La Manière Forte (The Hard Way)

La Manière Forte (The Hard Way)

Synopsis :

John Moss, flic irascible et fort en gueule, se voit adjoindre une star hollywoodienne, Nick Lang, en pleine préparation pour un rôle, alors qu’il traque un tueur en série.

Critique :

La Manière Forte est l’archétype même du sous-genre qu’est le buddy movie. Mais avant de nous attaquer au film qui nous intéresse, penchons-nous sur ce qui se cache derrière cette drôle d’expression.

Le buddy movie, ou film de potes dans la langue de Poulbot, obéit à une recette relativement simple qui s’accorde avec tous les genres cinématographiques. Prenez deux individus que tout oppose (socialement, physiquement, moralement…) avec au menu communications compliquées et problèmes relationnels (le ressort comique indispensable), obligez-les à s’associer pour surmonter une épreuve puisqu’individuellement ils échoueraient, les aventures ainsi partagées leur permettront de se découvrir pour finalement s’apprécier… Il est communément admis que le premier couple hétéroclite à avoir fait ses armes au cinéma, est composé de Laurel et Hardy. Mais c’est en France que les premiers duos vont remplir les salles. Louis de Funès et Bourvil (La Grande Vadrouille, Le Corniaud…), Lino Ventura et Jean Lefbvre (Ne nous Fâchons pas) ou Jacques Brel (L’Emmerdeur), Gérard Depardieu et Pierre Richard (La Chèvre) sont les plus connus et d’autres perpétuent la tradition.

Aux Etats-Unis, il faudra attendre le début des années ’80 pour que le buddy movie n’obtienne ses lettres de noblesse. Et c’est dans le polar, qu’il va trouver un terreau particulièrement fertile. C’est en 1982 que Walter Hill siffle véritablement le début des hostilités avec son 48 Heures avec Nick Nolte en flic bourru et Eddie Murphy, truand grande gueule. Richard Donner ripostera avec L’Arme Fatale (le maître étalon) avec un Mel Gibson suicidaire et un Danny Glover proche de la retraite. Martin Brest s’y essaye avec Midnight RunRobert de Niro se doit de faire équipe avec Charles Grodin, tout comme Clint Eastwood avec son La Relève dont il partage l’affiche avec Charlie Sheen. Il y en a d’autres, Double Détente, Tango et Cash, Le Dernier Samaritain… L’avènement du buddy movie marque la fin du néo-noir tel qu’on a pu le connaître au cours des années ’70. Fini la critique sociale, le nihilisme, place aux bons mots, à la bonne humeur et aux situations rocambolesques. Avec pour conséquence la surenchère dans le spectacle proposé. Fort heureusement, certains reviendront aux fondamentaux en fusionnant le néo-noir et le buddy movie. Je pense notamment à Se7en, mais ça s’est une tout autre histoire.

John Badham naît en Angleterre et plus précisément à Luton. A la fin de la seconde guerre mondiale, la famille Badham émigre aux Etats-Unis. Après ses études, il travaille de nombreuses années pour la télévision sur des séries et des téléfilms avant de connaître le succès avec La Fièvre du Samedi Soir. En 1987, John Badham s’essaye au buddy movie avec Etroite Surveillance dans lequel Richard Dreyfuss donne la réplique à Emilio Estevez. Il remet le couvert en 1991 avec La Manière Forte. L’histoire est naît sous la plume de Michael Kozoll, à qui l’on doit l’adaptation de Rambo, et Lem Dobbs (Dark City). Le scénario de l’œuvre de ce dernier associé à Daniel Pyne (Fenêtre sur Pacifique). A la photographie, nous retrouvons Donald McAlpine qui a officié sur des titres aussi emblématiques que Predator, Jeux de Guerre ou Madame Doubtfire. Au montage, un habitué du genre et de John Badham, Frank Morris avec qui il a travaillé sur la quasi-totalité des films de ce dernier (Tonnerre de Feu, Comme un Oiseau sur la Branche,…). Tout ce beau monde se retrouve sous l’égide du pas toujours très fin producteur / réalisateur Rob Cohen (Fast and Furious,xXx,…).

On ne va pas se mentir. La Manière Forte ne brille pas par son originalité dans la mise en place de son intrigue ni même dans son déroulé. Ici, il n’est pas question de la moindre prise de risque. On est très loin du Police Fédérale, Los Angeles de William Friedkin.

D’un côté, un flic grande gueule, grossier, violent, casse-cou à l’existence toute entière vouée à l’exercice de ses fonctions. Ce qui lui a valu défiance de sa hiérarchie, divorce et nombreuses impasses amoureuses. De l’autre, un acteur hollywoodien à qui l’on passe le moindre de ses caprices, volontiers gaffeur et en totale déconnexion avec la vie réelle. Leur rencontre ne pouvait être qu’explosive. D’autant plus que cette fine équipe est sur les traces d’un tueur en série complètement branque. La première partie, consacrée à la mise en présence de nos deux loustics est la plus réussie. Les dialogues y sont pour beaucoup tout comme l’énergie déployée par James Woods et Michael J. Fox. Les péripéties s’enchaînent dans un New-York crade et livré à la violence. Les engueulades vont bon train. L’intrigue avance. On ne s’ennuie pas une seconde. Puis, la machine se grippe quelque peu.

L’irruption au sein de notre duo de choc de la figure féminine fait en effet retomber le soufflet. Les atermoiements romantiques de notre bourru de flic avec sa nouvelle future ex freinent l’intrigue même s’ils permettent au personnage de Michael J. Fox de prendre l’ascendant sur son comparse et ainsi d’échapper au rôle de simple faire-valoir. C’est qu’il est spécialiste en communication le Fox et toujours de bon conseil quand il s’agit de faire la cour à une dame. Tout l’opposé de Woods, incapable de dévoiler ses sentiments à sa belle. La Manière Forte flirte à plusieurs reprises avec la comédie romantique. La rupture entre les deux parties est telle que l’on décroche. Mais Badham veille au grain et redresse la barre avec la scène du métro qui relance la machine. Il est également bien aidé par le tueur qui décide de se confronter à celui qui le traque en kidnappant sa promise. En pleine post scène de ménage, les deux hommes s’allieront pour vaincre le Mal dans une séquence rappelant farouchement Hitchcock, La Mort aux Trousses et le Mont Rushmore.

Si La Manière Forte possède un atout majeur, il est à chercher du côté de l’interprétation et plus précisément du côté de James Woods (Coupable Ressemblance, Cop). Encore une fois, ce dernier bouffe littéralement l’écran et parvient sans mal à s’attirer les faveurs du public. Un critique a écrit au moment de la sortie du film que James Woods incarnait John Moss comme si la survie de la civilisation occidentale dépendait de l’énergie qu’il déployait pour son rôle. On ne saurait mieux le dire tant Woods est en perpétuel mouvement. Face à lui Michael J. Fox fait du Michael J. Fox avec cette candeur qui caractérise tant ses personnages. Face aux deux stars, Stephen Lang (Le Sixième Sens, L’Avocat du Diable) incarne avec brio un tueur narcissique et sacrément déjanté bien que trop simpliste dans son écriture.

Malgré ces quelques réserves, notamment dans le déséquilibre existant entre les deux parties que constituent le film, La Manière Forte reste un divertissement tout à fait honnête, nourri de l’urbanisme propre au néo-noir, porté par un acteur au sommet de son art. La nostalgie que porte le public aux films des années 80 et 90 fonctionne encore une fois à plein régime et permet à La Manière Forte de ne pas souffrir du passage des ans.

Edition bluray :

Jaquette du film La Manière Forte chez Rimini Editions

C’est un inédit en France que nous propose Rimini Editions. En effet, La Manière Forte n’avait jamais eu jusqu’à présent les honneurs d’une sortie bluray. L’attente était donc importante, d’autant que le film jouit d’une certaine popularité. La présente édition reprend le master du bluray sorti il y a plusieurs années en import anglais chez Universal. La copie est propre sans dégât apparent (hormis lors du passage dans le métro), la luminosité s’avère faible lors de certaines scènes et du fourmillement s’impose régulièrement. Étrangement, ces défauts n’en sont plus lorsqu’ils contribuent à restituer l’atmosphère propre au néo-noir dont s’inspire parfois le film. Le résultat s’avère déconcertant tant certaines séquences sont pour le coup parfaites. Niveau sonore, le 2.0 DTS fait le job dans les deux langues. Le doublage français est elle toujours aussi délectable.

Rimini Editions agrémente La Manière Forte de deux d’un commentaire audio au cours duquel interviennent le réalisateur John Badham, le producteur Rob Cohen et le critique cinéma Daniel Kremer.

La Manière Forte est disponible ici en bluray et ici en dvd.

Fiche technique :

  • Réalisation : John Badham
  • Scénario : Lem Dobbs et Daniel Pyne
  • Photographie : Don McAlpine et Robert Primes
  • Musique : Arthur B. Rubinstein
  • Montage : Tony Lombardo et Frank Morriss
  • Pays  États-Unis
  • Genre : Comédie policière, buddy movie
  • Durée : 110 minutes

2 thoughts on “La Manière Forte (The Hard Way)

  1. Je me souviens avoir vu passer ce film à l’époque, avec un Fox en plein peau et un Woods qui cherchait un second souffle (grand acteur qu’on a un peu oublié hélas).
    Merci pour ce retour sur les sources du Buddy movie, un genre très US quand même à mes yeux (y inclure Seven, c’est audacieux), qui puise d’abord dans les séries il me semble (je pense à Starsky et Hutch, sans doute le duo le plus séminal).
    Très belle revue.

    1. J’ai cité Se7en dans le seul but de faire remarquer que le néo-noir est actuellement une étiquette galvaudée par certains. Il y a peu de titres désormais pouvant se prévaloir de ce genre. Mais Se7en et son duo suivent la même formule que le buddy movie (on fait connaissance, on se heurte sur les méthodes employées, on s’apprivoise pour finir par s’associer pour mener à bien la mission). Mais je t’accorde volontiers que Fincher transcende le genre, d’où l’allusion. Pour ce qui est des séries, je ne sais pas si le buddy movie s’en inspire ou si au contraire, les séries se sont inspirées des premiers duos cinématographiques pour prendre le risque de parier sur ces duos improbables. Ce que le cinéma a tardé à faire, comme souvent. Merci à toi.

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