L’Attaque du Métro 123 (The Taking of Pelham 1 2 3)

L’Attaque du Métro 123 (The Taking of Pelham 1 2 3)

Synopsis :

Un commando de quatre hommes menacent de tuer les passagers d’une rame de métro si une forte somme d’argent ne leur est pas versée. Un employé de la MTA (Metropolitan Transportation Authority) tente de déjouer les plans des preneurs d’otages.

Critique :

En 2008, Columbia Pictures et la Metro Goldwyn Mayer s’associent pour mettre en chantier le remake d’un petit bijou des années ’70, Les Pirates du Métro, dont le scénario est propice à la confrontation de deux de leurs stars, Denzel Washington et John Travolta.

Souhaitant réactualiser les enjeux du drame, les studios embauchent deux scénaristes. David Koepp, qui s’est fait un nom au début des années ’90 en signant les scripts de Jurassic Park et L’Impasse, s’appuie sur le roman de John Godey tandis que Brian Helgeland (L.A. Confidential, Payback) choisit lui de prendre pour matériau de base le film de John Sargent. Les deux versions auront pour point commun de s’attacher à moderniser les enjeux en prenant en compte le monde post 9/11. Finalement, seul Helgeland sera crédité au générique le L’Attaque du Métro 123.

Tony Scott naît en 1944 en Angleterre et est très tôt attiré par le monde du cinéma, probablement par l’entremise de son oncle Dixon propriétaire d’une chaîne de cinémas implantés autour du domicile familiale. Côté études, il suit les traces de son grand frère Ridley et apparaît même dans son premier court, Boy and Bicycle. Il lui rendra la pareille quelques années plus tard, pour son court de fin d’étude One of the Missing. Lorsqu’il est approché pour réaliser L’Attaque du Métro 123, ce qui s’avérera être son avant-dernier film, il ne reste plus que trois ans à vivre à celui qui réalisa Revenge ou encore True Romance. Il se suicidera en 2012 laissant derrière lui le souvenir d’un réalisateur clairement orienté action et ayant dirigé de grandes stars, de Tom Cruise à Denzel Washington en passant par Gene Hackman.

Pour mener à bien le projet, Tony Scott fait appel à Chris Lebenzon (Wolfen, Midnight Run), monteur ayant officié sur la plupart de ses films et sur la totalité des Tim Burton depuis Batman, Le Défi.

Une réalisation faite de travellings, de zooms, de montage haché le tout saupoudrés de musique agressive est-elle pour autant efficace? Un remake doit-il jouer la surenchère pour exister face à son modèle original?

Si l’on prend le cas exclusif de Les Pirates du Métro / L’Attaque du Métro 123, la réponse est clairement, non!

La première chose que l’on remarque, pour peu que l’on fasse l’effort intellectuel de s’y attacher, c’est que la caméra de Scott n’a de cesse de se déplacer. Prenant l’aspect de nombreux travellings rapides, de zooms avants et arrières et de prises de vue plus ou moins longues tournant autour du sujet filmé, cette agitation, à laquelle on peut également ajouter des filtres de couleur, modifie la perception de l’environnement et le rythme de l’action. Parce qu’il faut bien se l’avouer, une histoire de prise d’otages au fin fond d’un tunnel de métro n’est pas propice à une avalanche d’effets pyrotechniques, de courses poursuites ou de fusillades. Sargent avait choisi d’adopter un rythme quasi hypnotique fait d’attentes et de dialogues ciselés pour faire monter la pression, Scott choisit lui l’esbroufe pour tenter de la créer.

Ainsi chaque idée développée par Sargent est démultiplié sous l’œil d’un Scott qui cherche à en faire toujours plus. Son chef des preneurs d’otages est plus bavard, plus violent. Son complice sort de prison. Ses deux porte-flingues parlent slave et défouraillent à tout va. Les forces de l’ordre sont omniprésentes avec des moyens impressionnants (négociateurs, hélicoptères, poste de commandement mobile…). L’escorte du butin passe d’une voiture et deux motards à une voiture et six motards. Leur trajet sera ponctué d’accidents plus impressionnants les uns que les autres. La cellule familiale est convoquée. A contrario, exit les pointes d’humour qui faisaient le sel de l’original. Mais malgré tout cette débauche de testostérone, l’entreprise menée par Tony Scott s’avère irrémédiablement vaine. Le scénario n’a pas bougé d’un iota, les enjeux sont les mêmes, la frénésie ambiante exaspère et fatigue et l’interprétation, gesticulante, n’arrange rien.

On l’aura compris, L’Attaque du Métro 123 n’est qu’un échec artistique de plus dans une filmographie qui en compte de nombreux. Tony Scott a su être bon, True Romance, Revenge, Ennemis d’état, quand le scénario était bon et l’interprétation maîtrisée. Sinon…

Malgré tout, L’Attaque du Métro 123 s’avère intéressant sociétalement parlant quand on fait le parallèle entre son année de sortie et celle de l’original.

Chez Sargent, les méchants sont d’anciens militaires profitant du délitement des forces de l’ordre pour frapper la ville. Chez Scott, le méchant est un trader, un méchant banquier, se servant des otages pour faire chuter la bourse et s’enrichir aidé par deux « étrangers », spectres du terrorisme post 2001. Chez Sargent, les policiers sont en sous-effectifs, abandonnés par la municipalité et sont impuissants. Chez Scott, ils sont en nombre et suréquipés. Chez Sargent, le Maire est un faible, malingre, la risée de la ville. Chez Scott, il en impose et s’impose, n’hésite pas à aller à la rencontre de ses administrés et aider le malheureux héros. Les temps changent, les ennemis changent aussi.

Et du côté de l’interprétation alors? Denzel Washington et John Travolta sont là pour faire le show. Ils vont s’y attacher avec professionnalisme. Incarnant deux personnalités diamétralement opposées, les deux stars vont cependant en faire des tonnes et, à l’image de la réalisation, vite se révéler épuisants. Washington dans le pathos cherchant à tirer des larmes aux spectateurs les plus sensibles et s’attirer les bonnes grâces des autres, Travolta dans la surenchère échouant à rendre son personnage plus dangereux qu’il ne devrait être. Tout cela est manichéen et finalement vain. Le reste du casting écrasé par le temps de présence des deux hommes à l’écran se borne à cachetonner à l’image d’un John Turturo et d’un James Gandolfini transparents.

Un film bruyant et tape à l’œil qui n’arrive jamais à égaler son illustre modèle. La faute à une réalisation on ne peut plus épuisante et une interprétation en complète roue libre.

Fiche technique :

  • Réalisation : Tony Scott
  • Scénario : Brian Helgeland et David Koepp (non crédité)
  • Photographie : Tobias A. Schliessler
  • Montage : Chris Lebenzon
  • Musique : Harry Gregson-Williams
  • Pays : Etats-Unis
  • Genre : Néo-noir
  • Durée : 105 minutes

2 thoughts on “L’Attaque du Métro 123 (The Taking of Pelham 1 2 3)

  1. J’ai vraiment du mal avec Tony Scott en général…On dirait presque toujours un trip sous acide. Des images épileptiques avec des couleurs horribles…Beurk !

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