L’Ambassadeur versus Paiement Cash

L’Ambassadeur versus Paiement Cash

Synopsis :

Alors qu’il tente de rétablir le dialogue entre israéliens et palestiniens, l’ambassadeur des Etats-Unis, Peter Hacker, est victime d’un chantage après que sa femme ait eu une liaison avec un antiquaire, membre éminent de l’O.L.P. / Pour une aventure extra-conjugale, l’entrepreneur Harry Mitchell est victime de trois maîtres-chanteurs. Refusant de prévenir la police, il s’emploie à monter ses rançonneurs les uns contre les autres.

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Il est toujours agréable de constater à quel point deux réalisateurs peuvent avoir des visions totalement différentes d’une même œuvre. Il est question ici de Fifty-Two Pickup, roman écrit par Elmore Leonard et traduit en France en 1987 sous le titre Paiement Cash lors de sa parution aux Presses de la Cité. Roman qui se verra donc adapté à deux reprises. Une première fois en 1984 par J. Lee Thompson (Jack ou John, c’est selon) sous la houlette de la Cannon et ses deux démiurges Yoram Globus et Menahem Golan, puis en 1986 par John Frankenheimer toujours pour le compte du studio aux productions hautes en couleur (Le Justicier dans la Ville 2 et suivants, Le Messager de la Mort…). Retour sur ces deux adaptations diamétralement opposées que sont L’Ambassadeur : Chantage en Israël et Paiement Cash avant d’en tirer les conclusions qui s’imposent.

L’Ambassadeur : Chantage en Israël (The Ambassador) – 1984

Critique :

Bien que l’on retrouve au centre de l’intrigue l’histoire de chantage sur fond d’adultère qui servait de base au roman, L’Ambassadeur : Chantage en Israël la noie littéralement dans un contexte géopolitique explosif. Il est évident que les parties de jambes en l’air de madame l’ambassadrice ne sont qu’un prétexte pour Golan / Globus d’aborder le conflit israélo-palestinien qui ensanglante leur pays d’origine. Le passif des deux gaillards, plus habitués aux gros sabots qu’aux ballerines, pourrait laisser craindre le pire. Il n’en est rien. Les scénaristes Ronald M. Cohen (El Gringo) et Max Jack ont l’art et la manière de ménager la chèvre et le chou. Ces derniers se gardent bien de désigner l’un des deux camps comme à l’origine du problème. L’ennemi devient extérieur sans être véritablement nommé même si les syriens, taxés de terroristes, et les russes, plus précisément le KGB, sont vaguement cités. Le propos du film est tellement humaniste que L’Ambassadeur : Chantage en Israël ferait presque tâche dans la filmographie du Studio. Loin des excès de violence habituels, ce dernier est ponctué de discours, certes simplistes mais sincères, prônant la paix et le dialogue entre les peuples. Et cette sombre histoire de se conclure par un dernier plan où une foule, que l’on devine composée d’hommes et de femmes de diverses origines, rend hommage en scandant « paix ! » à la lueur de lampions à l’adresse d’un individu, bien évidemment américain, qui aura consacré sa vie à tenter de rétablir la paix entre les peuples.

L’Ambassadeur : Chantage en Israël reste néanmoins une production de la Cannon avec tout ce que cela implique. Le film s’ouvre sur une fusillade entre membres de l’OLP, terroristes et militaires de Tsahal pour se conclure par le massacre de nombreux étudiants israéliens et palestiniens dans des ruines, le tout saupoudré de quelques plans bien sanguinolents. Efficace, cette dernière séquence est aujourd’hui d’autant plus marquante qu’elle trouve un écho particulier dans les attaques qui ont ensanglanté la salle du Bataclan, la configuration des lieux rappelant celle de la salle de spectacle avec cette cour intérieure où les étudiants tentent de prendre la fuite alors que les terroristes surplombant les lieux les mitraillent. Entre ces deux séquences, J. Lee Thompson orchestre tant bien que mal ce bal des espions. La multitude de personnages et de sous-intrigues rend le tout nébuleux et forcent le spectateur à la plus grande des attentions. Et il faut rester attentifs pour ne rien perdre d’une intrigue forcément obscure, espionnage oblige. L’ensemble se suit néanmoins sans déplaisir, le réalisateur emballant le tout avec professionnalisme.

Sacré casting que celui de L’Ambassadeur : Chantage en Israël. Robert Mitchum (La Griffe du Passé), tout en décontraction comme à son habitude mais qui a au moins le bon goût de sembler croire aux discours qu’il déclame face aux diverses assistances. Rock Hudson (The Fat Man) en chef de la sécurité, se contente de serrer les mâchoires, son rôle se délitant au fur et à mesure que l’intrigue avance. Donald Pleasence (Contre une Poignée de Diamants) en ministre israélien assure sans pour autant marquer les esprits. Il en est autrement d’Ellen Burstyn (L’Exorciste, The Yards). On sait l’actrice engagée et sans peur. Alors âgée de 52 ans, elle n’hésite pas à apparaître à plusieurs reprises dans le plus simple appareil (production Cannon oblige) et se fend de quelques scènes où elle joue (ou pas d’ailleurs) très bien les alcooliques. Son interprétation de femme délaissée mais amoureuse est parfaite. Fabio Testi (Le Tueur, Les Quatre de l’Apocalypse), pourtant doté de peu de scènes, tire très bien son épingle du jeu.

Edition blu-ray :

Jaquette du dvd et du blu-ray du film L'Ambassadeur

Après un générique très légèrement endommagé, la copie de L’Ambassadeur : Chantage en Israël s’avère particulièrement bien définie. Les couleurs sont pimpantes et le niveau de détail élevé. Les scènes nocturnes sont gérées à la perfection. La bande-son proposée en version originale sous-titrée français et en version française est sans souffle et sait se montrer puissante quand il le faut. Le score de Dov Seltzer (Raid sur Entebbe) est bien mis en valeur ce qui rend les morceaux sirupeux, heureusement peu nombreux, quelque peu indigestes.

Un temps prévu courant novembre, L’Ambassadeur : Chantage en Israël a dû être repoussé au 22 mars prochain. En cause, la pénurie de carton actuelle ayant eu raison des fourreaux prévus par Sidonis Calysta pour ce titre.

Fiche technique :

  • Réalisation : J. Lee Thompson
  • Scénario : Ronald M. Cohen et Max Jack
  • Musique : Dov Seltzer
  • Photographie : Adam Greenberg
  • Montage : Mark Goldblatt
  • Pays  États-Unis –  Israël
  • Genre : Action
  • Durée : 97 minutes

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Paiement Cash (52 Pick-up) – 1986

Critique :

Retour aux sources du noir pour cette nouvelle adaptation de 52 Pick-Up. La Cannon, encore une fois aux commandes, fait appel à John Steppling, qui vient d’être nominé pour le prix Pulitzer pour The Shaper, et surtout à Elmore Leonard, auteur du roman originel, pour en tirer la version le plus fidèle possible. Pour la réalisation, Golan / Globus débauche John Frankenheimer, faiseur efficace ayant livré d’excellents films comme Le Prisonnier d’Alcatraz avec Burt Lancaster, Un Crime dans la Tête avec Frank Sinatra et French Connection 2 avec Gene Hackman et le frenchie Bernard Fresson ou hautement sympathiques comme Prophecy : Le Monstre avec Talia Shire ou A Armes Egales avec Scott Glenn et Toshiro Mifune. La photographie va jouir du travail d’un petit nouveau. Du moins à Hollywood. Paiement Cash est le premier film sur lequel travaillera Jost Vacano aux Etats-Unis. Ce n’est pourtant pas un débutant. Ce dernier a fait ses armes en Europe auprès de Paul Verhoeven (Spetters) et Wolfgang Petersen (Das Boot, une vraie gageure). Son travail avec Frankenheimer ne sera qu’une parenthèse puisqu’il retrouvera très vite son compatriote, le hollandais violent, pour le premier film américain de ce dernier (RoboCop).Suivront Total Recall, Showgirls, Starship Troopers et Hollow Man. Le montage est assuré par Robert F. Shugrue (Dead Bang avec Don Johnson).

Retour au bercail pour cette nouvelle mouture, même si Detroit est délaissé au profit de Los Angeles, cité des anges le plus souvent déchus. Harry Mitchell a tout pour être heureux. Une belle femme, une belle maison, une belle situation, une belle voiture. Mais tout cela ne l’empêche pas d’aller voir ailleurs si l’herbe est plus verte, de vouloir s’encanailler, retrouver une seconde jeunesse. Direction des lieux que le soleil californien n’illumine que très rarement. Il y rencontre une étudiante qui arrondi ses fins de mois dans une sordide boîte de strip-tease. L’histoire pourrait virer au conte de fée si la jeunette n’était sous la coupe d’un adepte du chantage et de la pornographie. Et Alan Raimy s’y connait pour mettre la pression sur ses proies, bien aidé en cela par ses complices Bobby et Leo. Mais Mitchell n’est pas la victime toute désignée espérée par le trio. John Frankenheimer filme la révolte d’un homme blasé qui refuse que sa femme ne soit le dommage collatéral de son infidélité, elle qui jusque là s’est effacée à son profit. Ne pouvant la compromettre, il va jouer un jeu dangereux, celui de tenter de monter les uns contre les autres des complices que l’on imaginait bien plus soudés. Mitchell, obsédé par le but qu’il poursuit, sacrifiera sciemment et indirectement tous les acteurs du drame. La morale s’en trouve quelque peu secouée. D’autant plus que le réalisateur n’oublie pas que l’âme humaine peut être sombre et confronte son héros à la sienne par le truchement de son propre reflet dans les écrans télévisés servant à diffuser ses promenades bucoliques et autres ébats sexuels avec sa dulcinée. Ainsi mis face à sa trahison, Mitchell se rachète une conduite en prenant conscience du mal qu’il a pu faire et en punissant, sans trop se salir les mains, ceux qui ont osé s’en prendre à sa famille. La morale – américaine – est sauve.

Si Roy Scheider (Le Convoi de la Peur, Meurtres en Cascade) est toujours aussi impeccable dans les rôles qu’il a à interpréter et que Ann-Margret, retrouvant son partenaire de Un Homme est Mort, s’en tire avec les honneurs en femme bafouée, Paiement Cash est surtout l’occasion de profiter de l’abattage des acteurs incarnant le trio de maîtres-chanteurs. John Glover (Soleil de Nuit, Masquerade) est parfait dans son rôle de maître du jeu désaxé et pornophage tout comme Robert Trevor (La Rose Pourpre du Caire) en patron gay de boîte de strip-tease. Mais la palme revient sans contexte à Clarence Williams III (Les Vrais Durs ne Dansent pas, Les Seigneurs de Harlem), hallucinant et halluciné tueur arborant une veste de treillis rappelant nombre de vétérans du Vietnam ayant sombré dans la délinquance suite à leur abandon par la société américaine. Complété par les très belles Vanity (Le Monstre du Train, Action Jackson) et Kelly Preston (Le Justicier de Minuit, Christine), Paiement Cash met en scène de nombreuses stars du X comme Randy WestTom ByronAmber LynnSharon MitchellRon JeremyHerschel SavageErica BoyerBarbara DareCara Lott et Jamie Gillis. Ces présences, taxées de gratuites et de putassières par certains, ont leur place dans l’histoire. On parle ici de prostitution, de pornographie. Nous sommes dans l’univers du néo-noir qui n’a rien de la comptine pour enfants. L’ensemble est glauque. Qu’on se le dise.

Edition blu-ray :

Très bon master pour ce Paiement Cash même si certains plans lors du générique et de la scène suivante s’avèrent flous. La barre est cependant vite redressée avec une copie exempte de tout défaut, une colorimétrie parfaitement respectée. Le niveau de détail est élevée et le grain parfaitement géré. Aucun problème de fourmillement. La bande-son, proposée en version originale sous-titrée français et en version française, sait se montrer puissante lorsqu’il le faut et fait la part belle au score signé Gary Chang (Piège en Haute Mer, The Substitute – tout dans la dentelle…).

Au rayon bonus, Sidonis Calysta nous propose une présentation d’Olivier Père de 43 mn, un documentaire sur John Frankenheimer de 59 mn et la bande-annonce.

Paiement Cash (52 Pick-Up) est disponible directement auprès de Sidonis Calysta en dvd ici et en blu-ray ici.

Fiche technique :

  • Réalisation : John Frankenheimer
  • Scénario : John Steppling et Elmore Leonard
  • Musique : Gary Chang
  • Photographie : Jost Vacano et Stephen Ramsey
  • Montage : Robert F. Shugrue
  • Pays  États-Unis
  • Genre : Thriller
  • Durée : 110 minutes

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Un roman, deux visions. Mais laquelle de deux est la plus recommandable ? La réponse en 3 points.

  • Le scénario : Dans les deux cas, le chantage naît d’une aventure extraconjugale, à la différence près que la femme est fautive dans la version 84, contrairement à celle de 86 où c’est l’homme qui va baguenauder ailleurs. Mais la plus grosse différence réside dans le traitement même du sujet. Contexte géopolitique par L’Ambassadeur : Chantage en Israël contre contexte familial tendu pour Paiement Cash. La profusion de sous-intrigues et de personnages fait que ma préférence va au film de Frankenheimer, bien plus ramassé sur lui même. Avantage Paiement Cash.
  • La réalisation : Si J. Lee Thomson s’en tire avec les honneurs pour rendre les différentes tractations intelligibles, John Frankenheimer cerne bien mieux son sujet en collant au plus près de personnages sombres n’emportant jamais véritablement l’adhésion du public. Mais le plus gros reproche que l’on peut faire à Thompson serait d’avoir laissé sur le bord du chemin le personnage de chef de la sécurité interprété par Rock Hudson pourtant introduit de façon intrigante. Alors je sais que certains relèvent que Frankenheimer a fait de même avec Ann-Margret, la femme de Scheider à l’écran. Mais l’impact est à mon sens bien moindre. Avantage Paiement Cash.
  • L’interprétation : Aucun risque d’être déçu de ce côté-ci. Si Robert Mitchum et Roy Scheider font le job, c’est du côté d’Ellen Burstyn et de John Glover qu’il faut se tourner pour tenter de départager les deux longs métrages. La première est parfaite en femme du monde s’en échappant dans l’alcool et les bras d’un bel inconnu. John Glover est lui aussi très à l’aise dans son rôle de psychopathe soutenu par un exceptionnel Clarence Williams III. Malgré une petite préférence pour la maman de Regan MacNeil, égalité entre L’Ambassadeur : Chantage en Israël et Paiement Cash.

Mon attirance penche donc vers Paiement Cash, ce n’est pas une surprise tant l’esprit du néo-noir y est présent. Mais L’Ambassadeur : Chantage en Israël reste suffisamment sympathique pour que l’on s’y intéresse.

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4 thoughts on “L’Ambassadeur versus Paiement Cash

  1. Passionnant! J’ai vu passer ces deux éditions sans connaître véritablement les films. Mon intérêt se porte davantage sur le Frankenheimer mais il est vrai que l’autre affiche un beau casting. Mais avant tout, j’aimerais bien lire ce roman de Leonard.

    1. Le Frankenheimer est plus dans le thème, bien sombre. Mais le Thompson est divertissant et voir Ellen Burstyn à moitié nue, c’est surprenant! En tout cas, les deux films se complètent bien. Pas déçu d’avoir pu les associer.

  2. Un beau travail comparatif, très complet ! J’ai vu « Paiement Cash » il y a très très longtemps, il est donc nécessaire que je le revois. Ce genre de phrase m’interpelle : « Nous sommes dans l’univers du néo-noir qui n’a rien de la comptine pour enfants. L’ensemble est glauque. » J’aime ! En revanche, je ne connais pas « L’Ambassadeur » mais je sais que ses réceptions sont toujours réussies (envie d’un p’tit Ferrero ?)… Et puis ce sont deux prod Cannon. L’œuvre de Mémé et Yoyo regorge de péloches à redécouvrir (et je ne parle pas de « Superman 4 », hein ?).

    1. J’ai également eu la pub pour Ferrero dans la tête durant tout le film 🙂 Je ne connaissais pas non plus cet Ambassadeur. Ca a été une agréable surprise. mais Paiement Cash est bien au-dessus !

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