Last Seduction (The Last Seduction)

Last Seduction (The Last Seduction)

Synopsis :

Fuyant New-York après avoir dérobé 700 000 dollars à son mari, médecin et accessoirement trafiquant de drogues, Bridget Gregory se cache dans une petite ville de province le temps que les choses se tassent. Son mari lance sur ses traces un détective privé. Mais Bridget en a encore sous le pied…

Critique :

Début des années 40. La naissance du film noir, tel que le définit Nino Franck, permet aux spectateurs de faire connaissance avec ce qui deviendra un personnage récurrent du genre, un véritable code, la femme fatale. Tentatrice, manipulatrice, la femme fatale n’est que l’expression meurtrière d’un féminisme qui cherche à devenir l’égal des hommes en se servant d’eux pour parvenir à ses fins. Mais le simple fait d’être une femme, dans le monde si masculin du polar, entraîne aussi à son corps défendant une succession de drames meurtriers, comme c’est le cas de Gene Tierney dans Laura. Yvonne de Carlo (Pour toi, J’ai Tué), Veronica Lake (La Clé de Verre), Barbara Stanwyck (Assurance sur la Mort), Mary Astor (Le Faucon Maltais) ou Jane Greer (La Griffe du Passé), pour ne citer qu’elles, en sont les dignes représentantes et ont marqué au fer rouge la mémoire de tout cinéphiles ayant eu la curiosité de se pencher sur ce genre aujourd’hui disparu.

1958. Le film noir en tant que tel disparaît. Place au néo-noir et à sa dénonciation de la corruption des administrations et à son constat de l’échec de la société contemporaine. Mais aussi à l’apparition de personnages marquants comme Harry Callahan, Paul Kersey, Frank Serpico, Frank Bullit, Jimmy « Popeye » Doyle ou Buddy Manucci. Le néo-noir en temps que genre décrit un monde sinistre et violent où les « héros » d’autrefois ont laissé la place à des individus borderline et où les femmes sont cantonnées, à quelques rares exceptions près, aux rôles de victimes ou de témoins. Il faudra attendre les années 90 pour que véritablement la femme retrouve une place de choix dans le néo-noir dans des versions hyper sexualisées de leurs illustres aïeules. C’est ainsi que sort en 1994 sur les écrans Last Seduction et sa femme fatale poussée à son paroxysme.

John Dahl débute sa carrière en réalisant deux néo-noirs de petites factures, Kill me Again avec Val Kilmer (1989) et Red Rock West avec Nicolas Cage (1992), dont il signe également les scénarios en compagnie de son frère, Rick. Bien que ces deux films entrent parfaitement dans les codes du genre, la pauvreté des dialogues et des personnages féminins fort mal écrits ne les distinguent en rien du tout venant de la production de l’époque. Insistant dans un genre cinématographique qu’il semble affectionner, John Dahl nous dégoupille avec Last Seduction une petite bombe ultra référencée tant il semble avoir, pour ce film, su intégrer l’essence même du film noir, bien aidé en cela par la formidable écriture du scénariste Steve Barancik qui se verra nominé au Edgar Allan Poe Award pour son travail.

Si Last Seduction marque durablement les esprits, ce n’est pas du fait d’une réalisation somme toute classique, dans le bon sens du terme, mais bien grâce à cette femme élancée, brune, toute vêtue de noire et ne quittant qu’à de très rares exceptions ses lunettes noires qu’est Bridget Gregory. Dévoreuse d’hommes autant qu’elle dévore l’écran par une présence écrasante, elle domine la gente masculine par une attitude bravache et un langage grossier qui jure avec l’image qu’elle renvoie à ceux qu’elle croise. Alors c’est sur, on est bien loin de la femme fatale de la période classique qui sous des dehors fragiles faisaient bomber le torse aux hommes qui la désiraient et de fait réalisaient ses quatre volontés. Ici, Bridget n’échafaude aucun plan, elle ne fait que réagir aux évènements auxquels elle est confrontée. Toutes ces actions se font dans l’urgence, sa fuite, son face à face avec le détective privé, le final et j’en passe, et se réduisent à quelques scènes rapides. Elle est intelligente, c’est indéniable, mais sa capacité à se sortir de l’embarras confine au génie. Son qualificatif de femme fatale n’est pas dû à un plan mûrement réfléchi mais est, dans son cas, un véritable trait de caractère comme si tout cela était inné chez elle.

Dès lors, quelle place reste-t-il aux hommes ? Tout simplement la place habituellement réservée aux femmes dans le genre. Le mari ? A la maison. Bill Pulman, hormis une courte scène où il se ridiculise devant deux dealers, ne sort pas de chez lui. L’amant, Mike Swale ? Il est à la recherche du grand amour et souhaite plus que tout s’échapper d’un bien morne quotidien. Même dans les relations sexuelles, il est dominé. C’est elle qui décide quand et où elles doivent avoir lieu. Et si vous pouvez me passer l’expression, c’est elle qui le baise. Les autres hommes aux rôles bien plus secondaires ? Ils sont généralement sans voix, sous le charme. Le seul à ne pas être atteint pas l’autorité, le charisme et la sexualité de Bridget ? Son avocat. Mais n’en serait-il pas autrement s’il était en face d’elle. Ne garde-t-il pas son flegme uniquement parce qu’il ne fait que converser avec elle au téléphone ?

Au milieu de cette ode à la Femme, forte et indépendante, John Dahl en profite pour glisser quelques références bien senties aux classiques du genre et notamment à Double Indemnity de Billy Wilder en situant son film dans le monde des assurances et en allant même jusqu’à citer le titre du film au détour d’une ligne de dialogue.

Dix ans après un début de carrière marqué notamment par sa participation à After Hours de Martin Scorsese, Linda Fiorentino explose littéralement dans Last Seduction où son maintien, sa prestance, sa diction et l’agressivité sexuelle qu’elle dégage en font l’incarnation parfaite de la femme fatale moderne. Malheureusement, le reste de sa carrière ne décollera jamais vraiment et l’on retiendra seulement un bien fade Jade d’un bien peu inspiré William Friedkin et sa participation amicale à Dogma de Kevin Smith et au premier Men in Black de Barry Sonnefeld. Face à elle, Bill Pullman et Peter Berg sont parfaits dans leur registre respectif, soit des hommes malmenés par bien plus forte qu’eux.

Mise en scène efficace sur fond de musique jazzy, Last Seduction jouit en premier lieu d’une interprétation habitée de son actrice principale Linda Fiorentino. HBO ayant diffusé le film avant sa sortie en salle, l’actrice ne put concourir pour l’Oscar de la meilleur actrice, Oscar qu’elle aurait remporté haut la main au vue de sa prestation.

Last Seduction reste encore aujourd’hui une référence du genre à ne louper sous aucun prétexte.

Edition bluray :

Pour Last Seduction, Elephant Films met une fois de plus les petits plats dans les grands pour nous livrer un transfert ne souffrant d’aucun défaut majeur avec un grain argentique préservé, des couleurs parfaitement restituées et un niveau de détail élevé. Les deux versions, originale et française, toutes deux en DTS-HD Master Audio 2.0, sont puissantes et font la part belle à la musique signée Joseph Vitarelli.

Côté bonus, nous avons droit à une présentation du film de 25 mn par David Mikanowski, journaliste,un making-of de 29 mn, des scènes coupées, une fin alternative et des bande-annonces. De quoi passer une bonne soirée en compagnie d’une garce inoubliable.

Last Seduction est disponible en combo bluray / dvd ici.

Fiche technique :

  • Réalisation : John Dahl
  • Scénario : Steve Barancik
  • Montage : Eric L. Beason
  • Musique : Joseph Vitarelli
  • Pays  États-Unis
  • Genre : Néo-noir
  • Durée : 110 min

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