La Dernière Cible (The Dead Pool)

La Dernière Cible (The Dead Pool)

Synopsis : L’inspecteur enquête sur les meurtres de plusieurs personnalités du show-business inscrites sur une mystérieuse liste noire.

Critique : Le Retour de l’Inspecteur Harry ayant été un succès critique, c’est une première, et commercial, plus de 67 millions de dollars au box-office rien que sur le territoire américain, rien ne s’opposait à ce que Clint Eastwood ne rendosse le costume du célèbre flicard pour un ultime baroud d’honneur intitulé La Dernière Cible.

Toujours produit par la Warner, qui ne va pas se priver d’une rentrée d’argent facile, et Malpaso, histoire de financer d’autres projets plus intimistes, La Dernière Cible trouve ses origines dans une histoire signée Durk Pearson et Sandy Shaw, célèbres auteurs d’articles scientifiques. Le script est vendu à la Warner et finit entre les mains de Clint Eastwood. La star les connaît pour les avoir contacté en 1982 afin qu’ils valident le côté technique de Firefox, l’Arme Absolue. Le scénariste Steve Sharon signe, lui, le scénario.

Occupé par la réalisation de Bird, sublime biopic du saxophoniste de génie Charlie Parker magistralement interprété par Forest Whitaker, Eastwood confie la réalisation de La Dernière cible à Wayne « Buddy » Van Horn. Les deux hommes s’apprécient depuis de nombreuses années puisque ce dernier a été la doublure de Clint Eastwood et le coordinateur de ses cascades de 1972 à 2011 (!). En dehors de La Dernière Cible, Buddy Van Horn dirigera la star sur Ça Va Cogner (Any Which Way You Can) et Pink Cadillac.

Doté d’une réalisation classique mais efficace, La Dernière Cible remplit parfaitement son cahier des charges et reste dans l’esprit du troisième opus. L’inspecteur Harry sous la caméra de Buddy Van Horn, et probablement par désir d’Eastwood, devient une sorte de caricature de lui-même. En effet, même si ce dernier prétendait « retrouver ce personnage comme l’on retrouve un vieux pote« , il n’en demeure pas moins qu’il a commencé depuis quelques années à déstructurer Harry Callahan. Commencé en 1977 avec L’Épreuve de Force, Eastwood va n’avoir de cesse de casser l’image de flic indestructible de son personnage emblématique. Le Retour de L’Inspecteur Harry et La Corde Raide enfonceront le clou et des films comme La Relève, Créance de Sang, Gran Torino la star continuera de s’amuser avec cette image.

On retiendra parmi les scènes d’action fort peu crédibles qui peuplent le film, la poursuite automobile, hommage à Bullitt, entre le véhicule conduit par Eastwood et un jouet radiocommandé et le fait qu’une fois encore Harry a un problème de taille avec les armes qu’il utilise pour abattre le meurtrier qu’il pourchasse. Un Magnum 44 dans le premier opus, son intelligence dans le second, un bazooka dans le troisième, un 44 magnum automatique dans le quatrième et enfin un lance harpon dans le cinquième. Heureusement qu’il n’y eut pas de sixième film…

Film mineur dans la filmographie de Clint Eastwood, produit marketing décomplexé quelque peu foutraque, La Dernière Cible est tout cela à la fois. Mais le réduire à ces quelques expressions serait à mon sens une erreur.

Clint Eastwood a toujours eu pour habitude de régler ses comptes sur grand écran faisant de ses films des œuvres intéressantes quel qu’en soit la qualité. « Un mauvais film de Clint Eastwood reste un bon film » comme l’écrivait fort justement un critique cinéma dont j’avoue ne plus me souvenir du nom. Et La Dernière Cible n’échappe pas à la règle.

Le film, en dehors de l’intrigue policière convenue, reste une charge féroce contre les médias. Pour bien comprendre ces nombreuses scènes de critiques du monde médiatique, il faut se replacer dans le contexte de l’époque et plus précisément dans la vie privée de Clint Eastwood. En 1976, ce dernier engage Sondra Locke pour tourner Josey Wales, Hors la Loi. Ils deviennent immédiatement amants bien que chacun d’eux soient déjà en couple. Sondra Locke va tourner dans cinq films en compagnie d’Eastwood (L’Épreuve de Force, Doux, Dur et Dingue, Bronco Billy, Ça va Cogner et Le Retour de l’Inspecteur Harry) et réaliser Ratboy sous la houlette de Malpaso. En 1988, leur relation va littéralement exploser en vol et les médias vont en faire leurs choux gras mettant une énorme pression supplémentaire sur le couple. La Dernière Cible est de ce fait à prendre pour ce qu’il est, un règlement de comptes en bonne et due forme de ce que vit Eastwood au quotidien de la part des médias.

Mais Clint Eastwood ne s’arrête pas en si bon chemin. Longtemps critiqué pour la violence de ses films et ses personnages sensément réac, il va se permettre deux clins d’œil de plus ou moins bon goût. Il va tout d’abord choisir de clore le film sur un plateau de tournage et tuer son adversaire avec un accessoire de cinéma. Parce que, en vérité, tout cela n’est que du cinéma. Puis, ironiquement, il va tuer la critique par l’intermédiaire du meurtrier en lui faisant assassiner une journaliste spécialisée dans le cinéma qui s’évertue à « descendre » les films de Swan (Liam Neeson). Il est impossible de ne pas penser à Pauline Kael, journaliste s’étant évertuée tout au long de sa carrière à détruire les films d’Eastwood dans des chroniques incendiaires. Pauline Kael qui détestait Stanley Kubrick et son Orange Mécanique, Meryl Streep et plus généralement des films comme Lawrence d’Arabie ou Docteur Jivago.

Si l’on retrouve un Clint Eatswood toujours enclin à flinguer du vilain et à distribuer des punchlines comme des petits pains, le casting réserve quelques belles surprises. Dans le rôle du metteur en scène un temps soupçonné des meurtres, Liam Neeson, alors en pleine percée, tient la dragée haute à Eastwood tant par son physique que par son jeu. Patricia Clarkson, que l’on a découvert en épouse d’Eliot Ness dans Les Incorruptibles de Brian de Palma, parvient à sortir son épingle du jeu dans ce monde quasiment masculin. Deux petites scènes et puis s’en va pour un Jim Carrey (Man From the Moon), alors crédité James Carrey, qui réussit malgré tout à nous laisser entrevoir un joli panel de grimaces. Pour les inconditionnels, le groupe Guns and Roses est présent au grand complet lors de l’enterrement de Carrey ainsi que les deux auteurs de l’histoire originale.

Si La Dernière Cible peut être considéré comme l’un des opus les plus faibles, voire le plus faible, de la saga Harry Callahan, il n’en reste pas moins un divertissement de qualité efficacement réalisé à défaut d’être original.

Bande-annonce

Fiche technique :

  • Réalisation : Buddy Van Horn
  • Scénario : Steve Sharon
  • Photographie : Jack N. Green
  • Montage : Joel Cox
  • Musique : Lalo Schifrin
  • Pays : Etats-Unis
  • Genre : Policier
  • Durée : 89 minutes

Merci à Art de Cinéma pour les photos

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