La Femme en Vert (The Woman in Green)

La Femme en Vert (The Woman in Green)

Synopsis :

Plusieurs femmes sont retrouvées assassinées en différents endroits de la capitale anglaise. Point commun de ces crimes : le meurtrier les ampute post-mortem de l’un de leurs majeurs. A la demande de Scotland Yard, Sherlock Holmes mène l’enquête.

Critique :

Si le personnage de Sherlock Holmes a eu les honneurs du grand écran dès 1900, d’abord muet avant de passer au parlant en 1929, il acquiert définitivement ses lettres de noblesses à compter de 1939 avec pas moins de quatorze films produits pour les deux premiers par la 20th Century puis par Universal Pictures pour les suivants. Alors que les producteurs se sont succédés au fil des ans, le casting, lui, est resté immuable avec Basil Rathbone dans le rôle-titre et trouvant même dès 1943 un réalisateur attitré en la personne de Roy William Neill.

Roy William Neill prend les commandes de la franchise à compter de 1943 avec Sherlock Holmes et l’Arme Secrète après que Sidney Lanfield (Le Chien des Baskerville), Alfred L. Werker (Sherlock Holmes ou Les Aventures de Sherlock Holmes) et John Rawlins (La Voix de la Terreur) aient réalisé les trois premiers opus. La Dame en Vert est le huitième film tourné par Neill et le onzième de la série. Auteur de plus de 100 films, il terminera sa carrière sur un film noir, L’Ange Noir, genre qu’il aura effleuré à de nombreuses reprises.

Le scénario de La Dame en Vert, écrit par Berttram Millhauser, s’appuie sur deux nouvelles signées Sir Arthur Conan Doyle. D’une part, Le Dernier Problème où Holmes et Moriarty périssent dans les chutes du Reichenbach et d’autre part, La Maison Vide qui signe le retour à la vie de Sherlock Holmes. Neil s’appuie sur la photographie de Virgil Miller, qui s’est illustré dans les années ’20 avec notamment Notre-Dame de Paris ou Le Fantôme de l’Opéra, et sur un montage au cordeau d’Edward Curtiss dont le travail avait déjà été remarqué sur le Scarface d’Howard Hawks.

Loin de tout académisme, Roy William Neill fait preuve d’une réelle inventivité (mouvements de caméra, cadrages…) pour rendre son film le moins scolaire possible et faire de ce dernier autre chose qu’un produit formaté comme on aurait pu le redouter. Le traitement qu’il réserve à ses personnages est également d’une grande qualité. Il fait de son Sherlock Holmes autre chose qu’une bête de foire qui ne fait que prouver au reste du monde sa supériorité. Partant du principe, que le public sait tout cela, Neill préfère dépeindre le détective comme un redresseur de tort et un ardant défenseur du droit.

L’allusion aux films noirs n’est en rien innocent tant La Femme en Vert recèle de références au genre. Ombres disproportionnées qui se projettent sur les murs, cadrages déstructurés, voix-off didactique, femme fatale aux ordres, innocents soupçonnés de meurtres qui en viennent à commettre l’irréparable, les noiristas ne seront absolument pas dépaysés. Débarrassé de l’estampille « Sherlock Holmes », La Femme en Vert appartiendrait sans nul doute au Film Noir.

J’ai déjà fait allusion à l’importance de trouver un acteur capable de revêtir les attributs d’un tel personnage. Au fil des ans, le public s’est approprié Sherlock Holmes et attend ne pas être déçu lorsqu’il se retrouve face à l’une de ses incarnations. Je trouvais, et trouve toujours, John Neville (Sherlock Holmes contre Jack l’Éventreur) trop lisse, trop beau même, pour être un très bon Holmes. Au contraire de Basil Rathbone (La Dernière Fanfare), qui même s’il est loin des canons de beauté masculine de l’époque, parvient à imposer son impressionnante stature et sa diction parfaite. Ses lignes de dialogues, qu’elles soient amicales ou agressives, sont autant de fin de non-recevoir. Et pour autant, à aucun moment, on retrouve chez lui cette forme de supériorité si chère à d’autres. Il faut également reconnaître l’intelligence de Neill de faire de Watson, incarné par Nigel Bruce (Soupçons) autre chose qu’un simple faire-valoir. Watson est ici un homme à la personnalité attachante. Bougon, sceptique, il est celui sur qui Holmes peut s’appuyer. Mais jamais il n’est rabaissé par ce dernier. Les deux hommes se respectent, leur amitié transpire de leurs échanges. Et les films les réunissant y gagnent grandement. Complètent le casting Henry Daniell (Dressed to Kill), en Moriarty tout à fait crédible, et Hillary Brooke (Espions sur la Tamise) en femme fatale hypnotique.

Flirtant à de nombreuses reprises avec le Film Noir, La Dame en Vert est une excellente adaptation de deux enquêtes de Sherlock Holmes. A aucun moment, on sent l’équipe blasée de retrouver le personnage de Sherlock Holmes et continue même à innover afin de proposer au public des films de qualité. Et Basil Rathbone est Sherlock Holmes !

Edition dvd :

On va faire court. La vision de la copie proposée par Bach Films pour La Femme en Vert est assez éprouvante pour les yeux. Image sans aucun contraste, étalonnage aux abonnés absents, tremblements, luminosité extrêmement mal gérée. C’est un vrai festival ! La bande-son, uniquement proposée en version originale sous-titrée français, s’avère sans relief. L’occasion également pour le spectateur de constater que le responsable des sous-titres semble être fâché avec la langue française.

Fiche technique :

  • Réalisation : Roy William Neill
  • Scénario : Bertram Millhauser
  • Photographie : Virgil Miller
  • Montage : Edward Curtiss
  • Pays  États-Unis
  • Genre : Mystère
  • Durée : 68 minutes

4 thoughts on “La Femme en Vert (The Woman in Green)

  1. J’ai beaucoup lu de choses positives sur ces versions avec Rathbone signées Neill, qui viennent se confirmer par ton article. Toutefois, je n’ai jamais goûté par moi même la saveur de ce Noir qui, au vu de la description que tu en fais et des photogrammes qui l’illustre, parait de bien belle facture.
    Les éditions Bach ont le mérite de rendre accessible bien des films de série B souvent négligés mais la qualité visuelle est rarement au rendez-vous. Mais pour les mordus, ça fera l’affaire. 😉

  2. Clairement, cette série de films avec Basil Rathbone est à ma sens ce que l’on peut trouver de mieux en terme d’adaptation des enquêtes de Holmes. En ce qui concerne Bach Films, ils ont effectivement l’avantage de proposer des films peu vus ou oubliés. Alors, oui, faisons fi des conditions techniques de visionnage.

    1. J’irai à mon tour dans le même sens. Basil Rathbone est LE Sherlock Holmes…et je regrette la qualité trop souvent déplorable de l’image chez Bach dont le catalogue contient de nombreuses perles.

      1. C’est effectivement dommage que Bach ne fasse pas plus d’effort sur l’aspect technique de leurs disques parce qu’ils ont des titres vraiment très intéressants !

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