La Loi de Murphy (Murphy’s Law)

La Loi de Murphy (Murphy’s Law)

Synopsis :

Accusé du meurtre de son ex-femme, Jack Murphy, policier alcoolique, parvient à prendre la fuite du commissariat. Enchaîné à une délinquante, il n’aura de cesse de rechercher le véritable assassin et ainsi de prouver son innocence.

Critique :

Les années ’80 auront été prolifiques pour Charles Bronson avec pas moins de treize films au compteur. La plupart sous l’égide de la Cannon Group du duo Golan / Globus. Des films faisant la part belle à l’action. Et aux scénarios sans originalité puisant allégrement dans ce qui a déjà été fait par d’autres. C’est Gail Morgan Hickman (L’Inspecteur ne Renonce Jamais) qui se charge ici de concocter une intrigue sur-mesure pour Bronson. Il rempilera avec la Cannon sur Number One with the Bullett et Le Justicier Braque les Dealers avant de se tourner définitivement vers la télévision. A la photographie, nous retrouvons un vétéran, en la personne de Alex Phillips Jr. (Apportez-moi la Tête d’Alfredo Garcia, La Chèvre (sic)…) alors sous contrat. Au montage, rien de bien neuf avec la présence de Peter Lee Thompson qui retrouve son frère J. Lee Thompson pour sa sixième collaboration avec la star.

Comme j’y faisais déjà allusion dans l’article consacré à Le Justicier de Minuit, l’ombre du grand Clint pèse encore une fois sur un film de Charles Bronson version eighties. Car comment ne pas penser à L’Épreuve de Force, antérieur de neuf ans, en voyant s’agiter Charles Bronson et Kathleen Wilhoite. Jack Murphy renvoie irrémédiablement au plus que borderline Ben Shockley tandis qu’Arabella McGee n’est qu’une resucée de Gus Mally. Leurs péripéties ne sont que redites et clins d’œil plus ou moins voulus au film de Clint Eastwood. Tout y passe, l’hélicoptère, les motards, la mafia, les flics ripoux. Jusque dans le déroulé de l’intrigue où deux individus que tout oppose se retrouvent dans un premier temps enchaînés l’un à l’autre avant de se voir libérés de leur lien mais de continuer à se soutenir dans les épreuves qu’ils traversent. Gail Morgan Hickman n’a ici rien inventé. Pas même le personnage de Joan Freeman qui, tellement mal écrit, semble être un mix entre Evelyn Draper (Un Frisson dans la Nuit) et la vengeresse Carrie Fisher dans The Blues Brothers. C’est dire !

S’il y a une chose que l’on peut reconnaître à La Loi de Murphy c’est d’avoir précédé d’une année la vague de films qui allait relancer le buddy movie. Bien qu’une première tentative ait eu lieu en 1984 avec 48 heures de Walter Hill, c’est l’année 87 qui sera décisive avec les sorties de L’Arme Fatale de Richard Donner, d’Étroite Surveillance de John Badham et de Double Détente de Walter Hill (encore !). Mais La loi de Murphy traîne trop de défauts comme autant de boulets pour que l’on y fasse seulement référence.

Les liens ? Déjà vu !

Au cinéma, le fait d’entraver deux individus que tout oppose ne date pas d’aujourd’hui. Encore faut-il que ce ressort scénaristique serve le propos du film. Exemples. En 1958, déjà, Stanley Kramer mettait en scène avec La Chaîne la fuite de deux taulards (Tony Curtis et Sidney Poitier) enchaînés l’un à l’autre. Ce lien tendait à confronter le racisme des deux hommes. En 1977, Clint Eastwood se retrouvait attaché à Sondra Locke. Là, les menottes mettaient en exergue au cours de L’Épreuve de Force le fait que la pute valait peut-être mieux que le flic. Si le lien paraît aussi distendu dans La loi de Murphy, c’est parce qu’il n’amène rien de véritablement profond aux personnages. Si ce n’est un semblant de rapprochement qui aurait pu avoir lieu dans n’importe quelle autre situation. Et puis, assommer le flicard qui vient de vous menotter, prendre la peine de fermer la cage à clé après avoir désarmé et enfermé un second flic sans prendre une demi seconde pour récupérer la clé des entraves… C’est pas très pro tout ça !

Les péripéties ? Les quoi ?

Entre un accident initial mou du genou, le vol improbable d’un hélicoptère sur le toit d’un commissariat par notre duo et son crash en forme de gag (ce n’était peut-être pas le but recherché d’ailleurs) sur un labo de drogues, des voitures et des motos qui explosent au moindre impact de balles, le tout agrémentés de jurons sortis de nulle part, c’est du grand n’importe quoi ! Même le final, normalement point d’orgue de tout films d’action qui se respectent, est mal branlé. Je vous passerai les détails mais le lieu utilisé, à la géométrie bien particulière, aurait inspiré n’importe quel réalisateur motivé et imaginatif. Sur ce coup, on sent que J. Lee Thompson devait avoir autre chose en tête au moment de la réalisation de son film.

La réalisation ? Paresseuse

Encore un gros écueil à mettre au crédit de La Loi de Murphy ! Si l’on met de côté la scène d’ouverture où Bronson se fait tirer sa voiture et que la gourdasse de service ne trouve rien de mieux que de se vautrer dans la vitrine d’un restaurant, J. Lee Thompson parvient à décrire de manière bien glauque le quotidien d’un flic alcoolo vivant dans ce qu’il convient d’appeler un taudis. Mais voilà, tout espoir est vain. Dès la scène suivante, Thompson gâche tout le potentiel dramatique du film en prenant par-dessus la jambe la procédure policière. Exit toute crédibilité et originalité ! Tout est dorénavant prévisible. Le spectateur devine la fin d’une scène avant même que celle-ci ne soit mise en place. La réalisation d’une paresse flagrante est gênante à plusieurs reprises. Les codes propres au genre que Thompson avait réussi à restituer dans Le Justicier de Minuit sont aux abonnés absents. Rien n’est à sauver dans ce naufrage. Pas même l’interprétation.

L’interprétation ? La quoi ?

Là encore, ce n’est pas du côté de l’interprétation que La Loi de Murphy va briller, la faute à une direction d’acteurs sacrément aléatoire. Pourtant, encore une fois, le début du film laisse présager du meilleur. Voir Charles Bronson se lever difficilement le lendemain d’une cuite promet de belle choses. Que nenni ! Très vite Bronson se contente de nous refaire du Bronson, ne changeant d’expression qu’en réponse aux allusions sur sa sexualité et la taille de son pénis. Face à lui, Kathleen Whilhoit se contente de débiter des injures digne d’un capitaine Haddock sous acide. Carrie Snodgress (Ratboy de Sondra Locke – tiens donc! -, Angel Heart) soulève des haltères et passe son temps à se déformer la bouche dans l’espoir de nous faire croire à la folie de son personnage. On la préfèrera dans Furie et dans Pale Rider. Tiens encore un Clint Eastwood ! Richard Romanus (Mean Streets) et James Luisi (Hidden) ne sont là que pour toucher leur chèque et n’apportent strictement rien à leur personnage si ce n’est un surplus de ridicule.

La Loi de Murphy, buddy movie et film d’action paresseux et sans véritable identité, se regarde d’un œil distrait, plus par nostalgie des soirées VHS qu’autre chose. Mais le pire reste à venir dès l’année suivante avec Protection Rapprochée… On a connu mieux comme fin de carrière. Celle de Clint Eastwood. Par exemple.

Édition dvd :

Sidonis Calysta nous permet de (re)découvrir La Loi de Murphy dans d’honnêtes conditions. En effet, si le master s’avère propre et sans défaut notable, ce dernier n’atteint jamais les références du dvd actuel sauf en de très rares occasions et encore, en pleine lumière. La bande-son, proposée en version originale sous-titrée français et en version française, est puissante, sans souffle et aux dialogues parfaitement intelligible.

En guise de bonus, Sidonis Calysta complète La Loi de Murphy par une bande-annonce et une présentation par Gérard Delorme.

La Loi de Murphy est disponible directement auprès de Sidonis Calysta ici.

Fiche technique :

  • Réalisation : J. Lee Thompson
  • Scénario : Gail Morgan Hickman
  • Photographie : Alex Phillips Jr
  • Musique : Valentine McCallum et Marc Donahue
  • Montage : Peter Lee Thompson
  • Pays : États-Unis
  • Genre : policier
  • Durée : 1 h 40

5 thoughts on “La Loi de Murphy (Murphy’s Law)

  1. Bronson avec nous ! Je serai un peu moins sévère que toi concernant ce « Murphy’s Law ». Je l’avais revu en dvd (édition MGM, format recadré) il y a près d’une dizaine d’années. Comme pour « Le Justicier de Minuit », je trouve que le film passe mieux aujourd’hui qu’à l’époque. Alors oui, le film ne vient pas à la cheville de « L’Épreuve de force » ou de « 48 heures » (encore moins du Murphy de Verhoeven). Mais selon moi, il y a de beaux restes : les punchlines de Kathleen Whilhoite, un face-à-face final presque baroque, Bronson intimidant le pauvre Richard Romanus, Carrie Snodgress assez étonnante en psychopathe… Pour ma part, ces éléments m’ont convaincu. Et puis Charlie a fait bien pire dans les 80’s (et les 90’s n’en parlons pas…).

    1. Pour ma part, je trouve Kathleen Whilhoite bien trop forcée (je la préfère dans Road house, c’est pour dire), Sondra Locke semble bien plus naturelle. Idem pour Carrie Snodgress. D’autres ont fait bien mieux et ses moues ont eu le don de m’horripiler. Je te rejoins (un peu) sur Richard Romanus même si je trouve que pour un caïd il s’écroule bien vite. Ok, c’est Bronson en face et il a dû voir pas mal de ses films avant leur rencontre mais quand même… Pour le pire, je te laisse découvrir vendredi Protection Rapprochée. Et les deux derniers opus de la série Le Justicier sont très difficilement regardables. Et je ne parle même pas de Family of Cops.

      1. En revanche, je suis beaucoup moins fan de « Protection rapprochée » (le seul des 3 Bronson de chez Sidonis que je n’ai pas commandé). Quant à « Death Wish 4 », je ne le déteste pas (John P. Ryan en bad guy, ça vaut des points). Le 5, ça reste du téléfilm de luxe, un triste chant du cygne… Mais, face aux « Family of Cops », ce « Justicier : L’Ultime combat » ressemble à du Orson Welles ! Si tu veux voir un bon film TV avec Charlie, je te recommande « The Sea Wolf ». Le moustachu y est à contre-emploi et donne la réplique à Christopher Reeve.
        Je te dis donc à vendredi ! 😉

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