La Septième Victime (The Seventh Victim)

La Septième Victime (The Seventh Victim)

Synopsis : Mary Gibson, jeune orpheline, se lance à la recherche de sa sœur aînée disparue après s’être installée à New-York. Elle se heurte rapidement à une secte palladiste.

Critique : A l’origine du projet, le duo de scénaristes Charles O’Neal et DeWitt Bodeen imagine l’histoire d’une jeune fille cherchant à identifier un orphelin et le sauver des griffes d’un tueur en série. L’action devait alors se situer dans les champs pétrolifères de Californie. Mais sous l’impulsion de Val Lewton, puissant producteur de la RKO et versé dans le cinéma d’horreur, des changements drastiques sont réalisés transposant le décor de l’intrigue dans le quartier de Greenwich Village à New-York et nous mettant en présence d’une jeune orpheline recherchant sa sœur disparue. Ainsi naquit l’histoire de La Septième Victime.

D’origine canadienne, Mark Robson (Plus Dure sera la Chute) commence sa carrière comme monteur sur Citizen Kane d’Orson Welles en 1941 puis sur deux films de Jacques Tourneur, La Féline (Cat People) et Vaudou (I Walked with a zombie) respectivement en 1942 et 1943. La même année, il signe, avec La Septième Victime, sa première réalisation. Robson s’appuie sur un vétéran, Nicholas Musuraca (Bedlam, La Griffe du Passé…), pour mettre en lumière cette sombre histoire de disparition. Film des premières fois, le réalisateur ne sera pas le seul débutant sur le plateau. En effet, Kim Hunter, dont c’est ici le premier rôle, est choisie pour incarner la jeune Mary. Elle tournera par la suite dans quelques films avant d’être soupçonnée d’être une sympathisante communiste, l’éloignant ainsi du grand écran avant de connaître un retour en grâce avec l’adaptation de Un Tramway Nommé Désir par Elia Kazan avec Marlon Brando. Ironie du sort, elle décédera en 2002 à Greenwich Village.

Si l’on peut faire un reproche au scénario de La Septième Victime, c’est son incapacité à choisir entre film noir et horreur voire, plus simplement, à trouver un juste équilibre entre ces deux genres.

La première partie pose les bases solides d’une enquête policière au cours de laquelle notre héroïne glane des renseignements auprès des nombreuses personnes que ses recherches amènent à rencontrer, ami(e)s ou ennemi(e)s. Cette partie est aussi un moyen pour donner vie à la sœur de Mary, jusque là toujours invisible, et en dresser son portrait, portrait d’une femme attirée par la mort. Le rythme est enlevé, le suspense bien présent comme lors de cette scène d’intrusion nocturne dans un salon de beauté se soldant par la mort du détective privé, celle du métro ou bien encore celle de la douche renvoyant au Psychose d’Hitchcock. L’irruption dans une intrigue somme toute banale mais efficacement menée d’un culte satanique semble alors vouloir faire basculer le récit dans l’horreur.

Malheureusement, les scénaristes semblent hésiter. Manque d’expérience dans le cinéma d’horreur? Illégitimité du projet? Il y a fort à parier que le producteur Val Lewton y est pour beaucoup, lui qui a produit de très nombreux films d’horreur pour le compte de la RKO. Et c’est là que se situe le plus gros défaut de cette seconde partie. Du fait d’une écriture moins aboutie, le culte ne provoque pas la peur escomptée. Nul sentiment de menace ne vient étreindre véritablement le spectateur qui ne comprend pas comment des individus n’appartenant pas à la secte ont autant de facilité à entrer en contact avec ses membres et qu’aucune action violente n’est perpétrée au nom du Diable! Malgré une présence historique indéniable, le paladisme (culte luciférien au sein d’une loge franc-maçonnique) n’est jamais expliqué, ce qui est également dommageable.

Mais Robson parvient malgré tout à redresser la barre au cours d’un dernier acte enlevé. Bâclant son épilogue « luciférien » par un Notre Père quelque peu malvenu, il nous offre juste avant une scène tendue de poursuite dans les ruelles obscures et humides de la ville avant de conclure par une scène hors-champ marquante.

Kim Hunter relève avec un brio certain la gageure qui est la sienne. Débutante, de presque tout les plans, elle porte à elle seule toute l’aspect dramatique de l’histoire. Son visage, digne héritier du cinéma muet, est une véritable fenêtre ouverte sur les sentiments éprouvés par son personnage. Elle parvient également à faire évoluer ce dernier, à s’émanciper au cours de l’histoire, la faisant passer de jeune orpheline à femme qui se suffit à elle-même. Face à elle, le reste du casting semble plus effacé tout en assurant dans des rôles insuffisamment écrits. Jean Brooks, quand à elle, reste marquante de par sa capacité à rendre son visage et ses yeux vides de toute vie, comme indifférente au monde qui l’entoure. La macabre conclusion du film abondera définitivement dans ce sens.

Déséquilibré par deux parties traitées de façon inégale, La Septième Victime n’a pas rencontré à l’époque l’accueil critique et commercial escompté par la RKO. Avec le temps, les jugements ont évolué et un certain culte entoure désormais cette œuvre. Malgré ses défauts, le film reste agréable à suivre et, dans une certaine mesure, ouvre la voie au Rosemary’s Baby de Polanski.

Edition dvd :

Les Editions Montparnasse nous propose de (re)découvrir La Septième Victime via leur collection RKO. Ce titre ne fait clairement pas partie des meilleurs de la sélection en terme de qualité technique. L’image s’avère tremblotante, parfois floue et avare en détails. Quelques scènes sortent cependant du lot et laissent deviner ce qu’aurait donné un master parfaitement nettoyé. Remarque identique pour une bande-sonore, en version originale uniquement, souffrant d’un léger souffle discontinu.

Au rayon bonus, nous retrouvons une présentation du film par Serge Bromberg.

Fiche technique :

  • Réalisation : Mark Robson
  • Scénario : Charles O’Neal et DeWitt Bodeen
  • Photographie : Nicholas Musuraca
  • Montage : John Lockert
  • Musique : Roy Webb et Gustav Mahler
  • Pays : Etats-Unis
  • Durée : 71 mn

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