La Deuxième Femme (The Second Woman aka Ellen)

La Deuxième Femme (The Second Woman aka Ellen)

Synopsis :

Ellen Foster tombe sous le charme de Jeff Cohalan, architecte de renom qui semble frappé d’une malédiction depuis la mort de sa fiancée.

Critique :

Produit et scénarisé par Mort Briskin (Sables Mouvants) et Robert Smith (Le Masque Arraché), La Deuxième Femme voit sa réalisation confiée à James V. Kern. Né à New-York, ce dernier commence sa carrière comme chanteur au sein du quatuor Yacht Club Boys, groupe qui apparaît dans quelques films dont Artistes et Modèles avec Dean Martin et Jerry Lewis. Il devient scénariste puis réalisateur au début des années ’40, tout d’abord au cinéma avec quelques séries B (Ne Dîtes jamais Adieu) puis pour la télévision où il réalise des centaines d’épisodes de séries (Maverick, Mon Martien Favori,…). La photographie est confiée à Hal Mohr, habitué au genre avec Moments Perdus, Le Droit de Tuer ou Dans l’Ombre de San Francisco, et le montage à Walter A. Thompson (Trahison à Budapest).

James V. Kern n’est pas Alfred Hitchcok. C’est entendu. La Deuxième Femme n’est pas Rebecca. Je le reconnais sans peine. Mais il serait regrettable de considérer ce film comme une pâle copie de son illustre prédécesseur.

La grande force de La Deuxième Femme est de proposer aux spectateurs un habile mélange des genres. Convoquant tour à tour les codes du film noir, du film à énigme, du drame psychologique et de la romance, Kern parvient avec succès à créer une atmosphère singulière à nul autre pareil. Certains lui ont justement reproché ce mélange des genres, d’autres au contraire de ne pas les avoir suffisamment approfondi. Mais le résultat n’aurait-il pas été trop banal ou trop indigeste dans un cas comme dans l’autre ? Le réalisateur fait le (bon) choix ici de ne jamais vouloir se mesurer aux classiques, de rester à sa place en quelque sorte. Malgré les thèmes abordés, le mensonge, l’infidélité, le remords, la folie, Kern parvient à imprimer à sa réalisation une certaine légèreté qui rend son film plaisant à regarder. Il y a bien des passages difficiles mais ils sont immédiatement contrebalancés par une note d’espoir ou une déclaration d’amour enflammée.

Précédemment, j’ai employé à desseins des termes comme « légèreté », « plaisant ». Parce que la première chose à laquelle j’ai pensé après avoir vu La Seconde Femme, c’est à une pâtisserie. Et plus précisément, à un millefeuille et ses différents étages. L’image peut sembler curieuse. Et pourtant, Kern compose littéralement son film de plusieurs couches. La narration se fait par l’intermédiaire d’une voix off, l’intrigue prend la forme d’un long flashback au sein d’un premier flashback (film noir). Puis vient une seconde couche (romance) que Kern habille de chassés-croisés amoureux avant de proposer sa troisième et ultime couche (film à énigme) faite d’incidents, de mystères, de soupçons et de révélations surprenantes. Mais ce « millefeuille » ne saurait être complet sans la fine couche de glaçage qui clôt La Seconde Femme, un baiser passionné, sucré. Kern aurait pu se perdre et perdre par là-même son public. Mais il reste cohérent, linéaire. Quelque peu simpliste. On se laisse cependant prendre avec plaisir à cette réalisation classique sans réelle fausse note.

A une réalisation soignée vient s’ajouter une photographie volontiers sombre, signée Hal Mohr, qui emmène La Deuxième Femme aux frontières du fantastique. La folie supposée de Jeff Cohalan, les morts suspectes, ce tableau dont les couleurs s’affadissent, ces plantes qui fanent sans raison apparente contribuent à créer cette ambiance si particulière. Tout comme l’interprétation. En particulier celle de Robert Young (Feux Croisés). Son jeu, tout en retenue, contribue à faire douter le spectateur de la probité de cet individu qui, bien qu’accablé par les malheurs, ne cherche à aucun moment à comprendre ce qui lui arrive. C’est dans le personnage d’Ellen, incarnée par Betsy Drake (Tueurs à Gage), habituée des comédies romantiques, que les spectateurs se retrouvent le plus. Volontaire, en détective amatrice, elle est par qui la vérité se fera jour au terme d’une enquête là aussi survolée. John Sutton (Capitaine de Castille) est parfait en salopard imbu de sa personne. Il est de fait le suspect idéal de cette ténébreuse histoire. Mais les apparences sont souvent trompeuses…

Voici l’archétype même d’une bonne série B. Sans temps mort, léger, ne cherchant jamais à tromper son public. Le résultat est là, La Deuxième Femme est un film extrêmement divertissant et c’est exactement ce qu’on lui demande d’être.

Edition dvd :

Artus Films nous permet de découvrir La Deuxième Femme dans des conditions fort honorables. Si le début du film est entaché par de nombreux accidents de pellicules et un master fort sombre, la qualité de la copie s’améliore nettement au fil des minutes. La bande-son, uniquement proposée en version originale sous-titrée français, ne présente aucun souffle notable et est parfaitement intelligible. Encore une fois, je tiens à préciser que ces quelques petits défauts ne doivent en rien vous rebuter à découvrir ce film tant il sait se montrer convaincant et attachant.

La Seconde Femme est disponible en dvd directement auprès d’Artus Films ici.

Fiche technique :

  • Réalisation : James V. Kern
  • Scénario : Mort Briskin, Robert Smith
  • Montage : Walter A. Thompson
  • Photographie : Hal Mohr
  • Musique : Joseph Nussbaum
  • Pays : Etats-Unis
  • Genre : Film Noir
  • Durée : 91 minutes

3 thoughts on “La Deuxième Femme (The Second Woman aka Ellen)

    1. Il a effectivement beaucoup de charme. Même s’il ne s’élève pas au niveau des classiques du genre, il a suffisamment d’atouts pour maintenir l’attention du spectateur. Le dvd doit se trouver à faible prix à mon avis !

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