Le Bagarreur (Hard Times)

Le Bagarreur (Hard Times)

Synopsis :

Nouvelle-Orléans, 1933. Chaney, fraîchement arrivé en ville, est engagé par Speed pour participer à des combats de boxe clandestins. Ses prédispositions pugilistiques l’amène à combattre des adversaires de plus en plus chevronnés.

Critique :

Né en 1942 en Californie, Walter Hill débute sa carrière cinématographique dès 1967 en temps que réalisateur de seconde équipe sur L’Affaire Thomas Crown de Norman Jewison et Bullitt de Peter Yates. Au début des années ’70, il se forge une solide réputation comme scénariste en signant le script de Guet-apens réalisé par Sam Peckinpah ou celui de Le Piège de John Huston. Ayant quitté l’American International Pictures au profit de la Columbia, le producteur Lawrence Gordon propose à Hill de passer pour la première fois à la réalisation. Ce sera pour Le Bagarreur.

L’histoire trouve ses origines dans un article publié dans la presse américaine sur les combats de rue et les paris qui les accompagnent. Walter Hill rejoint le duo de scénaristes Bryan Gindoff / Bruce Henstell, qui travaillent sur le projet Streetfighter, et propose de transposer le récit durant la Grande Dépression. Originaire de La Nouvelle-Orléans, Lawrence Gordon suggère de situer l’action au sein de cette commune atypique des Etats-Unis. Walter Hill amènera également de nombreux éléments relatifs au western, genre qu’il affectionne, dont il parsèmera nombre de ses films.

En écrivant le script, Walter Hill imagine dans un premier temps confier les premiers rôles au jeune Jan Michael Vincent dans le rôle de Chaney et au vétéran Warren Oates pour interpréter Speed. Devant le refus des deux hommes, le scénario est envoyé à plusieurs acteurs sans plus de succès avant qu’il ne soit adressé à Bronson malgré le fait que Hill le trouve trop vieux. La star, alors en pleine gloire, se montre très intéressé et demande à rencontrer le réalisateur. Impressionné par le physique de l’acteur, malgré ses 54 ans, Hill l’engage. Bronson retrouve donc 15 ans après Les Sept Mercenaires et 12 ans après La Grande Evasion James Coburn préféré à Mickey Rooney pour incarner le manager Speed.

A bien y regarder, Walter Hill, à l’instar d’un Eastwood ou d’un Carpenter, aime s’entourer d’individus qu’il apprécie et en qui il a une absolue confiance. Outre le producteur Lawrence Gordon qu’il retrouvera sur 48 Heures et 48 Heures de Plus, Hill d’adjoint les services du monteur Roger Spottiswood (Randonnée pour un Tueur) qui signera le scénario de 48 Heures ainsi que l’expérimenté directeur de la photographie Philip H. Lathrop (Allo, Brigade Spéciale, Le Point de Non-Retour) avec qui il travaillera à nouveau pour Driver.

La grande force de Walter Hill sur Le Bagarreur, comme dans beaucoup de ses films d’ailleurs, est sa capacité à entrer très vite dans le vif du sujet. Une unique scène d’exposition lui suffit pour situer son film dans un contexte historique et poser le décor dans lequel va se dérouler l’histoire qu’il a choisi de nous conter. Ici, un plan de Bronson dans un wagon à bestiau, casquette vissée sur le crâne et valise à la main, nous renvoie aux années ’30 et à la Grande Dépression qui a jeté sur les routes nombre d’américains à la recherche d’un emploi. Dès lors, Walter Hill n’a plus aucun intérêt à insérer au cœur de son récit des plans propres à la situation économique du pays (famille sur les routes, misère) qui pourraient ralentir le rythme et peut donc focaliser son attention, et celle des spectateurs, sur ce qui trouvent véritablement grâce à ses yeux, les combats et les personnages. Seuls les décors, très recherchés, situeront tout au long du film la période.

Un film ayant pour thème les combats, qu’ils soient clandestins ou non, se doit de proposer aux spectateurs un spectacle de qualité suffisamment violent sous peine de perdre très rapidement l’adhésion d’un public venu là en très grande partie pour ça. Et force est de constater que Le Bagarreur remplit parfaitement son cahier des charges. Pas moins de cinq rixes aux enjeux financiers et humains allant crescendo parsèment le film. Ces scènes filmées au plus près des protagonistes bénéficient du physique impressionnant de Bronson et du montage dynamique de Roger Spottiswood qui a dû palier au manque d’endurance de la star en multipliant les plans, conséquence d’une très forte consommation de tabac.

L’autre intérêt du film réside dans l’attention que porte Walter Hill à ses deux protagonistes principaux. D’un côté, Charles Bronson dans son rôle habituel de solitaire taiseux plus apte à se battre qu’à exprimer ses sentiments. De l’autre, un James Coburn gouailleur, irrévérencieux, joueur et quelque peu malhonnête. A eux deux, ils préfigurent le duo que formeront Nick Nolte et Eddie Murphy pour les plus grands succès commerciaux du réalisateur 48 heures et 48 Heures de Plus. Sans oublier Ajax (le bavard vantard) et Swan (le discret) de The Warriors, Jack Benteen (le mutique) et Cash Bailey (l’extravagant) d’Extrême Préjudice ou encore Ivan Danko (le froid) et Art Ridzik (le roublard) de Double Détente et bien d’autres encore qui parsèmeront la filmographie de Hill.

Outre un Bronson qui fait le job et un Coburn qui en fait des tonnes avec jubilation, nous retrouvons Strother Martin, vu dans nombre de westerns (L’Homme qui Tua Liberty Valance) et de films noirs (En Quatrième Vitesse), en médecin opiomane ou encore Felice Orlandi lui aussi habitué au genre (Plus Dure Sera la Chute). Au sein d’un casting agréable, Jill Ireland fait figure de point négatif. Incapable d’apporter la moindre épaisseur à son personnage de femme désenchantée et désargentée, elle passe totalement à côté de son rôle.

Jouissant d’une réalisation classique, dans le bon sens du terme, et d’un montage au cordeau, Le Bagarreur s’impose comme un vrai film de genre parfaitement ancré dans une réalité historique rendue crédible par un minutieux travail de reconstitution. En 1990, Sheldon Lettich réalisera Full Contact (Lionheart) avec Jean-Claude Van Damme fortement inspiré par le classique de Hill.

Edition Bluray :

Pour Le Bagarreur, Sidonis Calysta nous propose une image de toute beauté issue d’un master 4K. La lisibilité est parfaite même en basse lumière, le niveau de détail élevé et le grain parfaitement géré. La version française et originale font jeu égal avec, peut-être, un surplus de puissance en faveur de cette dernière.

Au programme des bonus, les interviews de Walter Hill (réalisateur), Lawrence Gordon (producteur) et Barry De Vorzon (compositeur).

Le Bagarreur est disponible en dvd ici et en bluray ici

Fiche technique :

  • Réalisation : Walter Hill
  • Scénario : Walter Hill, Bryan Gindoff et Bruce Henstell
  • Musique : Barry De Vorzon
  • Montage : Roger Spottiswoode
  • Photographie : Philip H. Lathrop
  • Genre : Néo-noir
  • Pays : Etats-Unis
  • Durée : 93 mn

2 thoughts on “Le Bagarreur (Hard Times)

  1. Cela pourrait presque être du Peckinpah…et par certains côtés c’est même mieux et plus que du Peckinpah.
    C’est pour moi une vraie réussite .
    Strother Martin, James Coburn…Charles Bronson ..
    Un film un peu nostalgique…
    J’adore ce film…

    1. Un film qui réveille aussi en moi une certaine fibre nostalgique. Walter Hill est d’un efficacité sans faille comme il le prouvera avec The Warriors, 48 Heures et le violent Extrême Préjudice. Même son Dernier Recours n’est pas totalement à jeter.

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

%d blogueurs aiment cette page :