La Horse

La Horse

Synopsis :

Auguste Maroilleur dirige d’une main de fer son exploitation agricole. Apprenant que son petit-fils cache de la drogue sur son domaine, il s’en débarrasse déclenchant une série de représailles de plus en plus violente de la part des trafiquants. Loin de faire appel à la police, il décide de prendre les armes et de régler ses comptes lui-même.

Chronique :

Je ne vous ferais pas l’affront de revenir sur la carrière de Pierre Granier-Deferre en temps que réalisateur / scénariste, hormis préciser qu’il fut à une certaine époque le défenseur d’une forme de classicisme face à la nouvelle vague et qu’il adapta avec bonheur nombre de romans de Georges Simenon (Le Chat, La Veuve Couderc, Le Train…). Je passerais également avec humilité sur la carrière de Jean Gabin, monstre sacré du cinéma français voire du 7ème art tout court, dont l’aura, jamais démentie, se transmet de génération en génération.

Arrêtons-nous plutôt quelques instants sur les origines de La Horse. Georges Godefroy, originaire du Havre, démarre sa carrière d’écrivain avec des romans d’aventures populaires dès la fin de la seconde guerre mondiale, en 1947 avec les titres Le Bungalow de l’Amour, les Gentlemen de Hong-Kong et Les Naufrageurs. Changement de style en 1958, date à laquelle il bascule dans le polar et se démarque de sa production passée en signant Michel Lambesc. C’est sous ce pseudonyme qu’il signera La Horse, sorte de farce policière opposant truand parisien originaire du sud et culs-terreux normands.

La Horse est l’occasion de parler d’un temps que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaitre comme le chantait Aznavour. Et encore…

Parce que La Horse est avant tout la peinture d’une certaine France de la fin des années 60. Celle de la ruralité et de son mode de vie aujourd’hui considérée comme archaïque, d’une vie dure au contact de la terre. Revoir ce film m’a fait l’effet d’un retour en enfance lorsque mon père me parlait de mon grand-père. Comment ce dernier, ancien gendarme devenu agriculteur, mangeait seul à table avec ses enfants alors que son épouse mangeait à la cuisine. Comment le repas, servi par ma grand-mère, commençait lorsqu’il ouvrait son Laguiole et se terminait lorsqu’il le fermait. Que les autres aient fini ou non.

On retrouve tout cela dans le film de Pierre Granier-Deferre. Les repas sans un mot. Les femmes non consultées pour les décisions à prendre. Les gendres qui n’ont pas leur mot à dire, eux qui ne sont que des pièces rapportées dans la famille. Aucune place pour le plaisir. Seul compte le travail, le respect du rythme des saisons, la survie de l’exploitation agricole. En d’autre terme, la survie du nom de la famille. Ce style de vie ne peut perdurer qu’à la seule condition qu’aucun élément extérieur ne s’y impose. Et c’est au patriarche d’y veiller. Et Auguste Maroilleur s’y emploie.

On peut imaginer que cette ferme et les terres qui s’y rattachent sont un héritage familial remontant à plusieurs générations, passant de père en fils. Sauf qu’Auguste n’a pas de fils, uniquement des filles, et qu’il plaçait tout ses espoirs dans Henri, son petit-fils. D’où une profonde déception lorsque ce dernier décide de quitter leur coin de terre pour se rendre à la grande ville. Et de se trouver au centre d’un trafic international de produits stupéfiants. L’irruption de la « Horse » doublée d’une invasion d’étrangers sur ses terres s’en prenant à ces dernières et à sa famille le feront réagir tel un seigneur féodal. Ce qui se passe sur les terres de la famille Maroilleur reste sur les terres de la famille Maroilleur.

Obtus, rusé, secondé par un commis ancien combattant d’Indochine, Auguste Maroilleur, refusant tout aide extérieure, ripostera avec une violence inouïe, mais sans sentiment, à l’incendie de sa grange, à l’abattage d’une partie de son cheptel (scène relativement éprouvante) et au viol de sa petite-fille, Véronique. Auguste a droit de vie et de mort sur ses terres. A son petit-fils qui lui explique que les trafiquants veulent le tuer pour avoir perdu la drogue, ne lui répond-il pas : « Personne ne te tuera, tu es chez moi! » ? La Justice, qui finira par s’intéresser à la boucherie, se cassera également les dents sur cet homme taiseux prêt à endosser toutes les fautes pour protéger sa famille et ses terres. Comme une passation de pouvoir, Henri se comportera de la même manière mettant à mal le travail du juge en charge du dossier.

La Horse c’est aussi l’illustration de la fin du monde rural tel que nous aïeux l’ont connu. L’irruption des truands sur les terres des Maroilleur est vécue comme une invasion visant à mettre un terme au monde d’hier pour le remplacer par la modernité du monde de demain. A l’image de ces ouvriers en travaux publics construisant une grande route qui devrait désenclaver ces terres pour le bien de leurs « habitants ».

Qui mieux que Jean Gabin pouvait interpréter avec tant de force et de présence cet homme prêt à tout pour protéger les siens et ses biens? Personne ! Si l’acteur dévore l’écran, il ne cherche jamais à écraser le reste du casting. La famille qu’il compose avec Marc Porel (Le Clan des Siciliens), Eléonore Hirt (La Nuit des Généraux), Christian Barbier (Les Granges Brûlées), Danièle Ajoret (Ne le Dis à personne), Michel Barbey (Le Cas du Docteur Laurent) et Orlane Paquin auquel on peut ajouter André Weber (Compartiment Tueurs) est criante de vérité et apporte une vraie crédibilité à l’ensemble. On est loin de Canicule, sanglante caricature réalisée par Yves Boisset en 1982 avec un Lee Marvin aux prises avec famille de paysans dégénérés de la Beauce.

Longtemps conspué par la critique, La Horse est un efficace vigilante movie à la française. Moins simpliste qu’il n’y paraît, il propose une vision nostalgique du monde agricole qui conserve encore aujourd’hui un certain charme. Jean gabin y est, une fois de plus, impérial.

Edition blu-ray :

Encore une fois, Coin de Mire Cinéma nous gratifie d’une édition exceptionnelle qui nous permet de (re)découvrir dans La Horse dans des conditions optimales. l’image est exempte de tout défaut, le niveau de détail est élevé, le grain parfaitement maîtrisé. La bande-son est claire, puissante et sans souffle tout en faisant la part belle à la musique de Serge Gainsbourg et Jean-Claude Vannier.

Pour les bonus, nous sommes en terrain connu avec un livret de 24 pages, la bande-annonce de Le Tueur de Denys de la Patellière, les réclames de 1970 avec Pimlico, Mediavision, Total International, Taillefine Gervais, rasoirs Gibbs, Renault 6 avec Piéplu et Daniel Prévost, Dedoril, Dim, Vedette, Armor et les journaux de la 9ème semaine de 1970.

Vous pouvez acquérir La Horse directement auprès de Coin de Mire par ici.

Fiche technique :

  • Réalisation : Pierre Granier-Deferre
  • Scénario : Pascal Jardin et Pierre Granier-Deferre
  • Photographie : Walter Wottitz
  • Montage : Jean Ravel
  • Musique : Serge Gainsbourg et Michel Colombier
  • Pays : France
  • Durée : 77 minutes
  • Genre : Drame policier

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

%d blogueurs aiment cette page :