Le Carrefour de la Mort (Kiss of Death)

Le Carrefour de la Mort (Kiss of Death)

Synopsis : Refusant de coopérer avec la police, Nick Bianco écope de vingt ans de prison pour un braquage avorté. Après trois ans de détention, apprenant le suicide de son épouse et le placement en orphelinat de ses deux filles, il accepte de donner ses anciens complices. Devenu un mouchard, il devient la cible de la Pègre qui lance à ses trousses un tueur psychopathe, Tom Udo.

Critique : Le 06 septembre 1911 naît Eleazar Lipsky à New-york. A l’issue de ses études, il obtient une licence de droit auprès de l’Université de Columbia et devient avocat avant de devenir assistant du District Attorney du comté de New York. En 1947, il publie son premier roman, La Porte qui s’Ouvre (Kiss of Death ou The Hoodlum). La même année, la 20th Century Fox obtient les droits du roman est en confie la réalisation à Henry Hathaway. Né en 1898 à Sacramento, Henry Hathaway, de son vrai nom Henry Leopold de Fiennes, exerce très vite différents métiers dans les studios ce qui lui permet une solide expérience en temps que technicien. Il passe à la réalisation en 1932 avec Heritage of the Desert. Mais le fait d’accepter tous les projets qui lui sont proposés fait qu’Henry Hathaway souffre d’un fort manque de reconnaissance de la part du métier. En France, des gens comme Patrick Brion ou Bertrand Tavernier prennent sa défense louant les nombreuses qualités esthétiques et techniques de ses films (Le Jardin du Diable, Le plus Grand Cirque du Monde, Niagara…).

L’adaptation du roman se fera à trois mains. Ben Hecht, romancier et scénariste prolifique, à qui l’on doit entre autre Scarface (1932), Gilda (1946) ou encore La Rivière de nos Amours (1955), Charles Lederer (Le Tueur au Visage d’Ange) et Philip Dunne, scénariste sur La Tunique (1953) et Les Gladiateurs (1954) mais aussi réalisateur (10, rue Frederick). Autant dire, un trio efficace doté d’un sacré sens de l’écriture et de la dramaturgie. Ici, leur grande force a été de savoir conserver l’essence même du roman. Roman qui s’interrogeait sur les méthodes utilisées par les policiers et les magistrats pour parvenir à condamner les truands. Nick Bianco est un truand, c’est entendu. Mais c’est également un brave homme qui ne fait que subir un lourd héritage familial (son père a été tué par les forces de l’ordre au cours d’un braquage) et perpétue ce dernier pour subvenir aux besoins de sa femme et de ses deux petites filles. Et s’il « travaille » pour la Pègre alors l’Organisation apportera sa protection à sa famille en cas de difficulté. Mais pour cela, il ne faut pas « moucharder » car sinon… La Police travaille de la même façon mais pas dans le même but, bien évidemment. Pour pouvoir détruire un gang, il faut l’attaquer de l’intérieur et pour ce faire, s’attacher les services d’un « mouchard ». Ce dernier doit être vulnérable (dans le cas de Nick, la perte de son épouse et le placement en orphelinat de ses deux fillettes) mais également reconnu au sein de l’organisation. L’argument définitif étant là aussi la capacité pour les autorités à lui assurer protection pour lui et ses proches. La frontière est terriblement ténue entre ces deux entités et l’on peut désapprouver cette façon de faire. Mais le cinéma n’a de cesse de répéter que pour se débarrasser d’un « monstre », il faut parfois se mettre à son niveau.

Mais comme dans toute bonne fiction qui se respecte, rien ne se déroulera comme prévu. Pour sa dernière mission, Nick devra témoigner contre le dangereux Tom Udo, tueur à gages psychotique. La justice des hommes étant ce qu’elle est, ce dernier sera acquitté et mettra de fait en danger tout ce que Nick avait réussi à construire avec sa nouvelle compagne et ses deux filles. Le film prendra alors une tournure plus onirique faisant penser à de nombreuses reprises au Cape Fear de J. Lee Thompson notamment au travers du personnage interprété par Richard Widmark et de cet ultime face-à-face entre un homme qui ne pense qu’à protéger les siens et un autre qui, au contraire, ne pense qu’à détruire.

La réalisation d’Henry Hathaway, dégraissée jusqu’à l’os, va à l’essentiel. Ne s’encombrant pas de scène inutile, il favorise l’ellipse ce qui pourrait décontenancé certains. Mais il n’en est rien. Le rythme est soutenu et rien ne vient enrayer l’engrenage et la marche en avant d’un Destin qui se veut de toute façon funeste. Côté casting, c’est du solide. Victor Mature amène une humanité bienvenue à son personnage mais le garde de toute mièvrerie qui nuirait inévitablement à l’ambiance sombre du film. Brian Donlevy, que l’on a déjà croisé dans La Clé de Verre, est parfait dans son rôle de District Attorney désirant à tout prix faire tomber le gang tout en préservant la vie de son « mouchard ». Et que dire de la prestation de Richard Widmark. Pour son premier rôle, il crève littéralement l’écran. La folie, la haine semblent transpirer de tous les pores de sa peau. Cette véritable bombe à retardement est capable d’exploser à tout moment. Il est la représentation parfaite du mal. Danger, folie parfaitement rendus par Hathaway au cours d’un simple plan quand il filme un double rideau où un simple interstice entre les deux pans laisse apparaître le visage haineux de Widmark. Un plan de génie.

En 1958, Gordon Douglas réalisera un premier remake en transposant l’histoire dans l’Ouest américain, Le Tueur au Visage d’Ange, avec Hugh O’Brian et Robert Evans. En 1995, Barbet Schroeder réalisera un second remake, Kiss of Death, avec Nicolas Cage et David Caruso.

Un scénario solide, une réalisation inspirée faisant la part belle au suspens (scène de l’ascenseur) et une interprétation de très grande qualité font de ce Carrefour de la Mort un sommet du Film Noir qu’il ne faut absolument pas rater. Le meilleur Henry Hathaway? Je le pense…

Edition Blu-ray :

Doté d’un nouveau master, l’image présente un magnifique noir et blanc au grain parfaitement maîtrisé. Seule une séquence en début de métrage est étrangement abîmée. Lors de cette même scène, la bande-son semble altérée comme si elle n’avait pas bénéficié de la même restauration que le reste du film. Hormis ce court passage, les deux versions sonores sont de qualité avec une belle puissance et ne présente aucun souffle. La version française est quelque peu désuète et parfois en léger décalage par rapport à l’image mais reste agréable à suivre.

Côté bonus, Nous retrouvons deux petits documentaires, « Le Carrefour de la Mort, tout est bien qui finit mal » de 20mn et « Richard Widmark, parcours exemplaire à Hollywood » de 10 mn ainsi qu’une présentation des titres de la collection Esc.

Le Carrefour de la Mort est à retrouver en dvd ici et en bluray ici

Bande-annonce

Fiche technique :

  • Réalisation : Henry Hathaway
  • Scénario : Ben Hecht, Charles Lederer, Philip Dunne d’après un roman d’Eleazar Lipsky
  • Musique : David Buttolph
  • Photographie : Norbert Brodine
  • Montage : J. Watson Webb Jr
  • Pays d’origine : Etats-Unis
  • Genre : Film Noir
  • Durée : 98 mn

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