La Terre a Tremblé (The Shock) – Lon Chaney

La Terre a Tremblé (The Shock) – Lon Chaney

Synopsis :

Wilse Dilling, un malfrat infirme, est aux ordres de Queen Anne qui règne sans partage sur le quartier de Chinatown. Envoyé dans une petite ville, Dilling tombe sous le charme d’une belle jeune femme et oublie non sans mal son passé. Mais le Destin n’en a pas fini avec lui. Ni avec ses antagonistes.

Critique :

Les règles sont, parfois, faites pour être contournées. Et cela est d’autant plus aisé lorsque l’on a soi-même édicté lesdites règles. Abandonnons le temps de quelques lignes pré-code, film noir et autre néo-noir pour nous intéresser à la période muette du Hollywood des années 20 et à ce La Terre a Tremblé, précurseur de bien de titres à venir.

Originaire de l’Empire allemand, Carl Laemmle débarque à New York à l’âge de 17 ans. Travaillant comme aide comptable, le jeune homme économise et finit par investir dans le nouveau divertissement en vogue, le cinématographe, en créant la société de distribution The Laemmle Film Service. Société qu’il revend dès 1912 pour passer à la vitesse supérieure en développant la Universal Film Manufacturing Company aka Universal Pictures. Il sera remplacé à la tête de ce désormais empire en 1928 par son propre fils. Parmi les stars du Studio, un certain Lon Chaney. La Terre a Tremblé est basé sur une nouvelle signée William Dudley Pelley, romancier versant dans l’occultisme avant de fonder un parti fasciste et d’être condamné à la prison pour sédition, The Pit of the Golden Dragon dont Laemmle obtient les droits. L’adaptation de cette histoire de malfrat cherchant à se ranger est confiée au scénariste Charles Kenyon (La Forêt Pétrifiée d’Archie Mayo avec Bette Davis et Humphrey Bogart). La photographie est l’œuvre de Dwight Warren (La Dernière Chevauchée).

Il est des œuvres qui recèlent en leur sein la quintessence même d’un genre. La Terre a Tremblé est de celles-ci. Tout y est. Le truand, marqué par le Mal au plus profond de sa chair, en quête de rédemption. La femme fatale qui ici n’opère pas dans l’ombre mais en pleine lumière, du moins autant que son statut le lui permet. Une intrigue on ne peut plus tortueuse où les faux-semblants succèdent aux traîtrises. Un quartier hanté par de dangereux individus servant sans état d’âme leur maîtresse. Et au milieu de ce cloaque, la figure virginale d’une jeune femme bien sous tout rapport, Gertrude Hadley.

Tout au long de ses 70 minutes, La Terre a Tremblé va s’employer à développer le personnage principal au travers plusieurs de ses aspects. Wilse Dilling (Lon Chaney totalement habité) est un truand craint dans le Milieu mais également par la Police. Le Mal l’a mué en un être aux membres inférieurs inutiles, quasi morts. Les béquilles dont il se sert pour se déplacer rendent son apparence inquiétante et difforme. Mais son exil dans un havre de paix va lui faire prendre conscience de la futilité de son existence. Ses choix vont se porter sur la sauvegarde de l’autre. Et peu à peu, son corps va se transformer, s’améliorer, se redresser. Ayant risqué sa vie pour autrui, il sera justement récompensé. Il retrouvera l’usage de ses jambes et connaîtra enfin l’amour. L’amour d’une jeune femme, Hadley, qui ne pouvait être qu’enseignante, à l’esprit suffisamment ouvert pour accepter l’handicap de Dilling.

Le Bien, le Mal. Autant de symboles ancrés dans la Société. Mais pas seulement. Nous sommes au début des années 20 et la prohibition bat son plein. Les ligues de vertus, toute puissante, brandissent la Bible comme autant de glaives. Dans La Terre a Tremblé, ce saint ouvrage est bien présent. C’est ce livre qu’offre Gertrude à Willis afin que ce dernier trouve les réponses aux questions qui le hantent. Au moment critique de l’intrigue, lorsque sa vie et celle de sa dulcinée seront menacées, c’est vers la religion et la prière que se tournera notre malfrat nouvellement repenti. Et Dieu lui répondra par un violent séisme qui détruira l’engeance des bas-fonds de San Francisco et les laisseront, eux, saufs. L’honneur est sauf et la censure satisfaite.

Malgré un traitement bien-pensant, un vrai grand film de genre qu’il serait dommage de ne pas découvrir. Une édition digne de ce nom ne serait d’ailleurs pas du luxe.

Edition dvd :

Il fallait s’y attendre. La Terre a Tremblé n’a jamais aussi bien porté son nom. L’image est on ne peut plus tremblante, accidentée, sur ou sous-exposée… Pire, force est de constater que la copie provient directement de l’une des quelques chaînes qui proposent ce film. Le son rend parfaitement hommage à la belle partition signée Robert Israel.

Au rayon bonus, un documentaire sur le duo Tod Browning / Lon Chaney sans aucun lien avec le film présenté ici.

Fiche technique :

  • Réalisation : Lambert Hillyer
  • Scénario : Charles Kenyon et Arthur Statter
  • Photographie : Dwight Warren
  • Pays : Etats-Unis
  • Genre : Policier
  • Durée : 70 minutes
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