La Nuit des Généraux (The Night of the Generals)

La Nuit des Généraux (The Night of the Generals)

Synopsis :

Varsovie, 1942. Le major Grau de l’Abwehr est chargé d’enquêter sur le meurtre d’une prostituée. Ses soupçons se portent très vite sur trois officiers de la Wermacht alors que l’insurrection du Ghetto se profile.

Critique :

Respectant la volonté de son père policier, Hans Hellmut Kirst s’engage dans la Wermacht dès 1931. Après avoir été promu lieutenant dans son unité de défense anti-aérienne, il devient officier-instructeur de 1944 à 1945 à Altenstadt où il enseigne l’histoire de la guerre. En 1945, il est dénoncé comme nazi auprès des troupes américaines par son prédécesseur à son poste, Franz Joseph Strauss. Après neuf mois de détention en camp, il est lavé de toute accusation. Strauss, devenu entretemps président du tribunal, le condamne tout de même à une interdiction de publication pour une durée de deux ans. Marqué par les années de guerre, ses romans seront des critiques acerbes de la vie en caserne, de la guerre et du retour à la vie civile (08/15). Entre 1960 et 1962, il connaît deux immenses succès avec La Fabrique des Officiers et La Nuit des Généraux. Sa carrière littéraire perdurera jusqu’en 1979.

Afin d’adapter au mieux le pavé de Kirst, Paul Dehn (Goldfinger, Le Crime de l’Orient-Express), scénariste anglais récompensé d’un Oscar (Ultimatum) et d’un prix Edgar-Allan-Poe (L’Espion qui Venait du Froid), s’associe au romancier, résistant et grand reporter Joseph Kessel (Sirocco, L’Armée des Ombres). La réalisation est confiée par le producteur Sam Spiegel (Lawrence d’Arabie) à Anatole Litvak. Ce dernier, né à Kiev, fuit la montée du nazisme en l’Allemagne qu’il avait pourtant rejoint en 1925. Direction la France où il rencontre lui aussi Kessel. L’Equipage et Mayerling scelleront leur amitié. 1936. Anatole Litvak s’installe aux Etats-Unis et participe à l’effort de guerre en réalisant en compagnie de Frank Capra Pourquoi nous Combattons. La Nuit des Généraux sera son avant dernier film et qui lui permettra de retrouver son ami de toujours. Henri Decaë, directeur de la photographie sur Le Cercle Rouge de Jean-Pierre Melville, et Alan Osbiston, monteur à l’œuvre sur Les Canons de Navarone de J. Lee Thompson ou sur Lord Jim de Richard Brooks, s’associent au projet. Alexandre Trauner (Quai des Brumes, L’Homme qui Voulut Etre Roi) se charge des décors.

La Nuit des Généraux ou quand la petite histoire rejoint la grande. 23 ans de traque entre Pologne, France et Allemagne. 23 ans de traque pour différencier les crimes de masse des crimes plus « personnels » d’un tueur en série. 23 ans de traque pour ne pas les laisser impunis.

Varsovie, décembre 42. Voilà deux ans que le ghetto, géré par un judenrat, a vu le jour. Et il est grand temps pour les dirigeants nazis de se débarrasser des milliers de juifs qui s’y entassent et tentent de survivre. Entre juillet et septembre 42, on estime à 265 000 le nombre d’hommes, de femmes et d’enfants déportés au camp de Treblinka, situé à 80 kilomètres de la capitale polonaise. 35 000 personnes seront tuées durant ces opérations. C’est dans ce chaos inimaginable où l’Homme a perdu toute humanité que prend naissance La Nuit des Généraux. Et Anatole Litvak de nous interroger d’emblée sur l’importance que revêt la mort d’une seule femme. Est-elle quantité négligeable au milieu du massacre qui se prépare ? Ou, au contraire, est-elle la ligne rouge à ne pas dépasser ? Le major Grau (élevé au rang de commandant en version française) semble penser que cette mort est celle de trop. Retrouver l’auteur de ce crime sexuel, sadique, sera l’occasion pour lui de se démarquer des exactions de ses compatriotes et, peut-être, de redorer le blason d’une armée dans laquelle il ne se reconnaît plus.

Cette première partie est aussi l’occasion pour Litvak de dresser le portrait des trois suspects au comportement diamétralement opposé face à l’horreur à laquelle ils participent en cet hiver 42. Le général Kahlenberg, en total désaccord avec l’orientation donnée par le Führer à l’armée allemande et qui ne manque pas de le faire savoir, le général von Seydlitz-Gabler qui préfère détourner les yeux pour mieux les poser sur la gente féminine et enfin le général Tanz, militaire au sens strict du terme désireux de mener à bien la mission qui lui est confiée coûte que coûte.

Paris, juillet 44. Bientôt deux ans se sont écoulés depuis le meurtre de la prostituée de Varsovie. Grau n’a pas oublié. Sa traque le mène dans la capitale française où il retrouve les généraux Kahlenberg, von Seydlitz-Gabler et Tanz. Varsovie a laissé des traces. Le premier a rejoint le rang des conjurés et attend avec impatience que soit annoncé le succès de l’opération Walkyrie. Le second est indécis et toujours aussi peu concerné par ce qui l’entoure. Le troisième revient du front de l’Est paré de son nouvel uniforme. Noir. Celui d’un général de la Waffen SS. Celui de la terrible division Nibelungen. Ses troubles psychologiques, jusque là sous-jacents, ont désormais pris le pas de manière irréversible sur sa personnalité. Alors que les Alliés ont débarqué en Normandie et libéré Saint-Malo, que Rommel trouve la mort sur une route de campagne, une seconde prostituée va trouver la mort. Encore une fois, Grau se désintéresse de l’Histoire (20 juillet 44) pour se pencher sur l’histoire. Mener à son terme l’enquête avec le concours d’un inspecteur de police résistant, Morand, et y laisser la vie. Parce que, finalement, devant les caméras de Litvak, l’échec de Stauffenberg induira l’échec d’un homme épris de justice. Avec la mort de Grau prend fin la seconde guerre mondiale. Sans combat acharné à grand renfort de troupes. Sans scène de liesse pour accueillir les libérateurs. La Nuit des Généraux n’est définitivement pas un film de guerre.

Hambourg, 1965. vingt-et-un ans ont passé. Les cheveux ont blanchi. Les visages se sont creusés de rides. Les ennemis d’avant sont les alliés d’aujourd’hui. Kahlenberg a réchappé à la vengeance d’Hitler et de son bras armé français, Tanz. Il se fait appeler monsieur comme un trait sur son passé. Von Seydlitz-Gabler passe ses journées à écrire ses mémoires tentant de justifier son passé militaire sous le regard désapprobateur de sa femme qui n’aura eu de cesse tout au long de sa vie de le rabaisser pour mieux le dominer. Tanz, lui, sort tout juste de prison. A temps pour fêter les 25 ans de la création de sa division. Il n’a pas changé, guindé à l’extrême. Mais si les situations personnelles et le physique ont changé, les démons intérieurs, eux, ont la vie dure. Une troisième prostituée est retrouvée assassinée. Comme pour les deux autres, c’est le sexe qui est mutilé. Mais si Grau n’est plus, son idéal de justice perdure. Morand, désormais agent d’Interpol, a repris le flambeau et traque le tueur pour finir par le démasquer.

Casting cinq étoiles pour La Nuit des Généraux. Voyez plutôt. Omar Sharif (Lawrence d’Arabie, Le Docteur Jivago), Donald Pleasence (Contre une Poignée de Diamants), Philippe Noiret (Le Vieux Fusil), Christopher Plummer (L’Homme qui Voulut Etre Roi), Joanna Pettet (Casino Royale), Charles Gray (Les Diamants sont Eternels) donnent parfaitement vie à leur personnage. Mais celui qui sort indéniablement du lot reste Peter O’Toole (L’Ultime Attaque pour qui aime les fresques guerrières). L’alcoolisme dont il souffre sert son interprétation de général SS imbibé d’alcool qui n’a finalement plus figure humaine. Ajoutons à ces stars, des acteurs alors bien moins connus, et pour certains même pas crédités, comme Pierre Tornade et Pierre Mondy qui n’ont pas encore rejoint La Septième Compagnie, Philippe Castelli révisant probablement ses blagues pour le compte des Grosses Têtes, le déjà vétéran Howard Vernon (Le Diabolique Docteur Mabuse) mais aussi Juliette Gréco (Orphée).

Atypique, La Nuit des Généraux est un formidable thriller sur fond de guerre mondiale. Triptyque dont les deux premiers tableaux existent sous forme de flashbacks, il mêle avec bonheur, drame, film noir et constat sur la folie des hommes. Et ce ne sont pas les deux ou trois approximations historiques qui viennent gâcher notre plaisir à suivre cette traque au tueur.

Edition blu-ray :

Sidonis Calysta nous propose La Nuit des Généraux sous ses plus beaux atours. Le master est impeccable, sans défaut, les couleurs sont vives, le niveau de détail très élevé. La bande-son, proposée en version originale sous-titrée et en version française, est claire et puissante tout en faisant la part belle à la musique de Maurice Jarre.

En guise de bonus, les présentations de Patrick Brion et Bertrand Tavernier, le documentaire « Avec l’intention de s’attarder sur la vie de Sir Peter O’Toole » et pour finir une bande-annonce.

La Nuit des Généraux est disponible directement auprès de Sidonis Calysta en combo blu-ray / dvd ici et en dvd ici.

Fiche technique :

  • Réalisation : Anatole Litvak
  • Scénario : Paul Dehn et Joseph Kessel
  • Photographie : Henri Decaë
  • Montage : Alan Osbiston
  • Musique : Maurice Jarre
  • Pays : Franco-anglais
  • Genre : Film de guerre, thriller
  • Durée : 148 minutes
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7 réflexions sur « La Nuit des Généraux (The Night of the Generals) »

  1. Je garde un très bon souvenir de ce passionnant thriller mêlant Histoire et tueur en série. Le résultat est aussi original que classieux (effectivement, le casting est magique). Bravo pour ce texte érudit, précis et qui fera, à coup sûr, bondir les ventes du dvd/blu-ray de chez Sidonis !

  2. Je ne sais pas si cet article fera bondir les ventes de l’éditeur mais en tout cas j’espère qu’il finira de convaincre les cinéphiles qui ne l’ont jamais vu. Pour ma part, je le regarde très régulièrement, je ne m’en lasse pas.

  3. Merci d’avoir cité Howard Vernon ! Son apparition est très brève mais, en vrai pro, il donne tout ce qu’il a. Il est formidable Howard Vernon.

  4. Formidable article qui me remet à la page de cette « nuit des généraux » un peu perdue dans la nuit de ma mémoire.
    Je n’ai désormais plus qu’une envie, remonter à cette époque avec Litvak. Et très envie aussi de découvrir le livre.
    Merci.

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