La Veuve Noire (Black Widow)

La Veuve Noire (Black Widow)

Synopsis : Alexandra Barnes, jeune agent fédérale, se lance sur les traces d’une femme aux nombreuses identités qu’elle soupçonne de tuer ses maris pour hériter.

Critique : 1987. Bob Rafelson, après une période d’inactivité de six ans suite au tournage de Le Facteur Sonne Toujours Deux Fois avec Jack Nicholson et Jessica Lange, s’attaque au scénario de La Veuve Noire signé Ronald Bass. Debra Winger ( La Main Droite du Diable de Costa-Gavras, Un Thé au Sahara de Bernardo Bertolucci…) et Theresa Russell (Le Dernier Nabab d’Elia Kazan, Sexcrimes de John McNaughton…) occupent le haut de l’affiche d’un thriller féminin et féministe. Le casting masculin est quand à lui cantonné au second rôle même si le rôle de Sami Frey (Mortelle Randonnée de Claude Miller, Le Garde du Corps de François Leterrier qui reprend le même scénario en inversant les rôles féminins / masculins…) est quelque peu plus étoffé que celui d’un Dennis Hopper (La Peur au Ventre de Stuart Heisler, Easy Rider et Colors qu’il réalise…)  réduit à moins d’une minute de présence à l’écran. Seul Terry O’Quinn (La Porte du Paradis de Michael Cimino…) sort son épingle du jeu en patron inquiet de Debra Winger et nourrissant des sentiments pour cette dernière.

Dès le début du film, tout suspense est balayé. Le visage de la tueuse et ses motivations nous sont révélées dès les premières minutes. Theresa Russell charme, se marie, tue et enfin hérite de son défunt et fortuné époux. L’accent est mis sur sa beauté, sa classe, sa présence magnétique qui ne laisse indifférent aucun homme. En parallèle, nous faisons la connaissance d’une Debra Winger complètement absorbée par son travail, probablement pour compenser une vie personnelle que nous devinons sans intérêt. Dépourvue de charme, mal habillée, négligée, elle est aux antipodes de Theresa Russell. Mais ces deux faces d’une même pièce ne sont pas si éloignées l’une de l’autre.

Theresa Russell, avec intelligence, absorbe quantité d’informations sur sa cible et ne la lâche plus jusqu’à ce qu’elle obtienne ce qu’elle veut. Debra Winger agit de même et est considérée comme la meilleure analyste criminelle de son département. Le réalisateur nous met en présence de deux chasseresses qui inévitablement finiront pas se rencontrer. Et tout l’intérêt se situe justement dans ce face-à-face exclusivement féminin. Les deux femmes feront connaissance et se lieront d’amitié, Debra Winger profitant de cette relation pour s’épanouir et s’affirmer aux yeux des autres. Encore une fois, le réalisateur ne s’embarrassera pas de suspense et les masques tomberont rapidement conduisant Theresa Russell et Debra Winger a joué à un jeu du chat et de la souris fatal pour l’une d’elle.

Debra Winger est parfait dans le rôle de cet agent qui n’arrive pas à sortir de son train-train quotidien sous prétexte qu’elle est une femme et qui trouvera la force de s’imposer aux yeux des hommes en « fréquentant » une Theresa Russell qui, elle, domine les hommes par son intelligence et sa beauté. Autre facette de son personnage si ambiguë, à aucun moment, on ne ressent de la vénalité dans ses faits et gestes, comme si elle agissait par instinct, naturellement, à l’image de la veuve noire.

Quid du casting masculin, alors? Le néo-noir semble avoir changé la donne dans le rôle tenu par les femmes. Là où elles étaient dominées par les hommes tout en étant le vecteur principal de la trame scénaristique, le néo-noir place la femme sur le devant de la scène dans des rôles forts, dominant la gente masculine. Bound de Larry et Andy Wachowski avec Gina Gershon et Jennifer Tilly, Basic Instinct de Paul Verhoeven avec Sharon Stone, Sliver de Philip Noyce toujours avec Sharon Stone ou Last Seduction de John Dhal avec Linda Fiorentino en sont les parfaits exemples. La Veuve Noire est donc à ranger, de par sa filiation féministe, aux côtés de ces différents films. Et les personnages masculins sont donc réduits à faire de la quasi figuration mettant systématiquement en avant les deux héroïnes. Nous croisons donc un détective privé, amateur de drogues, qui finira mal, un agent fédéral incompétent sans parler des divers maris qui connaîtront tous une fin funeste. Seuls Sami Frey et Terry O’Quinn auront le droit d’interpréter des personnages un peu consistants dont l’unique but est de faire avancer l’intrigue et mettre en valeur leurs pendants féminins. Un peu comme le faisaient les actrices des années 40 et 50.

Film au scénario classique mais à l’interprétation féminine de très grande qualité, La Veuve Noire s’impose comme une petite référence féministe du milieu des année 80 où la mode était alors à la testostérone.

Edition bluray :

BQHL nous permet de (re)découvrir La Veuve Noire dans ce qui est à ce jour la meilleure version sur support physique. Belles couleurs, grain cinéma préservé, master immaculé. Fourmillement maîtrisé. Les différentes versions sonores sont toutes parfaites, puissantes, sans souffle. C’est du tout bon!

Fiche Technique :

  • Réalisation : Bob Rafelson
  • Scénario : Ronald Bass
  • Montage : John Bloom
  • Musique : Michael Small
  • Pays d’origine : Etats-Unis
  • Genre : Néo-noir
  • Durée : 102 mn

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