Laura

Laura

Synopsis : Le lieutenant Mark McPherson enquête sur le meurtre de la très belle Laura Hunt, jeune publiciste aimée de tous.

Critique : Originaire de Chicago, Vera Caspary participe, à compter de 1922, à l’écriture de pièces de théâtre tout en continuant de publier des articles pour des magazines et ce jusqu’en 1924 date de son déménagement à New-York. En 1929, ses deux premiers romans sortent dont The White Girl, œuvre engagée qui traite de la position de la femme noire aux États-Unis. Bien installée dans le monde du théâtre puis du cinéma, elle voit plusieurs de ses histoires adaptées à Hollywood où elle finit par s’installer. Parmi ses nombreux romans policiers, elle publie en 1942 Laura qui lui apportera la reconnaissance de la profession.

Les droits du roman Laura sont achetés par Darryl F. Zanuck au profit de la Twentieth Century Fox en vue de son adaptation sur grand écran. Il est convenu que le poste de producteur soit assuré par Otto Preminger tandis que Rouben Mamoulian (Qui Perd Gagne) est chargé de la réalisation. Avant même le début du tournage, des tensions naissent au sein de l’équipe de tournage. Otto Preminger souhaite que Clifton Webb rejoigne le casting tandis que Zanuck s’y oppose fermement. Finalement, Preminger aura le dernier mot et confiera le rôle de Waldo Lydecker à Webb. Et ce ne sera pas là le seul motif de discorde entre les deux hommes puisque mécontent de la scène finale, Zanuck obtiendra de Preminger qu’il retourne entièrement la scène. Sans parler de l’éviction de Rouben Mamoulian par Preminger lui-même suite à des divergences artistiques dès le début du tournage. Toutes les scènes déjà mises en boîte par Mamoulian seront abandonnées et il ne sera à aucun moment crédité au générique. Mésaventure qui se répètera lorsqu’il sera « remercié » du tournage de Cléopâtre et remplacé par Joseph L. Mankiewicz.

Le film noir, dans sa période dite classique, est un genre extrêmement codifié. Détective privé indifférent mais philosophe sur la société qui l’entoure, présence implacable d’un Destin le plus souvent funeste et qui touche n’importe quelle classe sociale sans distinction mais, surtout, la figure imposée de la femme fatale, celle par qui tout arrive. Vénale, manipulatrice, intéressée, la femme du film noir est tout cela à la fois. Sauf que pour Laura, Preminger fait de son héroïne l’antithèse de la femme fatale. Laura reste bien évidemment à l’origine des faits qui vont se dérouler sous nos yeux mais sans nourrir d’arrière pensée malsaine. Elle ne fait qu’aimer naïvement tous ceux qu’elle est amenée à croiser sans rien demander en retour, comme une jeune fille à la recherche de son prince charmant. La véritable victime, c’est elle car les hommes veulent tous chacun à leur manière la posséder. Un peu comme un meuble de qualité dont raffole tant Lydecker ou comme un trophée de chasse pour Carpenter.

Otto Preminger choisit de conserver pour son film l’aspect théâtral de l’histoire originale. Pour ce faire, il enferme littéralement ces trois hommes qui s’entredéchirent l’amour de Laura en trois lieux bien distincts, l’appartement de Laura, celui de Lydecker et enfin celui de Ann Treadwell (Judith Anderson). Aucun échappatoire au drame qui se noue, Otto Preminger ne leur accorde que quelques moments en dehors de ces endroits mais c’est pour mieux les enfermer à nouveau dans une maison de campagne dont on ne verra qu’une pièce ou dans une salle d’interrogatoire chichement meublée. Preminger prouve encore une fois son sens de la mise en scène en n’étant jamais prisonnier de l’espace qu’il impose pourtant à ses acteurs, sa caméra reste libre et il multiplie les angles de prises de vue se préservant de tout statisme.

Je ne m’étendrai pas sur le twist à la limite du fantastique venant clôturer la première partie du film afin de ne pas révéler plus avant un scénario un brin machiavélique qui servira de matrice à de nombreuses autres œuvres.

Engagée par la Fox dès le début des années ’40, Gene Tierney (L’Aventure de Mme Muir) parvient à donner corps avec justesse à cette femme dont la seule faiblesse est d’aimer et se faire aimer de quiconque croise son chemin. Spectateurs inclus. Car comment rester insensible à sa beauté, tellement mise en valeur par Preminger? Dana Andrews (Rendez-vous avec la Peur) incarne, quand à lui, avec brio, un inspecteur chevronné, un dur à cuire aux lèvres fines constamment serrées, qui impose sa présence aux autres et domine chaque aspect de son enquête allant jusqu’à malmener ses interlocuteurs lorsque le besoin s’en fait ressentir. Tierney et Andrews se retrouveront à nouveau quelques années plus tard dans Le Rideau de Fer en ’48 et dans Mark Dixon, Détective en ’50. Face au couple vedette, nous retrouvons un tout jeune Vincent Price (Le Corbeau), pas encore figure adulée du cinéma d’horreur, et Clifton Webb (L’Impasse Tragique), deux personnages aux antipodes l’un de l’autre dans leur conception de l’amour.

Prenant à contre-pied les codes du genre, Otto Preminger signe un film noir de haute volée où ses personnages sont admirablement croqués dans un quasi huis-clos maîtrisé de bout en bout.

Edition bluray :

Fiche technique :

  • Réalisation : Otto Preminger
  • Production : Otto Preminger
  • Scénario : Jay Dratler, Samuel Hoffenstein et Elizabeth Reinhardt
  • Musique : David Raksin
  • Photographie : Joseph LaShelle
  • Montage : Louis Loeffler
  • Pays : Etats-Unis
  • Genre : Film noir
  • Durée : 88 minutes

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