La Veuve Couderc

La Veuve Couderc

Synopsis :

Jean, criminel en cavale, se fait embaucher comme ouvrier de ferme par la veuve Couderc. Rapidement devenu son amant, il entretient également une relation charnelle avec Félicie, jeune fille-mère de 16 ans et nièce de sa patronne.

Critique :

La Veuve Couderc trouve ses origines dans le roman éponyme de George Simenon écrit en 1940 et publié deux ans plus tard. Si l’idée générale de l’histoire est conservée, Pascal Jardin, scénariste, va prendre quelques libertés avec le matériau de base. La localisation des lieux du drame se déplace du département de l’Allier, cher à Simenon, au département de la Côte d’Or. Quant à sa conclusion, elle est devient bien plus spectaculaire sous la plume de Jardin, tournant ainsi le dos à l’intimisme de l’écrivain. Probablement influencé par un père directeur de cabinet de Pierre Laval sous le gouvernement de Vichy durant l’occupation allemande, il choisit de situer son histoire quelques années avant le début de la seconde guerre mondiale en mettant l’accent sur la montée en France de l’antisémitisme et une certaine propension à la délation.

Connu pour sa rapidité d’écriture, Pascal Jardin sera amené à travailler avec Pierre Granier-Deferre sur La Horse (1970), Le Chat (1971), La Veuve Couderc (1971), Le Train (1973), La Cage (1975) et enfin Le Toubib (1979).

Pierre Granier-Deferre retrouve avec La Veuve Couderc le monde paysan seulement un an après La Horse. Si dans ce dernier, il dressait le portrait d’une famille soudée par la main-mise d’un patriarche tout puissant, il choisit ici de nous présenter une famille détruite par la mort de l’un de ses membres. Dès lors, la veuve Couderc, considérée comme une pièce rapportée, ne doit de conserver ses possessions mobilières qu’à sa volonté de faire front face aux attaques répétées de la sœur du défunt et à gérer la ferme qui l’a vu passer du statut d’enfant à celui de femme. Attaques qui s’avèrent bien faibles tant la Couderc est une femme au fort caractère, hérité d’une adolescence brisée par un viol, que rien ne semble pouvoir détruire. Sauf peut-être sa nièce, belle jeune fille fort peu farouche, qui oppose à son corps usé par le travail une jeunesse insolente. Ressenti qui va se trouver exacerbé par l’arrivée d’un beau et jeune vagabond.

Jean est un criminel en cavale, vagabond affublé de faux papiers d’identité. Sa rencontre fortuite avec la veuve Couderc lui offre l’occasion de trouver pour quelques jours un havre de paix, une planque mais aussi la possibilité de briser la solitude qui est son quotidien. Ces deux êtres étaient faits pour se rencontrer, leur rapprochement inéluctable, même si leur appréhension de l’existence semble différente. Quand Jean fuit devant les difficultés, la veuve Couderc reste campée sur ses deux jambes et affronte l’adversité. Les opposés s’attirent. Et finalement la Couderc devient la maîtresse de Jean. Mais autour de ce qui pourrait devenir leur jardin d’Eden, matérialisé par ce pont levant qui les sépare du reste du village, gravite la belle Félicie.

Bien que ne se séparant jamais de son bébé qu’elle porte lové contre son sein, Félicie est l’opposée même de l’image iconique de la Vierge à l’Enfant. Tentatrice malgré elle, elle est la pomme de la Génèse. Affichant une sexualité que l’on devine sans limite, probablement par manque d’éducation, elle est considérée par les villageois comme une Marie-couche-toi-là. Jean va succomber à l’attirance qu’il éprouve pour ce qui reste une jeune fille et commettre l’irréparable en « croquant » dans la pomme. Cet acte odieux aux yeux des parents de la jeune fille, odieux uniquement parce qu’il a été commis par un étranger au village, va leur fournir le moyen fallacieux de prendre l’ascendant sur la veuve Couderc et ainsi récupérer les biens qu’ils convoitent depuis la mort du frère. Cette dernière sera alors dénoncée aux autorités comme hébergeant un criminel et Jean accusé d’un viol qu’il n’a pas commis.

Dès lors, le film prend une tournure politique et historique que l’on sentait venir depuis quelque temps. Les murs de l’église portent des inscriptions antisémites, des groupuscules d’anciens militaires se proposent d’aider les forces de l’ordre à débusquer les « étrangers ». Tout cela laisse présager le pire pour l’avenir du pays. La réponse à cette délation se fera dans la violence, approuvée par le Préfet, avec force gendarmes mobiles et gardes républicains mobiles. Pascal Jardin et Pierre Granier-Deferre règlent ici leur compte avec une France collaborationniste et plus récemment répressive renvoyant aux évènements de mai 68 encore bien présents dans tous les esprits.

Est-il nécessaire de revenir sur les prestations de Simone Signoret et Alain Delon ? Que dire sinon que l’on atteint la perfection et même plus à certains moments ? Place donc à Ottavia Piccolo. Après un début de carrière en 63 avec Le Guépard, elle irradie de sa présence chaque film auquel elle participe. Pour La Veuve Couderc, son naturel, son charme animal touchent au cœur le spectateur. Avec très peu de lignes de dialogue, elle parvient par un regard, une mimique à faire passer les émotions qui l’habitent. Face à eux, le reste du casting semble bien pâlot ! D’autant que les personnages masculins sont comme absents, traités sans réel considération. Peut-être une façon de représenter l’absence de certains après un meurtrier premier conflit mondial.

A l’image de ces péniches si chères au cœur de Simenon, le film déroule tranquillement son intrigue, sans heurt, exception faite de rares éclats de voix et d’un final pétaradant faisant penser au Butch Cassidy et Billy the Kid de George Roy Hill. Pierre Granier-Deferre réussit une belle études de caractère autour d’un trio amoureux que l’on pourrait rapprocher de Les Proies de Don Siegel et orchestre un nouveau très beau face-à-face entre deux monstres sacrés du cinéma. Nous ne sommes pas loin du western provincial !

Edition bluray :

Bénéficiant d’une restauration 4K de qualité effectuée à partir du négatif original, La Veuve Couderc nous est présenté dans une copie exempte de tout défaut, au grain parfaitement maîtrisé et au niveau de détail élevé. Le rendu très cinéma a été heureusement conservé. La bande-son est claire, précise tout en faisant la part belle à la musique de Philippe Sarde. Encore du très beau travail signé Coin de Mire Cinéma.

En plus des sempiternelles réclames publicitaires, actualités d’époque et bandes-annonces des six films composant la fournée de septembre, Coin de Mire Cinéma nous propose en plus une interview du réalisateur Pierre Granier-Deferre. Comme tous les titres de la collection La Séance, La Veuve Couderc est présenté dans un coffret digibook numéroté et limité à 3000 exemplaires accompagné d’un livret de 24 pages.

Des informations sur la restauration de La Veuve Couderc ? C’est par ici.

La Veuve Couderc est disponible directement auprès de Coin de Mire Cinéma ici.

Fiche technique :

  • Réalisation : Pierre Granier-Deferre 
  • Scénario : Pascal Jardin
  • Photographie : Walter Wottitz
  • Montage : Jean Ravel
  • Musique : Philippe Sarde
  • Pays : France / Italie
  • Genre : drame psychologique
  • Durée : 92 minutes
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One thought on “La Veuve Couderc

  1. Pierre Granier-Deferre s’était fait une spécialité d’adapter Simenon. Et la Veuve Couderc est certainement avec Le chat un des mieux réussis. Pour les réflexions antisémites, il faut se souvenir que Simenon avait écrit des articles dans une rubrique qu’il tenait et qui se dénommait « Le péril juif ». C’est d’ailleurs pour cela – et aussi pour son frère qui était ouvertement nazi – qu’il retarda son retour en France de peur de se faire inquiéter. L’interprétation est en effet excellente. Dans ce très bon film il manque tout de même un petit quelque chose, un peu de style peut-être.

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