L’Assassinat du Père Noël par Christian-Jaque

L’Assassinat du Père Noël par Christian-Jaque

Synopsis :

Un petit village savoyard blotti sous la neige en pleine effervescence. L’école est finie, les préparatifs de Noël battent leur plein, le baron est de retour au pays. Mais la découverte du corps sans vie du gros bonhomme à barbe blanche va venir tout chambouler.

Critique :

Le « cas » de Christian-Jaque ayant déjà été abordé sur ce site à l’occasion de l’article consacré à son film Les Bonnes Causes, attardons-nous plutôt sur le romancier qui a imaginé le meurtre de celui que tous les enfants du monde attendent avec impatience tout au long de l’année, Pierre Véry. Ce dernier tient son goût pour le romanesque et le mystère de sa mère, à l’instar de celle de Bram Stoker. Abreuvé dès son plus jeune âge des légendes charentaises, le jeune Véry ne restera pas les deux pieds dans le même chausson. La découverte des œuvres de Jules Verne ajoutée à une imagination fertile vont l’amener à créer à 13 ans une société secrète dont le but n’est autre que de se rendre aux Etats-Unis ! Mais comme pour tous, l’innocence doit un jour prendre fin. La mort de sa mère ne va stopper sa passion pour la fiction ni même le fait qu’il rejoigne sur Paris un père très terre-à-terre. Il ouvre à 24 ans une librairie d’occasion dans le 6ème arrondissement, il fréquente la Shakespeare and Company et ses habitués tel André Gide. Je suis persuadé que si L’Amour du Noir, passage obligé de tout amoureux du polar dans la Capitale, existait à son époque, il n’aurait pas hésité une seule seconde à en franchir les portes. Après un premier roman au succès d’estime, il cède sa librairie et se lance dans l’écriture. Il écrira jusqu’en 1960, année où il sera terrassé par une crise cardiaque. Les amateurs de romans policiers lui doivent le personnage de Prosper Lepicq, avocat et détective amateur sans le sou, que nous retrouvons notamment dans Les Disparus de Saint-Agil et donc dans L’Assassinat du Père Noël.

Scénario à quatre mains dont celles de Pierre Véry. Le scénariste (Cartouche), dialoguiste (Thérèse Raquin) et même réalisateur (Le Mystère Barton) Charles Spaak l’assiste. Christian-Jaque confie la photographie à Armand Thirard. La photo de La Tête d’un Homme de Julien Duvivier, d’Hôtel du Nord de Marcel Carné, de La Main du Diable de Maurice Tourneur, de Le Salaire de la Peur de Henri-George Clouzot, de La Bataille de San Sebastian d’Henri Verneuil, c’est lui ! Le montage est confié à René Le Hénaff, protégé de René Clair pour qui il a travaillé à de nombreuses reprises (Sous les Toits de Paris, A nous la Liberté, Le Quai des Brumes, Le Jour se Lève).

Si Christian-Jaque conserve les grandes lignes du roman en plantant le décor de son intrigue au sein d’un village isolé marqué par un vol suivi d’un meurtre, il prend très vite ses distances avec son matériau d’origine. Comme si la résolution de l’enquête policière qui nous occupe l’intéressait moins que de dresser le portrait d’un bourg où il fait bon vivre. Exit donc la Meurthe et Moselle, les multiples tentatives de vol des diamants de la châsse et surtout le marquis de Santa Claus (notez le clin d’œil humoristique de Véry) alias Prosper Lepicq et par conséquent ses mésaventures qui le menaient à identifier le ou les coupables. Nous voici désormais en Savoie au milieu de ses hautes montagnes enneigées sans trace du fameux marquis remplacé par un baron de retour au bercail après plusieurs années à arpenter le vaste monde. L’aspect whodunit du roman est totalement abandonné. Personne ne mène véritablement l’enquête si ce n’est le maire de la commune aidé dans sa tâche par les notables du village dont les soupçons se portent inévitablement sur les excentriques et les étrangers du pays. Les honneurs de la résolution de l’énigme reviendront, une fois n’est pas coutume, à la maréchaussée. Maréchaussée qui sera, à son corps défendant, à l’origine d’un comique de répétition savoureux dans le dernier tiers du métrage. Ce traitement plus que léger de l’aspect policier pourrait en dérouter plus d’un. J’en conviens. Et pourtant…

Et pourtant la magie opère et L’Assassinat du Père Noël est tout sauf dénué d’intérêt. Il faut dire que ce village est peuplée d’êtres tous plus attachants les uns que les autres. Un vieil artisan bougon, fabriquant des mappemondes et accueillant dans son atelier des enfants venus écouter ses récits de voyages. Voyages qu’il n’a jamais fait. Sa fille à l’innocente beauté, Catherine, rêveuse attendant son prince charmant au milieu de ses poupées et courtisée par un instituteur malicieux avec ses élèves. Des enfants que l’on aurait pu croiser sous la direction d’Yves Robert. Mais le réalisateur ne s’arrête pas en si bon chemin. Il convoque la fantasmagorie au travers du personnage de la mère Michel – qui évidemment a perdu son chat -, femme toute de noir vêtue hantant de jour comme de nuit, tel un fantôme, les ruelles d’un blanc immaculé. Mais aussi le gothique par l’entremise de ce baron cloîtré en son château moyenâgeux, semblant souffrir de la lèpre et qui tient ainsi à distance la populace curieuse. Mais le film ne baigne jamais dans la mélancolie que ces éléments auraient pu déclencher chez le spectateur. Bien au contraire. C’est la bonne humeur qui règne tout au long de cette histoire. On y crie, on y chante, on y pleure, on y plaisante, on y aime. Alors qu’importe ce vol et ce meurtre, puisqu’on vit bien dans ce petit village de montagne.

Pour servir le traitement d’une telle intrigue, il faut des acteurs à « gueules » sinon le charme aurait toute les chances de ne pas opérer. Dans le rôle de l’artisan voyageur casanier, Harry Baur qui vient de quitter les habits de Volpone mis en scène par Maurice Tourneur. Son jeu est excessif. Il pleure, il hurle, il rit. Il picole aussi. A plusieurs reprises, je me suis cru en présence de Michel Simon. Dans le rôle du baron Roland, l’acteur / réalisateur Raymond Rouleau, pas encore Mr Wens dans Brelan d’As, incarne avec classe un voyageur à la recherche du grand amour qu’il trouvera finalement à son point de départ en la personne de la belle et pensive Catherine, incarnée par Renée Faure (Le Juge et l’Assassin). Mais celle qui marque durablement les esprits reste Marie-Hélène Dasté parfaite en silhouette lugubre que n’aurait pas renié la Hammer. En d’autres termes, un sans faute si ce n’est…

Si ce n’est la présence au générique de Robert Le Vigan (La Bandera). L’Assassinat du Père Noël est le premier film produit par la Continental, compagnie française à capitaux allemands, durant l’Occupation. Mais accepter de faire un film dans ces conditions ne veut pas nécessairement dire que l’on embrasse l’idéologie de ceux qui payent. Christian-Jaque s’est battu pour que le film ne soit pas un objet de propagande et il finira dans les rangs des FFI. Ce ne sera pas le cas de l’acteur Robert Le Vigan qui sera un efficace collaborateur n’hésitant pas à dénoncer ses pairs. Il sera pourtant défendu par certains, comme Julien Duvivier, le considérant seulement irresponsable. Il mourra en Amérique du Sud dans la pauvreté sans jamais avoir voulu revenir en France de peur des représailles.

Plus qu’un énième film policier, L’Assassinat du Père Noël un vrai feel good movie, de ceux qui mettent du baume au cœur. A voir et à revoir sans modération.

Edition blu-ray :

Très belle copie que celle de L’Assassinat du Père Noël. Un master sans aucun défaut et à la définition parfaite, un niveau de détail élevé combiné à une très bonne gestion du noir et blanc rendent parfaitement hommage à la photographie d’Armand Thirard. En d’autres termes une excellente restauration 2K. La bande-son, en mono DTS, est sans souffle et sait se montrer puissante quand il le faut.

En guise de bonus, nous avons droit à un retour sur la restauration et un entretien autour du film entre Jean-Pierre Bertin-Maghit, Noël Véry et Eric Le Roy.

L’Assassinat du Père Noël est disponible en blu-ray chez Esc Distributions ici.

Fiche technique :

  • Réalisation : Christian-Jaque
  • Scénario : Pierre Véry et Charles Spaak
  • Photographie : Armand Thirard
  • Montage : René Le Hénaff
  • Musique : Henry Verdun
  • Pays  France
  • Genre : Comédie policière
  • Durée : 105 minutes
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