère du « Flamarion » du titre. Anciennement officier dans l’armée allemande lors de la première guerre mondiale, « The Great Flamarion » est devenu un artiste de cabaret où il fait de son aptitude pour le tir un numéro très théâtral. Solitaire, il refuse tout contact avec ses semblables préférant se concentrer sur l’exercice de son art. Mais un homme reste un homme. Et lorsqu’une belle jeune femme entreprend de le séduire de façon aussi ouverte, il ne peut que rendre les armes et succomber à ses charmes. Les manœuvres de Connie Wallace prenant appui sur la pièce qu’ils jouent chaque soir devant le public (un homme surprend sa femme avec son amant), réalité et fiction se rejoignent et se fondent devant la caméra de Mann, faisant définitivement perdre pied à Flamarion. La déchéance physique et psychologique n’en sera que plus brutale lorsque Connie, finalement parvenue à ses fins, s’enfuit aux bras d’un nouvel amant. Cette partie est peut-être la plus intéressante et impressionnante du film grâce à une implication sans faille de son interprète principal.

Il est maintenant temps de s’arrêter quelques instants sur Connie Wallace tant cette dernière semble être le réceptacle de tout ce qui défini une femme fatale dans le film noir. Manipulatrice, menteuse, vénale, collectionneuse d’hommes, elle est l’ennemie toute désignée de l’Homme, celle par qui le malheur arrive. Force est de constater qu’ici Anthony Mann grossit le trait pour un résultat, qui à mon sens, manque quelque peu de subtilité.

vingt-neuf ans après sa première apparition au cinéma dans Naissance d’une Nation de D.W. Griffith, Erich Von Stroheim s’impose dans ce rôle d’homme trompé et qui connaît une déchéance irréversible. Sa présence et sa prestance appuyées par un accent allemand guttural semblent occuper tout le cadre de l’écran. En femme fatale, Mary Beth Hughes livre une prestation honnête mais bien loin des femmes fatales de référence, Jane Greer ou Barbara Stanwyck en tête. Dan Duryea, comme à son habitude, est impeccable dans son rôle, rôle qu’il retrouvera, dans l’esprit en tout cas, pour L’Ange Noir de Roy William Neill.

Sur une trame classique, Anthony Mann nous livre un honnête divertissement bien aidé en cela par une prestation de grande classe de la part de ses acteurs, Erich Von Stroheim en tête.

Edition dvd :

Édition dvd minimaliste pour La Cible Vivante. Le master s’avère extrêmement daté avec un noir et blanc mal étalonné, de multiples dégâts de pellicule et une image tremblotante. Sans parler des problèmes de luminosité. La bande-son présente un souffle discret mais continue.

Côté bonus, c’est le néant absolu.

Fiche Technique :

  • Réalisation : Anthony Mann
  • Scénario : Heinz Herald, Richard Weil et Anne Wigton
  • Photographie : James S. Brown Jr.
  • Montage : John F. Link Sr.
  • Pays  États-Unis
  • Genre : Film Noir
  • Durée : 78 minutes

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