La Piste Fatale (Inferno)

La Piste Fatale (Inferno)

Synopsis :

Donald Carslon, millionnaire détestable et détesté, est abandonné en plein désert par son épouse et son associé après s’être cassé la jambe. Dès lors, son unique but est de survivre pour se venger des deux amants.

Critique :

Face à l’engouement au sein des foyers américains pour les postes de télévision, commercialisés dès 1941, Hollywood se trouve confrontée à une baisse de fréquentation des salles de cinéma. Baisse qui s’intensifiera encore plus en 1953 lorsque les téléviseurs passeront à la couleur. Pour faire face à cette crise, l’industrie réagit en ressortant des cartons un vieux procédé datant pour la photo de 1839, avec les stéréoscopes, et pour les films de 1915, avec l’anaglyphe, le relief. Les plus grands studios se mettent alors en devoir de produire un très grand nombre de programmes en 3-D afin de faire revenir le public dans les salles obscures. Entre 1952 et 1954, période considérée comme l’âge d’or de cette technique, tous les genres seront représentés, de la comédie (Those Redheads from Seattle) aux films d’aventures (Bwana Devil) en passant par l’horreur (La Maison de Cire). Le film noir n’échappera pas à la règle et La Piste Fatale, produit par la Twentieth Century Fox, sera l’un de ses premiers représentants. Sorti sur les écrans le 12 août 1953, il connaîtra une seconde vie le 8 octobre 1953 avec sa diffusion dans certains cinéma en 2-D.

Ayant déjà œuvré dans le film noir en 1951 avec The Family Secret d’Henry Levin, Francis Cockrell est chargé par le Studio d’écrire l’histoire hybride de cet homme abandonné en plein désert qui ne doit compter que sur lui-même pour sauver sa vie. La réalisation échoit à l’anglais Roy Ward Baker qui vient de s’installer aux Etats-Unis. Sa carrière hollywoodienne ne durera que trois ans au cours desquels il réalisera trois films noirs, Troublez-moi ce Soir (Don’t Bother to Knock) avec rien moins que Marilyn Monroe, Richard Widmark et Anne Bancroft, Night Without Sleep et enfin La Piste Fatale. Retournant en Angleterre, Baker, après avoir réalisé son chef d’œuvre Atlantique, Latitude 41° (A Night to Remember) retraçant le naufrage du Titanic et plusieurs films d’horreur (Les Monstres de l’Espace pour la Hammer ou Asylum pour Amicus), se tourne vers la télévision et signe quelques références du petit écran avec des épisodes de Chapeau Melon et Bottes de Cuir, du Saint et d’Amicalement Vôtre. Pour La Piste Fatale, il s’entoure des vétérans Lucien Ballard à la photographie avec qui il a travaillé sur ces deux précédents films hollywoodiens et qui s’illustrera quelques années plus tard sur La Horde Sauvage (The Wild Bunch) de Sam Peckinpah ou Cent Dollars pour un Shérif avec John Wayne, et Robert L. Simpson au montage (L’Attaque des la Malle-poste).

Film noir, western, survival, thriller, La Piste Fatale est un peu tout cela à la fois. Mais surtout, il se démarque du tout-venant par une approche peu banale d’un sujet pourtant maintes fois traité.

Choisissant de faire l’impasse sur l’accident qui a mené Donald Carslon à se fracturer la jambe et à se retrouver seul au milieu de nulle part, Roy Ward Baker propulse dès les premières images le spectateur en pleine modification de la « scène du crime » par les deux amants. A compter de cet instant, Baker, assisté de son monteur, alterne scènes où le couple adultère va mentir et cacher des informations aux autorités dans l’espoir que le mari meure avant d’être retrouvé par les secours et scènes où la victime, confrontée à la faim, la soif, la chaleur ou le froid, fait tout son possible pour rester en vie.

Par une science du montage jamais mise à mal, Baker parvient à faire cohabiter deux genres cinématographiques au sein de La Piste Fatale dans des décors rappelant furieusement le western. A ma droite, le film noir incarné par l’amant diabolique et la femme fatale qui se déchireront à la première difficulté. A ma gauche, le survival avec un homme de pouvoir qui ne pourra compter que sur lui-même pour arriver au but qu’il s’est fixé, survivre pour mieux se venger. Deux genres qui finiront par se télescoper au cours d’un dernier acte brutal dans une cabane en feu.

Mais à y regarder de plus près, La Piste Fatale est bien plus que cela. Bien que Francis Cockrell convoque pour les besoins de son script les codes inhérents au film noir, il s’appuie également sur certains écrits de la Bible. Ainsi, les commandements « Tu ne tueras point« , « Tu ne convoiteras point la femme de ton prochain » et « Tu ne déroberas point » servent de points de départ du drame alors que la femme fatale, véritable Eve par qui le péché arrive, demeure le point central de l’intrigue. A l’opposé, le mari trompé et abandonné connaît une véritable traversée du désert qui le force à se remettre en question et à se débarrasser du tout matériel pour se recentrer sur l’essentiel. Un désert sans végétation ni eau peuplé d’animaux sauvages dont un serpent, symbole de la tentation sert de décor à cette remise en question.

Et Roy Ward Baker de nous offrir un pur moment de bonheur en guise de conclusion à l’introspection du millionnaire, que je vous laisse découvrir, juste avant de déchaîner les enfers.

Pour incarner ces trois personnages, trois grands acteurs au premier rang desquels Robert Ryan qui livre une prestation tant physique que psychologique. Son implication est de tout les instants et apporte énormément de crédibilité au récit. Face à lui, Rhonda Fleming, très western, incarne la femme fatale hésitante s’en remettant à son amant, le diabolique William Lundigan obnubilé par son but, s’emparer de la femme de son patron, est également parfait. Le reste du casting, peu employé, fait le job.

Doté d’un montage en parallèle efficace, d’un mélange de genres bienvenu et d’un sous-texte biblique malin, La Piste Fatale est un divertissement de très grande qualité servi par un trio d’acteurs impliqués.

La Piste Fatale aura son remake, sous forme de téléfilm, en 1973 avec dans les rôles principaux Arthur Hill (Détective Privé), Diana Muldaur (Un Silencieux au Bout du Canon) et James Stacy (Tueur de Filles).

Edition dvd :

Esc Editions nous propose de découvrir La Piste Fatale dans une copie fort honorable bien qu’elle présente par moment quelques défauts, comme cette perte de définition sur le côté droit de l’image durant quelques minutes ou un fourmillement parfois envahissant notamment sur le ciel. La bande-son, uniquement en version originale avec sous-titres français désactivables, est claire, puissante et sans souffle.

Côté bonus, c’est un désert identique à celui que tente de traverser Robert Ryan qui nous est proposé.

Fiche technique :

  • Réalisateur : Roy Ward Baker
  • Scénario : Francis M. Cockrell
  • Musique : Paul Sawtell
  • Montage : Robert L. Simpson
  • Photographie : Lucien Ballard
  • Pays : Etats-Unis
  • Genre : Film Noir
  • Durée : 83 minutes

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