Le Cercle Noir (The Stone Killer)

Le Cercle Noir (The Stone Killer)

Synopsis : Lou Torrey, flic intègre aux méthodes expéditives, est muté à Los Angeles où il est amené à enquêter sur une série de meurtres alors qu’un massacre se prépare au sein de la Pègre new-yorkaise.

Critique : John Gardner, écrivain britannique né en 1926, est surtout connu pour avoir repris les aventures de James Bond à la demande de Gilrose Publications, alors détentrice des droits littéraires du célèbre espion britannique. 16 ouvrages seront publiés entre 1981 et 1996. Avant cette aventure « bondesque », il fut l’auteur de nombreux romans policiers et récits parodiques d’espionnage. Parmi ceux-ci, est édité en 1969 A Complete State of Death ou The Stone Killer aux Etats-Unis. L’adaptation du roman est confiée à Gerald Wilson après que les droits aient été acquis par la société de production de Dino de Laurentiis, succès en librairies oblige. Michael Winner est choisi pour la réalisation. Il s’agit là de son premier film non auto-produit, ce qui ne l’empêchera pas d’imposer ses vues et son interprète principal qu’il a déjà dirigé à deux reprises dans Les Collines de la Terreur (Chato’s Land) et Le Flingueur (The Mechanic), Charles Bronson.

Comme je l’ai déjà abordé lors de ma chronique du film Le Justicier dans la Ville (Death Wish), les États-Unis rencontrent en ce début des années 70 une grave crise économique qui voit les classes moyennes quitter le centre des grandes villes pour s’installer en périphérie. Ces mêmes centres villes deviennent alors le territoire des gangs et du crime organisé, facilité en cela par des municipalités qui, endettées, se voient dans l’obligation de réduire les effectifs des fonctionnaires mais également des policiers. Les citoyens américains se sentent abandonnés, livrés à eux-mêmes. C’est dans cette période trouble, où la Justice ne semble plus répondre aux attentes du public, que les groupes d’auto-défense voient le jour et qu’Hollywood s’empare du sujet avec plus ou moins de finesse. Et force est de constater que Le Cercle Noir n’a pas grand-chose à proposer de plus en terme d’originalité que ses glorieux aînés que sont L’Inspecteur Harry ou French Connection voire même à marquer le pas.

Ces films ont en commun de nous relater la lutte quotidienne de flics qui combattent le crime dans de grandes cités tombées aux mains des criminels et leur mission est pour le moins clair, éradiquer ce fléau. Ils ne peuvent compter que sur eux-mêmes (et sur leur partenaire, s’ils en ont un), la municipalité est généralement corrompue ou frileuse, la Justice laxiste et leurs collègues trop respectueux des règles pour travailler dans de bonnes conditions. Une autre caractéristique et non des moindres. Ce flic, bien que ne se retrouvant plus dans les lois en vigueur, fait en sorte de les faire respecter même si parfois il lui faut les enfreindre. On retrouve tout cela dans Le Cercle Noir mais au vu du résultat final, il semble que Winner n’ait pas encore totalement assimilé la recette. Lou Torrey est bien un flic solitaire, taiseux et enclin à la violence. Mais il fait pâle figure face à un Harry Callahan ou à un Jimmy « Popeye » Doyle, comme si Winner avait peur de trop en faire, de rendre son personnage trop antipathique. Il en fait donc un dur à cuire capable de tuer mais seulement en état de légitime défense, contrairement aux flics de Siegel ou de Friedkin. Il le fait s’opposer aux règles en vigueur et à sa hiérarchie mais pas ouvertement comme s’il avait encore un semblant de respect pour eux. Une sorte d’esquisse en quelque sorte de Paul Kersey, qui lui ira jusqu’au bout de ses idées et de ses actes. De fait, Bronson, qui n’est pas un acteur d’un naturel très expressif, traverse le film comme absent, incapable de retrouver le charisme qui l’habitait dans ses films précédents et d’apporter cette ambiguïté qui fera tout le sel de Death Wish. Le reste du casting n’est là que pour servir de faire valoir à la star et aucun ne sort véritablement du lot. La faute à une direction d’acteurs inexistante. Les collègues de Torrey en sont réduits à louper tout ce qu’ils entreprennent ou à ne se soucier que de leurs notes de frais. Le film souffre également du manque d’un vrai méchant, de la face sombre du flic qui rendait si intéressant le face à face entre Callahan et Scorpion. Les tueurs ne sont que des tueurs « sans visage » et les pontes de la Pègre ne dégagent aucun véritable sentiment de danger.

L’autre faiblesse du film est la réalisation en elle-même de Winner. La première scène laisse augurer du meilleur. Grâce à des plans réussis de rues sales et de bâtiments en ruine ou partiellement inoccupés, Winner nous présente la ville de New-York avec une belle profondeur de champs. Mais dès la fin de la première scène (réussie au demeurant), son cadre se resserre étrangement pour coller au plus près de ses personnages, la plupart des scènes se déroulent en intérieur dans des décors minimalistes faisant penser que l’entièreté du budget est passée dans les scènes d’action à venir. Ces dernières arrivent après beaucoup d’atermoiements au cours desquels Bronson passe d’une scène de crime à l’autre, du commissariat à un campement de Hippies tout en reprochant son racisme à l’un de ses collègues ou son inefficacité à l’autre. Même la course poursuite entre une voiture et une moto, passage obligé du polar à l’époque, est filmée de façon paresseuse. Là aussi, nous sommes loin d’une scène, restée à la postérité, comme celle de French Connection. Winner réussit cependant ses deux scènes de fusillades finales même si on a parfois l’impression que les acteurs n’en font qu’à leur tête et agissent de façon totalement absurdes (cf. face-à-face entre la police et l’armée de tueurs dans le désert).

Malgré toutes ces faiblesses, Le Cercle Noir est loin d’être un mauvais film (d’autres feront bien pire). Il faut le voir pour ce qu’il est, une série B sympathique qui ne prétend pas révolutionner le genre et qui prépare le terrain pour le film suivant du trio De Laurentiis/Winner/Bronson, le plus jusqu’au-boutiste Un Justicier dans la Ville (Death Wish), également édité par Sidonis Calysta.

Edition dvd :

Sidonis Calysta nous propose un dvd de qualité à l’image très belle, au grain très maîtrisé à l’exception d’une ou deux scènes légèrement bruitées sur les surfaces. Le master est vierge de toutes tâches et autres dégâts. Les couleurs sont également très douces. C’est un véritable régal pour les yeux. Niveau son, la version originale est plus puissante qu’une version française claire et sans souffle (bluray non testé).

Côté bonus, un reportage d’un peu plus de 12 minutes intitulé « Quelques traces de Michael Winner« , les présentations de Bertrand Tavernier et Patrick Brion et enfin une bande-annonce.

Le Cercle Noir est à retrouver en dvd ici et en bluray ici

Bande-annonce

Fiche technique :

  • Réalisation : Michael Winner
  • Scénario : Gerald Wilson, d’après le livre de John Gardner
  • Musique : Roy Budd
  • Photographie : Richard Moore
  • Montage : Frederick Wilson
  • Pays : Etats-Unis
  • Langue : Anglais
  • Genre : Policier
  • Durée : 91 min

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

%d blogueurs aiment cette page :