La Grande Casse (Gone in 60 Seconds)

La Grande Casse (Gone in 60 Seconds)

Synopsis :

Maindrian Pace et son équipe de spécialistes doivent dérober 48 voitures en cinq jours pour le compte d’un obscur cartel mexicain. Mais des dissensions au sein du groupe risque de compromettre le contrat.

Critique :

Le film d’un seul homme. Voilà à quoi l’on pourrait résumer La Grande Casse tant H.B Halicki y a mis tout son cœur.

Né au sein d’une famille américano-polonaise, il est l’aîné d’une fratrie de treize enfants dont chacun à son surnom, Toby pour Halicki, ce qui aura une résonance particulière dans La Grande Casse. Il se passionne très jeune pour tout ce qui à trait à l’automobile. Il faut dire qu’il baigne dedans. Sa famille gère une entreprise de remorquage et son père est concessionnaire de voitures d’occasion. A la mort de deux de ses frères, il quitte la côte Est pour s’installer chez un de ses oncles en Californie. A son tour, il ouvre sa propre fourrière et une entreprise de remorquage.

Sa première apparition au cinéma, nous la devons à Halicki lui-même. Producteur du film d’horreur Love me Deadly en 1972, il y tient le rôle, comme par hasard, d’un pilote de course. Il se lance alors dans un projet fou. Celui de réaliser un film qui se terminerait par la plus grande course poursuite automobile jamais filmée pour le cinéma. Et le résultat à l’écran est tout bonnement impressionnant malgré un scénario famélique qui tiendrait facilement sur la tranche d’un ticket de métro.

Et pourtant le script possède des éléments qui font que ce film, en plus d’être l’un de mes plaisirs coupables, soit chroniqué sur ce site dédié aux films noirs classiques et aux néo-noirs. Je m’explique. Il s’agit là d’une histoire de braquage, la banque étant habilement remplacée par des voitures. Et comme tout braqueurs qui se respectent, les hommes de Halicki portent postiches et fausses moustaches (ce qui est totalement inutile puisqu’ils agissent en l’absence du moindre témoin). Ici, seule la référence semble compter. Référence aussi aux enquêteurs en assurance qui hantent nombre de romans et films noirs (Assurance sur la Mort, pour n’en citer qu’un). Sans oublier la sempiternelle trahison de l’un des membres de l’équipe. Le terrain est balisé, nous sommes dans le film de gangsters, Halicki se fendant même d’une scène de mariage renvoyant, à un moindre niveau, à celle du Parrain. Mais tout cela n’est qu’effleuré. Car le but poursuivi par Halicki est tout autre.

Son but, avoué, est de rendre hommage à sa passion première, l’automobile. Pour ce faire, il va scinder son film en deux parties quasiment équivalente en terme de durée.

La première moitié du film est consacrée aux vols des différentes voitures « commandées » par le cartel mexicain. L’occasion pour Halicki de filmer les plus belles voitures venant directement de sa collection privée. Ainsi, rien moins que quatre Cadillac Fleetwood, deux Cadillac Fleetwood Seventy-Five, une Lincoln Continental, une Freightliner WFT 6364, deux Cadillac Coupe DeVille, une Mercedes-Benz 450SE, une Hudson Motor Car Company, une Lincoln Continental Mark IV, une Citroën B14 Conduite, quatre Rolls-Royce Silver Shadow, une Rolls-Royce Silver Ghost, une Plymouth Barracuda, une Jaguar E-Type, une Rolls-Royce Phantom V, une Ferrari Daytona 365 GTB/4, une Chrysler Coupe Elegance, une Cadillac Fleetwood Station Wagon, une Cadillac Eldorado, une Jensen Interceptor, une Citroën SM, une Ferrari 340 America, une Rolls-Royce Silver Cloud II, une Rolls-Royce Silver Cloud III, une Cadillac Eldorado, une Maserati Ghibli Coupe, une Chevrolet Vega, deux Chevrolet Corvette Stingray, une Lamborghini Miura, une De Tomaso Mangusta, une De Tomaso Pantera, une Intermeccanica Italia GFX, une Ferrari V12, une Lotus Europa S1, une Manta Mirage, une Ford « Big Oly » Bronco, deux Stutz Blackhawk, une Mercedes-Benz 300SL et enfin une Ford Mustang, vedette du film, défileront à l’écran. Et chacun de ces véhicules se verra affublé d’un surnom renvoyant aux frères d’Halicki !

Mais cette partie est aussi l’occasion pour le spectateur de constater à quel point tout cela est fait de bric et de broc. La scène d’ouverture avec cette locomotive à moitié couchée sur le ballast est un réel accident ferroviaire. L’équipe, ayant eu vent des faits, s’est transportée sur les lieux et a tourné au milieu des ouvriers chargés de déblayer la motrice. Et que dire des différents faits de tournage survenus au cours de la course poursuite finale.

La deuxième moitié du film est consacrée quant à elle, vous vous en doutez, à l’immense course poursuite qui vient le clore. D’une durée avoisinant les 45 minutes, elle est le Saint Graal pour tout aficionados de cascades automobiles. Filmée dans la plus pure tradition des seventies, à hauteur de bitume et en route ouverte, cette longue séquence est entrée dans la légende du cinéma, au même titre que celles de la trilogie Philip d’Antoni (Bullitt, French Connection, Police Puissance 7), de par sa durée, ses risques pris et le nombre élevé de voitures détruites (on parle de plus de 90). Le titre La Grande Casse est loin d’être usurpé. L’équipe et le casting n’en est pas sorti indemne, les impondérables étant nombreux dans ce genre d’exercice. Un cascadeur a failli mourir écrasé dans sa voiture, un autre a échappé de justesse à un véhicule devenu incontrôlable et Halicki lui-même a été gravement blessé au cours d’une scène. Tout cela confère à l’ensemble un goût d’authenticité indéniable et élève le film bien au-dessus des productions actuelles que sont la série des Fast and Furious ou autre Torque !

Dès le générique, le spectateur se doute qu’avec La Grande Casse, il ne faudra pas s’attendre à des prestations hors du commun de la part des acteurs. Vous voulez une preuve ? Le premier nom qui apparaît au générique est Eleanor qui n’est autre que la Ford Mustang que conduit Halicki lors de la course poursuite. Pour le reste, Halicki filme une bande de potes qui volent et maquillent des véhicules, c’est tout. Et c’est pas plus mal tant on sent l’amateurisme de l’ensemble.

Halicki a réussi son pari. Le film en plus d’être impressionnant possède un haut capital sympathie auprès du public qui l’a élevé au rang de culte. D’ailleurs Tarantino lui rendra hommage dans son Kill Bill. Mais Halicki ne souhaite pas s’arrêter là. Il veut une suite à La Grande Casse. En 1989, il entame la réalisation de La Grande Casse 2 mais au cours d’une cascade, il est mortellement blessé par la chute d’un pylône. Une légende est née.

Fiche technique :

  • Réalisation : H. B. Halicki
  • Scénario : H. B. Halicki
  • Musique : Ronald Halicki et Philip Kachaturian
  • Photographie : Scott Lloyd-Davies et Jack Vacek
  • Montage : Warner E. Leighton
  • Coordination des cascades : H. B. Halicki
  • Pays  États-Unis
  • Genre : Action / braquage
  • Durée : 105 minutes

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