La Femme Déshonorée (Dishonored Lady)

La Femme Déshonorée (Dishonored Lady)

Synopsis :

Fatiguée de la vie qu’elle mène, la publiciste Madeleine Damiens, sur le conseil de son psychiatre, décide de disparaître pour mieux changer de vie. C’est sans compter sur ses anciennes connaissances qui la poursuivent de leurs assiduités.

Critique :

Si les romans policiers, les hard-boiled, voire les romans « durs » chers à Simenon, ont toujours été une source d’inspiration pour les scénaristes œuvrant dans l’univers du film noir et du polar, certaines pièces de théâtre à succès ont également eu les honneurs d’un passage des planches aux grands écrans de cinéma. On pense notamment au Témoin à Charge de Billy Wilder, qui signe le scénario en plus de la réalisation, d’après Agatha Christie ou aux Douze Hommes en Colère de Sidney Lumet adapté par Reginald Rose d’après sa propre pièce. Vous voyez où je veux en venir ? La Femme Déshonorée trouve en effet ses origines dans une pièce homonyme de 1930 signée Margaret Ayer Barnes et Edward Sheldon. Si Edmund H. North (Le Violent) est seul crédité au générique pour avoir couché sur le papier cette adaptation, les scénaristes André de Toth (Pitfall) et Ben Hecht (Le Carrefour de la Mort) ont dû lui prêter main forte pour s’employer à contenter les censeurs du Code Hays qui voyaient d’un très mauvais œil cette histoire aux sous-entendus sexuels bien trop appuyés et aux secrets de familles inavouables.

Robert Stevenson, citoyen britannique, débute sa carrière dans les années 30 comme scénariste avant de basculer derrière la caméra et de réaliser la première version parlée de Les Mines du Roi Salomon en 1937. Les années 40 seront marquées par son arrivée sur le territoire américain. Le drame romantique (Jane Eyre avec Joan Fontaine et Orson Welles), le film noir (La Grève des Dockers avec Laraine Day et Robert Ryan), le drame (Mon Passé Défendu avec Robert Mitchum et Ava Gardner) seront son quotidien. C’est donc tout naturellement que la United Artists fait appel à ses services pour réaliser La Femme Déshonorée. Mais Robert Stevenson est surtout connu pour avoir porté à l’écran les aventures de Mary Poppins en 1964 pour le compte des Studios Disney au sein desquels il travaille depuis 1957 (Zorro, L’Espion aux Pattes de Velours, Un Amour de Coccinelle…). A la photographie, nous retrouvons le français Lucien Andriot qui a travaillé dans l’hexagone avec entre autres René Clair (Dix Petits Indiens) et Jean Renoir (L’Homme du Sud) avant de basculer dans le noir avec Le Démon de la Chair d’Edgar George Ulmer avec déjà Hedy Lamarr. James E. Nexcom (Autant en Emporte le Vent, Rebecca) signe le montage du film en compagnie de John M. Foley (L’Adieu aux Armes).

Madeleine a tout pour être heureuse. Une situation professionnelle lui conférant un pouvoir non négligeable. Pouvoir faisant d’elle l’égale de la gente masculine voire l’élève au-dessus de la mêlée. On lui fait d’ailleurs élégamment remarquer qu’elle occupe la place normalement réservée à un homme au sein de cette grande société où elle exerce ses talents de publiciste. Sans parler d’une beauté la distinguant du reste de la plèbe et des patriciens. Mais cette supériorité en tout à son revers. Elle fait d’elle une proie, de celle que tout homme se doit de posséder. Comme un trophée. Sa façon de se comporter avec ses collaborateurs, la facilité avec laquelle elle collectionne les aventures sans lendemain, font qu’elle ne supporte plus cette existence qui la rebute. Pour Madeleine, la seule solution est de quitter définitivement ce monde. En précipitant sa voiture contre un arbre et espérer ne pas en réchapper. Mais le Destin fait bien les choses. L’arbre en question est idéalement placé dans le jardin d’un psychiatre. Médecin qui ne lui diagnostiquera qu’une paire de bleus sans conséquence et devinera très rapidement les raisons de sa tentative de suicide. Madeleine n’est effectivement pas à sa place dans la Société. Mais la mort n’est ici pas l’unique solution. Il lui faut seulement revenir à une vie plus simple, plus en phase avec sa réelle condition. Après une énième pensée morbide, elle finit par se plier au diagnostic du spécialiste et « disparaît » de la « haute » pour s’installer dans un meublé sans prétention et s’adonner à la peinture, passion qu’elle partageait avec son père aujourd’hui mort.

Le changement de décor est brutal. Fini les grands appartements richement décorés, les grands restaurants, les bureaux modernes et aseptisés. Place aux chambres minimalistes, aux selfs bons marchés. Mais Madeleine s’y épanouit sans difficulté. Elle y trouve même l’Amour. Celui qui n’apporte rien sinon le bonheur. Bien sûr, elle ne révèle rien de son passé à son nouvel amant. De peur de le perdre. Et même lorsqu’elle est de nouveau confrontée à son principal prétendant, elle continue de s’enfermer dans son mutisme. Il lui faudra pourtant se livrer en son âme et conscience sans rien omettre de ce qui la définissait autrefois lorsque ce dernier est assassiné et qu’elle se retrouve accusée du meurtre. Alors toute sa malignité, sa bassesse saute au visage de l’homme qui l’aimait, laissant à ce dernier comme seul choix de se détourner d’elle. L’intrigue change de direction, une nouvelle fois, pour muter en film de procès. Procès où chacun des témoins appelés à la barre n’aura de cesse de décrire Madeleine comme la plus vile des créatures. Car ce n’est pas le procès de Madeleine auquel nous assistons mais celui des femmes et en particulier de celles qui vivent une vie que la société de l’époque leur refuse habituellement.

La Femme Déshonorée laisse un goût amer dans la bouche du spectateur d’aujourd’hui malgré une réalisation sans faute. Le film en est même gênant et se révèle être un pamphlet antiféministe finalement assez agressif. Le message dispensé par ce film est foncièrement simpliste. Les femmes n’ont pas à occuper des postes à responsabilité, elles ne doivent pas collectionner les aventures sentimentales, avoir l’initiative sur la sexualité leur est interdit. Tout cela est du ressort de l’homme qui, comme chacun le sait, est à même de bien mieux gérer une carrière et ont le droit de se détendre dans les bras des femmes qui finalement ne sont là que pour ça. Même le final, maladroit en diable, où l’amoureux pardonne les errements passés de Madeleine, ne sauve pas le film du naufrage. Le public de l’époque, bercé par la morale des censeurs, auraient dû y trouver son compte. Il n’en fut rien. La Femme Déshonorée connut un cuisant échec commercial. Déjà en 1947, au lendemain d’un conflit mondial où les femmes assurèrent l’effort de guerre, ce genre de discours commençait à hérisser le poil de certain(e)s. Et en se pliant aux exigences du Code Hays, réalisateur et scénaristes ont pour le coup vendu leur âme.

Dans le rôle titre, nous retrouvons la belle Hedy Lamarr (Carrefours), parfaite dans le rôle de cette femme malmenée par des évènements qu’elle a elle-même déclenchés. Face à elle, Dennis O’Keefe (Marché de Brutes) incarne avec un certain sens comique un scientifique tout à son projet d’étude que les circonstances vont finir par endurcir. William Lundigan (L’Assassin sans Visage) est détestable à souhait tout comme John Loder (Inspecteur de Service) en millionnaire à qui l’on ne doit pas se refuser. Un casting sans faute au service d’un sujet mal amené.

Même si La Femme Déshonorée ne souffre d’aucun réel défaut technique, le message passé peut s’avérer sacrément handicapant si l’on ne le remet pas dans le contexte sociétal de l’époque. En l’état, le film porte bien son titre car c’est bien ici la Femme qui est déshonorée et l’exemple parfait des dégâts que peut faire la censure sur la création artistique.

Edition dvd :

On ne va pas tergiverser trop longtemps. La copie de La Femme Déshonorée est le parent pauvre de cette vague de quatre films noirs récemment édités par Artus Films. Le master s’avère peu défini, tremblotant, sous-exposé ou surexposé. C’est au choix. Sans parler du nombre incalculable de dégâts de pellicule. La bande-son, proposée uniquement en version originale sous-titrée français, ne brille pas non plus par sa qualité même si elle reste parfaitement audible.

Aucun bonus.

Fiche technique :

  • Réalisation : Robert Stevenson
  • Scénario : Edmund H. North
  • Musique : Carmen Dragon
  • Photographie : Lucien Andriot
  • Montage : John M. Foley et James E. Newcom
  • Pays :  États-Unis
  • Genre : Film noir
  • Durée : 85 minutes
close

Bienvenue Noiristas !

Inscrivez-vous vite pour recevoir les prochains articles à paraître chaque semaine

Nous ne spammons pas ! Consultez notre politique de confidentialité pour plus d’informations.

One thought on “La Femme Déshonorée (Dishonored Lady)

  1. Pas très progressiste et encore moins féministe de la part de l’homme de Mary Poppins si je comprends bien.
    Triste de voir la belle Hedy Lamarr victime de ce discours.

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

%d blogueurs aiment cette page :