La Proie (Cry of the City)

La Proie (Cry of the City)

Synopsis : Après avoir abattu un policier, Martin Rome est blessé et incarcéré dans l’attente de son jugement qui se soldera par la peine de mort. Soupçonné à tort d’un vol de bijoux ayant là-aussi mal tourné, il parvient à s’enfuir mais est pourchassé par son ami d’enfance, un policier tenace.

Critique : Issu d’un famille d’immigrés norvégiens, né en 1912 dans le Minnesota, Henry Edward Helseth quitte le système scolaire à l’âge de 13 ans pour parcourir les Etats-Unis et le Canada. De petits boulots en petits boulots, il en viendra à devenir enquêteur politique puis reporter criminel avant d’entrer dans la marine marchande au cours de la seconde guerre mondiale. A la fin des années 40, il travaille à Hollywood comme scénariste et fournit en 1950 deux récits de drames carcéraux (Outside the Wall et State Penitentiary). Entre 1940 et 1962, il écrira six romans dont un seul sera publié en France sous le titre Un Aller Simple dans la collection Série Noire dirigé par Marcel Duhamel, en 1950, soit deux ans après avoir été adapté au cinéma sous le titre La Proie (Cry of the City).

Sol C. Siegel (14 Heures, Bas les Masques…), dont c’est la première incursion dans le Noir, et Darryl F. Zanuck (Le Petit César, Eve…) lancent la production du film pour le compte de la Twentieth Century Fox. Ben Hecht (La Corde, L’Enigme du Lac Noir…), qui pour une fois sera crédité au générique, s’associera à Richard Murphy (Boomerang!, Panique dans la Rue…) pour adapter le roman de Helseth sur grand écran. Robert Siodmak, alors sous contrat avec la Columbia, est débauché pour assurer la réalisation du film.

Robert Siodmak naît en 1900 à Dresde, en Allemagne. En 1930, il réalise son premier long métrage, Les Hommes le Dimanche, dont le scénario sera signé par son frère Curt (Le Loup-Garou) mais aussi par deux futurs grands noms du 7ème Art, Billy Wilder (Assurance sur la Mort) et Fred Zinnemann (Le Train Sifflera Trois Fois). Avec l’arrivée au pouvoir du parti national-socialiste et à sa tête Adolf Hitler, en 1933, Siodmak quitte l’Allemagne pour la France où il réalise quelques films avant de s’envoler en 1939 pour les Etats-Unis avec dans ses bagages un style très influencé par l’expressionnisme allemand. Entre son premier film réalisé sur le sol américain en 1941, West Point Widow, et son retour en 1951 en Allemagne Robert Siodmak signera une des références absolue du Film Noir, Les Tueurs (The Killers) avec Burt Lancaster et Ava Gardner. Il n’aura de cesse de travailler entre les deux continents avant de mourir en ’73.

Ne surtout pas se fier au titre français La Proie mais lui préférer son titre original Cry On the City (pleurer sur la ville)! Car même si Robert Siodmak mène de main de maître la chasse à l’homme du tueur de flic (fantastique scène d’évasion et d’arrestation dans une gare), il dresse avant tout le portrait de deux homme diamétralement opposés. D’un côté, un homme, Martin Rome, qui a décidé de tourner le dos à la société pour mener une vie faite de facilité, de vols et de meurtres tout en se donnant bonne conscience à coups de dollars. Ses parents, aveuglés par leur amour pour leur fils, ses amies, aveuglées par son train de vie, et les plus jeunes, aveuglés par la prestance de l’homme, sont tous dupes de celui qui se joue d’eux. Car Rome est d’un égoïsme sans nom, n’hésitant pas à mentir, voler, menacer les siens pour arriver à ses fins. Mais rien, même pas lui, ne pourra empêcher le Destin de frapper.

Ce Destin aura les traits d’une connaissance de longue date de Martin Rome, d’un ami d’enfance, le Lieutenant Candella. Ce dernier est l’antithèse de Rome. Aimant avec les parents de ce dernier, cherchant à sauver ce qui peut encore l’être, le jeune frère du truand ou son amie actuelle par exemple, Candella vient pourtant du même endroit que Martin Rome. Mais il a choisi la difficulté d’une vie de labeur et la défend sans cesse face à ses détracteurs. D’un professionnalisme sans faille, dur quand il le faut, il reste néanmoins respectueux des individus qu’il est amené à interroger ou à arrêter. Contrairement à Rome, il met en jeu sa propre vie pour sauver celle des autres. Deux faces d’une même pièce.

Le film est donc la confrontation de deux hommes à la personnalité aux antipodes l’une de l’autre. Pour les incarner, Siodmak peut s’appuyer sur deux monstres de l’époque, deux gueules immédiatement identifiables, Richard Conte (New-York Confidentiel) et Victor Mature (Le Carrefour de la Mort). Dans la peau du gangster traqué, Richard Conte réussit parfaitement à rendre son personnage détestable à souhait lui qui jusque là interprétait avec classe des anti-héros que l’on aimait aimer. Victor Mature, quant à lui, impose la bienveillance de son visage et son professionnalisme avec un talent certain. Leur face-à-face final dans l’église est un grand moment du Film Noir, poignant à souhait. Difficile d’exister face à tant de charisme. Debra Paget (14 heures), pour son premier film, apporte sa beauté juvénile, Shelley Winters (La Nuit du Chasseur) dans un petit rôle et Hope Emerson (Les Bas-Fonds de Frisco), impressionnante, réussissent malgré tout à tenir leur rôle.

Loin de la simple chasse à l’homme que pouvait laisser craindre le titre français, La Proie est avant tout le portrait d’un homme égocentrique qui, par facilité, a choisi de tourner le dos à l’honnêteté quitte à entraîner ses proches avec lui dans son malheur. Dans un style quasi-documentaire, tourné en décor naturel dans le Bronx, usant des codes du genre, La Proie est une très belle réussite signée Robert Siodmak.

Edition bluray :

Esc Distribution nous propose ici la meilleure façon de (re)découvrir ce très bon Siodmak. Même si cette édition n’est pas exempte de tout défaut, elle a pour elle d’être parfaitement propre. Malgré quelque scènes en très léger retrait et un niveau de détail peu élevé, l’ensemble reste très agréable à regarder. Uniquement proposée en version originale avec sous-titres français non imposés, la bande-son est parfaitement claire, sans souffle, faisant la part belle à des dialogues parfaitement intelligible, à une musique limpide et à des effets d’ambiance parfaitement intégrés.

En guise de bonus, nous retrouvons un documentaire de 32 mn « Le Film Noir selon Robert Siodmak« .

Le film est disponible en dvd ici et en bluray ici.

Fiche technique :

  • Réalisation : Robert Siodmak
  • Scénario : Ben Hecht et Richard Murphy
  • Musique : Alfred Newman
  • Photographie : Lloyd Ahern
  • Montage : Harmon Jones
  • Pays d’origine : États-Unis
  • Genre : Film Noir
  • Durée : 95 mn

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

%d blogueurs aiment cette page :