Le Champion (Champion)

Le Champion (Champion)

Synopsis :

L’ascension de Midge Kelly, boxeur sans scrupule, jusqu’àu sacre mondial. Ce qui ne sera pas sans conséquence pour lui et ses proches.

Critique :

Ring Lardner naît à Niles, Michigan, au sein d’une richissime famille. Après ses études, il devient journaliste sportif et se démarquera de ses collègues par le ton satirique de ses articles. En parallèle, il écrit de courtes histoires ayant pour toile de fond le monde sportif. L’histoire écrite autour du boxeur de fiction Midge Kelly fera l’objet d’une adaptation cinématographique en 1947 sous le titre Le Champion par Mark Robson avec Kirk Douglas.

Carl Foreman est engagé par Stanley Kramer, producteur avec qui il a déjà travaillé sur Le Pigeon d’Argile de Richard Fleischer, pour adapter avec Lardner l’histoire de ce dernier. Le Champion lui vaudra d’être nominé pour le meilleur scénario adapté lors de la 22ème cérémonie des Oscars en mars 1950. Alors qu’il écrit le scénario de Le Train Sifflera Trois Fois, il est convoqué par l’House Un-American Activities Committee et interrogé sur ses sympathies avec les membres du parti communiste. Reconnaissant avoir été attiré par leurs idées 10 ans plus tôt mais s’en être éloigné depuis, il refuse de donner les noms de ses anciens contacts ce qui lui vaut d’être blacklisté. En 1952, il émigre en Angleterre où il retrouve nombre de ses compatriotes fuyant le maccarthysme. Il y signera les scénarios de Le Pont de la Rivière Kwaï ou encore Les Canons de Navarone pour lequel lui sera remis à titre posthume l’oscar du meilleur scénario adapté.

Mark Robson, qui a commencé sa carrière comme monteur auprès des plus grands, Orson Welles pour Citizen Kane et La Splendeur des Amberson ou Jacques Tourneur pour La Féline, Vaudou, L’Homme Léopard, passe à la réalisation en 1943 avec La Septième Victime. Le Champion, son sixième film, est un drame noir ayant pour cadre la boxe professionnelle, monde qu’il retrouvera quelques années plus tard avec Plus Dure sera la Chute, pour ce qui pourrait s’apparenter à un diptyque cruel mais réaliste sur ce milieu. Le Champion sera nominé quatre fois aux Oscars dans les catégories meilleur acteur (Kirk Douglas), meilleur second rôle (Arthur Kennedy), meilleure photographie (Franz Planer) et donc meilleur scénario adapté (Carl Foreman). Il reviendra malheureusement bredouille.

Hautement cinégénique, la boxe a toujours eu les honneurs du cinéma (dès 1894) et est devenue au fil des ans un genre à part entière. Les plus grands acteurs se sont prêtés à l’exercice du noble art pour les besoins de films mettant en avant le dépassement de soi, l’ascension sociale et la reconnaissance de tout un peuple. L’occasion de vanter le rêve américain mais également, pour ces mêmes acteurs, de se transcender à grand coup de transformation physique et ainsi marquer durablement l’inconscient collectif. Charlie Chaplin (Charlot Boxeur), Buster Keaton (Le Dernier Round), Sylvester Stallone (Rocky), Robert de Niro (Raging Bull), Will Smith (Ali), Stacy Keach (Fat City), Charles Bronson (Le Bagarreur), Mickey Rourke (Homeboy) pour ne citer qu’eux, se sont glissés dans la peau d’un pugiliste avec plus ou moins de crédibilité. Si l’on fait abstraction de la préparation physique inhérente au genre, le film de boxe présente également un véritable défi pour le réalisateur qui doit trouver un équilibre parfait entre scènes sur et hors du ring. Sans parler de la gageure technique de filmer des combats dans une surface close de moins de 30m2 sans être répétitif.

Pour Le Champion, Mark Robson dresse avant tout le portrait d’un homme cherchant à faire fortune pour exister au sein d’une société vouée au culte du billet vert. Escroqué par un prétendu ami, il succombe aux sirènes de l’argent facile. Mais là où d’autres seraient tombés dans la délinquance, lui décide de se battre sur le ring pour gagner sa vie et s’élever socialement. Mais l’univers de la boxe n’est pas très éloigné de celui du crime qui trouve là un moyen de blanchir ses activités illégales. Et cette corruption latente va intensifier les défauts de Midge Kelly. Égoïste, cynique, n’hésitant pas à rejeter ses amis et sa famille, il est obnubilé par le but ultime qu’il s’est fixé, être reconnu par le plus grand nombre. Plus que l’argent, c’est le regard des autres qui le fait avancer et qui paradoxalement le mènera à sa perte. Pour illustrer son propos, Robson va faire preuve de classicisme se fendant seulement d’un long flashback prenant naissance au début de l’ultime combat opposant Kelly à son plus sérieux adversaire, lui-même.

Pour filmer les différents combats qui ponctuent le film, Mark Robson opte pour le mélange de techniques alternant les plans rapprochés des deux combattants et les plans éloignés depuis le bord du ring et parfois même depuis le public. Le montage, rapide, permet de dynamiser l’ensemble et ainsi augmenter la tension inhérente à cette discipline. Cette parfaite mise en scène couplée à l’implication des acteurs font du Champion une référence en la matière. A titre personnel et bien que j’apprécie réellement Le Champion, je lui préfère Nous Avons Gagné ce Soir pour l’interprétation encore plus crédible de Robert Ryan (qui a été boxeur) et la gestion temporel de la réalisation de Robert Wise. Une ressortie de ce classique en haute définition ne serait d’ailleurs pas un luxe.

Malgré toute cette noirceur subsistent quelques légers éclairs comiques, principalement en début de métrage, comme cette scène d’entraînement digne d’un Charlot ou les quelques facéties d’un Kirk Douglas encore non corrompu par une société qui le rejette quelque soit les efforts consentis.

Comme on pouvait s’y attendre, le film est dominé par un Kirk Douglas investi corps et âme dans ce rôle de boxeur recherchant la gloire à tout prix. N’ayant jamais mis un pied sur un ring, il s’est imposé un entraînement que ne renierait pas un champion du noble art pour un résultat impressionnant et crédible techniquement. L’implication de la future star et des autres pugilistes est telle que Kirk Douglas sera mis knock-out par son adversaire lors de l’ultime combat. Mais réduire sa composition à sa seule expression physique serait une erreur. Parfaitement à l’aise dans les scènes dramatiques et les quelques fulgurances comiques, il fait ici l’étalage de tout son talent. L’académie des Oscars n’y a pas été insensible, le nominant dans la catégorie meilleur acteur. Et bien qu’il ne reçut pas le précieux sésame, il accéda ainsi au rang de star!

Dans ces conditions, il est difficile d’exister pour le reste du casting. Néanmoins, Arthur Kennedy perpétuellement dans l’ombre de son frère boxeur et Paul Stewart en manager s’en tirent grâce à un jeu tout en finesse. Marilyn Maxwell, Ruth Roman et Lola Albright en victime collatérale apporte un peu de fraîcheur à l’ensemble sans pour autant avoir l’occasion de vraiment briller.

Mark Robson frappe un grand coup en dépeignant cyniquement le monde de la boxe et en dressant le portrait sans fard d’un homme obnubilé par sa propre réussite. Pour son premier grand rôle, Kirk Douglas est déjà tout simplement immense.

Edition blu-ray :

Même si on peut regretter le manque de contraste du noir et blanc, le master proposé ici par Rimini Editions est tout ce qu’il y a de louable. Aucun défaut de pellicule n’est à déplorer, le niveau de détail est appréciable. Côté son, la version française est parfaitement audible et sans souffle mais bien moins puissante que la version originale parfaite.

En guise de bonus, nous avons droit à l’interview de Séverine Danflous, écrivain et critique de cinéma.

Fiche technique :

  • Réalisation : Mark Robson
  • Scénario : Carl Foreman et Ring Lardner
  • Photographie : Franz Planer
  • Montage : Harry W. Gerstad
  • Musique : Dimitri Tiomkin
  • Pays  États-Unis
  • Genre : Film noir
  • Durée : 99 minutes

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