La Main Droite du Diable (Betrayed)

La Main Droite du Diable (Betrayed)

Synopsis :

Suite à l’assassinat d’un animateur radio de confession juive, le FBI infiltre une de ses agents, Catherine Weaver, auprès d’un homme soupçonné d’être un suprémaciste blanc à l’origine du crime.

Critique :

Originaire de Chicago et de confession juive, Alan Berg entame une carrière d’avocat dans cette même ville. Ses crises d’épilepsie couplées à un alcoolisme notoire le feront quitter son poste et entrer en cure de désintoxication à Denver. Reconverti dans le prêt-à-porter, il rencontre une animatrice de la station de radio KGMC-AM qui, à son départ, lui demandera de la remplacer. Son ton acerbe et ses provocations lui amèneront de très nombreux détracteurs. Le 18 juin 1984, il est abattu devant son domicile de 11 balles. A l’issue de l’enquête menée par le FBI, la Hostage Rescue Team interpellent quatre membres de The Order, une organisation suprémaciste blanche. Seuls deux seront jugés, non pas pour assassinat, mais pour violation des droits civiques, racket et association de malfaiteurs. Lors du procès, il a été démontré que Berg avait été ciblé parce qu’il « était principalement considéré comme anti-blanc et qu’il était juif ». Ce fait divers sordide sera le point de départ de La Main Droite du Diable.

Né en 1944 en Autriche, Joe Eszterhas émigre aux Etats-Unis avant de travailler pour le magazine Rolling Stones à Los Angeles. Décidant de ne pas suivre la rédaction lors de l’installation du journal à New-York, il se lance dans l’écriture de scénarios. Connu pour des scripts sulfureux, il livrera A Double Tranchant de Richard Marquand, Basic Instinct de Paul Verhoeven, Sliver de Philip Noyce et Jade de William Friedkin cité aux razzies awards mais mis qui jouit (!) de la présence de Linda Fiorentino. Eszterhas travaillera à deux reprises pour Costa-Gavras, avec Music Box et La Main Droite du Diable.

Irwin Winkler (On Achève bien les Chevaux, La loi de la Nuit), engagé sur le projet en tant que producteur, confie la réalisation à Costa-Gavras, cinéaste franco-grec. Très engagé, ses films sont pour lui le moyen de poser un regard critique sur les pouvoirs en place. Dans cette optique, il réalisera les formidables Z (1969) et L’Aveu (1970), deux films dénonçant les excès des états totalitaires et leurs représentants. Deux films qui connaîtront un succès considérable à travers le monde. S’inspirant souvent de faits divers, il signera par la suite Missing, La Main Droite du Diable avant de s’orienter vers le drame sentimental et la fiction sociale.

Connaissant le passif de Costa-Gavras, il ne fallait pas attendre de sa part un simple film policier empilant les scènes convenues mais bel et bien à la peinture d’une Nation faite de contradictions et qui s’entre-déchire autour de questions éthiques. Et son constat n’est guère encourageant. Au travers du regard de Debra Winger, le spectateur est happé dans un tourbillon de violence et de haine quotidienne. Si le cadre est ici le monde rural, et plus exactement la classe moyenne du midwest, il aurait tout aussi bien pu se situer en milieu urbain tant toutes les strates de la société semblent être gangrenées. Politiciens ayant pignon sur rue s’accoquinant avec des groupuscules d’extrême-droite voire néo-nazis, policiers, pasteurs prêchant la « bonne parole » à l’église le dimanche matin, enfants endoctrinés dès leur plus jeune âge au sein même de la cellule familiale (le plus grand danger) et même agents du FBI n’hésitant pas à dénoncer à leurs « amis » des collègues infiltrés, Costa-Gavras balance tout azimut pour illustrer son propos. Personne ne trouve grâce à ses yeux pas même les agents chargés d’enquêter sur le meurtre de l’animateur radio.

Et c’est dans la description de l’entourage professionnel de Catherine Weaver (Debra Winger) que les thèmes du néo-noir seront convoqués créant ainsi une véritable filiation avec ses glorieux aînés. Non content de devoir se faire accepter dans un monde quasi exclusivement composé d’hommes sans se faire suspecter, elle se heurte très régulièrement à son supérieur hiérarchique, qui plus est son ancien amant, qui n’a de cesse de remettre en question son jugement et donc sa légitimité. Malgré cela, elle sera maintenue en place bien que, le temps passant, elle se sente de plus en plus en danger de par sa relation avec le suspect et les soupçons qu’elle finit par générer. Au lieu de la retirer de l’affaire et perdre alors de nombreuses semaines d’enquête, il sera décidé d’abattre le membre du groupe qui porte sur elle le plus de soupçons. Des méthodes qui s’apparentent à celles sensées être combattues. Et c’est bien là le point commun avec les polars des années ’70. Combattre le mal par le mal. Quitte à se trouver obligé d’enfreindre les lois qu’ils sont chargés habituellement de faire respecter. Sans parler du rapport à la mort. Un policier est grièvement blessé par l’agent infiltré lors d’un braquage? Un suspect est abattu dans le seul but de ne pas compromettre la mission? Un homme noir est tué au cours d’une « chasse »? Tout ceci est acceptable tant que cela n’entrave pas l’avancée de l’enquête.

Le sujet brûlant de La Main Droite du Diable est littéralement porté à l’écran par son duo vedette composé de Debra Winger et Tom Berenger. Leur carrière respective suit étrangement la même chronologie. Un début de carrière en 1976, des rôles forts qui les font remarquer avec pour Winger Officier et Gentleman puis Tendres Passions (avec à la clé une nomination aux Oscars ’83) et pour Berenger le choc de l’année ’86 Platoon. Debra Winger interprète pour la seconde fois, après La Veuve Noire, une agent du FBI infiltrée. Et force est de constater qu’elle est particulièrement à l’aise dans ce genre de rôle, ici rehaussé par l’altération de son jugement dû à son attirance pour le suspect. Un jeu tout en finesse très appréciable. Face à elle, Tom Berenger campe avec justesse un monsieur tout-le-monde qui cache derrière un visage affable un discours belliqueux, raciste et d’autant plus dangereux qu’il est fortement endoctriné et n’hésite pas à passer à l’acte. L’acteur considère ce film comme l’un des meilleurs qu’il ait tourné assurant même « It was exactly what it was meant to be » (« Il est exactement ce qu’il devait être »). Le reste du casting est au diapason avec un John Heard (La Féline) et un Albert Hall (Malcolm X) en agents du FBI aussi détestables que les gens qu’ils combattent. Loin du capitaine Stottlemeyer de Monk, Ted Levine (Le Silence des Agneaux) incarne peut-être celui qui est le plus dangereux de la bande. John Mahoney (Frantic) et Jeffrey DeMunn (Hitcher) viennent compléter le tableau.

La Main Droite du Diable est le constat amer d’une situation politique sans réelle solution et qui divise l’Amérique depuis toujours. Costa-Gavras filme un pays qui se déchire pour des idéaux d’un autre âge tout en ramenant son sujet à hauteur d’homme. Une très belle oeuvre complémentaire au maître étalon Mississippi Burning également disponible auprès de L’Atelier d’Images.

Edition blu-ray :

Après un générique très légèrement bruité, l’image se stabilise et s’avère de toute beauté avec des couleurs très naturelles, un niveau de détail élevé et une absence totale de défaut. Les bandes-sons sont généreuses et sans souffle. Du très bon travail signé Arte Editions qui permet de (re)découvrir La Main Droite du Diable dans des conditions optimales.

La Main Droite du Diable est disponible en dvd ici et en bluray ici.

Bande-annonce

Fiche technique :

  • Réalisation: Costa-Gavras
  • Scénario : Joe Eszterhas
  • Musique : Bill Conti
  • Photographie : Patrick Blossier
  • Montage : Joële van Effenterre
  • Pays : Etats-Unis
  • Genre : Néo-noir
  • Durée : 127 minutes

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