La Grosse Caisse d’Alex Joffé avec Bourvil

La Grosse Caisse d’Alex Joffé avec Bourvil

Synopsis :

Poinçonneur Quai de la Rapée, Louis Bourdin est aussi écrivain à ses heures. Son premier et seul ouvrage narrant le braquage du wagon blindé de la RATP est rejeté par les éditeurs qui le trouvent peu crédible. Notre romancier amateur décide alors de confier « par mégarde » son livre à de vrais gangsters afin que ceux-ci passent à l’action et ainsi lancer sa carrière littéraire.

Critique :

Le train a toujours été un formidable vecteur de mouvement et de suspense pour le cinéma. Et ce, dès le début. Le premier « titre » qui vient à l’esprit du cinéphile est bien évidemment L’Arrivée d’un Train en Gare de la Ciotat en 1896 de Louis Lumière. Suivront nombre de westerns où le chemin de fer sera une figure incontournable du décor avant d’en devenir l’élément principal. Comment oublier Johnnie Gray et sa General en 1926, Iris Henderson et Gilbert Redman à la recherche de miss Froy au milieu d’une Bandrika enneigée en 1938, Paul Labiche et papa Boule tentant d’immobiliser un train rempli d’œuvres d’art spoliées par les nazis, Hercule Poirot à bord de l’Orient Express tentant de résoudre le meurtre d’Edward Ratchett en 1974 (pour n’en citer qu’un) ou Manny et Buck à bord d’un train fou en plein Alaska ? Ce ne sont là que quelques exemples parmi tant d’autres. Les scénaristes comprennent également très vite que la fonction première du train, celle de nous mener d’un point A à un point B, peut être étoffée. Le caper movie (ou film de braquage) finit ainsi par se retrouver sur la liste des passagers.

Dans ce sous-genre du film criminel, le spectateur est le témoin privilégié de la préparation (recrutement de l’équipe, préparation, reconnaissance…), de l’exécution (prise d’otages, perçage de coffre…) et des conséquences (fuite, fusillade, arrestation, règlement de comptes…) du dit braquage. Le lieu est généralement une banque (L’Ultime Razzia, L’Or se Barre) ou un casino (Ocean’s Eleven). Mais remplacez ce lieu somme toute statique par un train, synonyme de mouvement, et vous obtiendrez une intrigue toute en urgence. La Grande Attaque du Train d’Or, adapté sur grand écran par Michael Crichton d’après son propre roman Un Train d’Or pour la Crimée, en est le parfait exemple. 10 ans plus tôt, c’est Jean-Paul Belmondo et Bourvil, sous la direction de Gérard Oury, qui tentaient de doubler David Niven lors du vol du train postal Glasgow – Londres (Le Cerveau). Il ne faudrait cependant pas laisser sur une voie de garage la version urbaine du train, le métro. Ce dernier rempli le même rôle que son grand frère, sur une plus courte distance, et offre les mêmes possibilités scénaristiques. Comment oublier Bébel sur le toit du métro parisien dans Peur sur la Ville ? Comment ne pas se souvenir de l’odyssée des Warriors à travers New York dans Les Guerriers de la Nuit ? Quid du braquage en ce lieu ? Il existe, lorsque Woody Harrelson et Wesley Snipes tentent de s’emparer du Money Train en 95. Mais c’est sur La Grosse Caisse d’Alex Joffé, caper movie franchouillard et fier de l’être, que nous allons nous pencher aujourd’hui.

Il aura fallu pas moins de cinq scénaristes, sans compter le réalisateur Alex Joffé (Du Rififi chez les Femmes), pour trouver l’équilibre entre les différentes parties composant un film de braquage tout en mettant en avant l’abattage de la star Bourvil. Ainsi, Pierre Levy-Corti (Alexandre le Bienheureux, Les Cracks), Luc Charpentier (A Couteaux Tirés avec Pierre Mondy remaké 33 ans plus tard par Lee Tamahori avec Alec Baldwin et Anthony Hopkins), Géno Gil (Les Enquêtes du Commissaire Maigret version télé avec Jean Richard) et Renée Asséo (Le Blanc, le Jaune et le Noir avec Guiliano Gemma et Eli Wallach), madame Joffé à la ville, sont crédités au générique. Mission accomplie. Les motivations du héros malgré lui sont claires même si peu crédibles, les préparatifs détaillés, l’exécution parfaitement orchestrée. Et si la partie consacrée aux conséquences du braquage fait figure de parent pauvre du scénario, c’est parce que l’intérêt du film est clairement ailleurs.

Avant de s’attaquer à une banque, ou comme ici à un wagon transportant une forte somme d’argent, il faut se préparer un minimum. Mais avant cette phase, il faut avoir l’idée de le faire.

Notre poinçonneur a des rêves de grandeur. De ces rêves qui vous font sortir d’un quotidien morne à horaire fixe. Assis à son poste, Louis Bourdin fait des trous, des petits trous tout en sifflotant Le Poinçonneur des Lilas de Gainsbourg. Il est heureux. Il vient d’achever son livre. L’œuvre d’une vie. L’histoire du vol de la recette de la RATP par des gangsters qui n’hésitent pas à s’attaquer au wagon blindé de la régie. A lui la gloire. A lui sa belle collègue, Angélique, du quai d’en face. Ne reste plus qu’à convaincre les éditeurs que son roman surpasse de la tête et des épaules ce qui s’est fait jusque là. C’est que Louis est sur de son fait. Il a écrit un chef d’œuvre que tout le monde devrait s’arracher. Direction les éditions Ganimard et sa collection la Série Sombre. La standardiste est au téléphone avec Simenon et ne prête que peu d’attention à cet autodidacte arriviste et sa casquette. Mais son manuscrit part tout de même à la lecture. Vantard, il bombe le torse, se moque de ses collègues et de leur petite vie, tire des plans sur la comète. Des plans qui vont vite finir à la Seine. Le couperet tombe. Le roman est rejeté. Trop peu crédible. Louis tire la tronche Mais insiste auprès d’autres éditeurs. Plon, Hachette… Mais toujours la même réponse. Les décideurs ne croient pas une seule seconde au succès du livre.

Vexé, harcelé par des collègues moqueurs, englué dans ses mensonges, Louis à une merveilleuse idée. Et si de vrais gangsters réussissaient à s’emparer du vrai pognon en attaquant le vrai wagon ? Ce serait une belle publicité pour son roman. Direction la prison de la Santé.

Bien. L’idée est là. Elle vaut ce qu’elle vaut. Louis fait le pied de grue devant les portes de la taule, jauge ceux qui en sortent. Il jette d’abord son dévolu sur un dur qui bouffe comme un cochon mais qui en impose avant que son choix ne se porte définitivement sur le caïd Paul Filippi. Après quelques mésaventures, le plan d’action est glissé dans la poche du truand. Louis n’a plus qu’à attendre. Et récolter le fruit de son labeur. Mais il a commis une erreur. Dans son livre, les truands bénéficient de la complicité d’un employé du métro. Louis est tout désigné pour tenir ce rôle. C’est en tout cas ce que pense Filippi, très intéressé par ce casse qui sort de l’ordinaire. Et voilà notre poinçonneur fort en gueule qui se fait tout petit petit face aux gorilles mutiques du gangster. C’est qu’il est pleutre Louis. Il veut bien la gloire. Mais sans s’impliquer. Sans se salir les mains. Alors il geint, implore, se confond en jérémiades, pleurniche. Rien n’y fait. La machine est lancée. Les préparatifs avancent. Derrière ses bonnes manière, Filippi est un être dangereux sachant mettre la pression à notre pauvre Louis qui s’inquiète pour ses collègues. Le jour fatidique approche.

Les gangsters passent à l’action et tout se passe sans aucune anicroche. La machine est parfaitement huilée. C’est que le roman de Louis fourmille de détails qui rendent la chose facile. On est à cent lieues des instructions de montage signées Ikea. Louis ne va bien évidemment rien faire pour les en empêcher. C’est qu’il a fort à faire Louis. Ne pas prendre de mauvais coup. Ne pas être reconnu par ses collègues. Alors il se cache, se terre. Et continue de pleurer sur son sort. Il est même prêt à laisser le butin aux malfrats et disparaître dans la nuit. Filippi n’est pas d’accord. Louis a fait sa part. Il doit être rétribué. C’est qu’il n’a qu’une parole, Filippi. Il a la classe. Et il n’est pas le seul à ne pas être d’accord. Les forces de l’ordre débarquent en force sur les bords de Seine. Tout ce beau monde est chargé sans résistance dans un panier à salade, direction la Santé.

Cette partie du récit est rapide, comme survolé. L’affaire était entendue, dès le début. La conclusion le sera tout autant. Le casse a réussi même si tous les acteurs du drame sont à l’ombre. Il fait les gros titres des journaux. Louis a réussi son coup. Le sien. Oh il écope bien d’une peine de prison! Mais de courte durée. Rappelez-vous que Filippi a la classe et il l’a déchargé un maximum. A sa sortie de la Santé, Louis Bourdin, désormais Louis Le Normand (Le Breton étant déjà pris et ça tombe bien puisque Bourvil est normand) est accueilli par Angélique et la recette de ses ventes. Son roman, enfin publié, est un véritable best-seller. Un autre tire son épingle du jeu. Je ne vous en dis pas plus. Allez, un indice, un seul. Il mange salement.

Au générique, nous retrouvons un Bourvil (Les Bonnes Causes) en bon français comme on les aime. Râleur, vantard, fier à bras mais aussi veule. C’est un délice. Face à lui, Paul Meurisse (Le Monocle Rit Jaune), au sourire carnassier, est un élégant gangster. Viennent compléter le casting Françoise Deldick (Le Bossu, Le Capitan), Roger Carel (Le Vieil Homme et l’Enfant), Daniel Ceccaldi (Du Rififi à Paname). Dans de petits rôles, Tsilla Chelton (Tatie Danielle pour l’éternité), Bernard Fresson (Le Train, Le Ciel sur la Tête), Jacques Legras (Allez France!) et même un certain Pierre Richard, mais pas celui auquel vous pensez…

Comédie, film de gangsters, peinture au vitriol du français moyen, clin d’œil vachard mais plein d’amour pour la littérature populaire et au monde de l’édition, La Grosse Caisse c’est un peu tout cela à la fois. Alex Joffé ratisse large pour notre plus grand bonheur. Il serait dommage de ne pas monter à bord de ce métro d’autant plus que Coin de Mire Cinéma nous propose de braquer cette Grosse Caisse dans des des conditions idéales.

Edition blu-ray :

Comme à son habitude, Coin de Mire Cinéma nous gratifie d’une édition en tout point magnifique. C’est au tour de La Grosse Caisse de bénéficier du savoir-faire de l’éditeur. Restauré, le master est exempt de tout défaut. Le noir et blanc est magnifique et parfaitement tranché. Le niveau de détail est très élevé. Chaque titre des romans présents sur l’étal du métro ou dans la bibliothèque du héros sont parfaitement lisibles. La bande-son est clair et sans souffle.

La Grosse Caisse est accompagné de 10 photos d’exploitation, une affichette, un livret de documents d’époque, des réclames, bandes annonces et journal de l’année 65.

La Grosse Caisse est disponible directement auprès de Coin de Mire Cinéma dans la collection Prestige ici et dans la collection Sélection ici.

Fiche technique :

  • Réalisation : Alex Joffé
  • Scénario : René Asséo, Géno Gil, Luc Charpentier, Pierre Lévy-Corti et Alex Joffé
  • Photographie : Louis Page
  • Musique : Jean Marion
  • Montage : Éric Pluet
  • Pays : France
  • Genre : Comédie policière
  • Durée : 105 min
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