Le Chat – Signoret face à Gabin

Le Chat – Signoret face à Gabin

Synopsis :

Courbevoie, 1971. Un couple de retraité se déchire sur fond de réhabilitation de leur quartier.

Critique :

Le Chat est le troisième film réalisé par Pierre Granier-Deferre à être édité par Coin de Mire Cinéma. Et probablement celui qui marque le plus les esprits. Situé entre La Horse avec Jean Gabin et La Veuve Couderc avec Simone Signoret, ce film naît de l’ambition du réalisateur d’adapter pour la première fois un roman de Georges Simenon. Mais également de son fort désir de réunir pour la première fois à l’écran deux monstres sacrés du cinéma français. Si aujourd’hui, il n’est pas concevable que d’autres acteurs aient pu tenir les rôles des époux Bouin, il fallut à l’époque à Pierre Granier-Deferre de se battre pour imposer Simone Signoret face à des producteurs réticents. Dans l’article consacré à La Veuve Couderc, je soulignais la capacité que possédait Pascal Jardin à s’adapter au style du réalisateur pour lequel il travaillait ainsi que sa rapidité d’écriture. L’élaboration du scénario de Le Chat ne déroge pas à la règle puisque le scénariste a rendu sa copie, d’une page et demie, en moins de deux heures !

Certains films s’appréhendent de façon différente au fur et à mesure que le temps passe. Le Chat est de ceux-là. Du moins dans mon cas. Aussi loin que mes souvenirs remontent, j’ai dû découvrir ce film au début des années 80 après que je me sois fait enregistrer le film sur cassette vidéo par une de mes tantes qui a toujours été à la pointe des évolutions technologiques. J’avais été marqué par ce quartier de Courbevoie en pleine déconstruction, ne comprenant pas pourquoi des gens pouvaient décider de raser de si beaux immeubles de caractère pour les remplacer par de moches barres sans âme. J’avais été choqué par la mort dudit chat, lâchement assassiné par une mégère acariâtre, prenant ainsi partie pour le mari qui adorait ce joli matou. Et puis le temps a passé. Je n’ai pas revu le film durant de très nombreuses années, restant sur mes premières impressions, sur de mon fait. Puis, il y a quelques jours, je me décide de me pencher sur l’édition Coin de Mire Cinéma. Et là….

Et là, j’ai vu un autre film.

J’ai vu une femme meurtrie à jamais de n’avoir pu continuer sa carrière de trapéziste au sein d’un cirque, suite à un grave accident qui l’a laissée handicapée à vie. J’ai vu son monde du spectacle lui tourner le dos parce qu’elle n’en faisait justement plus partie. J’ai vu son monde se réduire à une maison de quartier à entretenir son petit musée personnel consacré à son ancienne vie. J’ai vu une femme victime des attaques incessantes de son mari.

J’ai vu un homme ne parvenant pas à accepter sa mise à la retraite d’un emploi qui lui donnait la sensation de créer, de servir à quelque chose. J’ai vu un homme persuadé de ne plus servir à rien. J’ai vu un homme redoutant la mort et se cachant derrière une colère de façade. J’ai surtout vu un homme déversant sa peur sur sa femme, elle qui lui renvoie l’image de sa propre vieillesse.

J’ai vu un chat bouc émissaire, martyr parce que monsieur l’aime et que madame ne désire qu’être aimée pas son mari.

Dès lors toute communication est rompue entre les deux anciens amoureux. Le temps a fait son œuvre. La lassitude, les rancœurs, les non-dits ont fini pas saper un couple qui semblait pourtant solide. Ils sont à l’image du quartier qu’ils habitent, en pleine auto-destruction, ou de l’intérieur de leur maison qui petit à petit s’étiole, se fane. Pour autant, ils sont toujours amoureux l’un de l’autre, mais ils ne se le montrent plus. On sent à plusieurs reprises qu’un rapprochement est possible mais ils n’y croient plus. Témoin extérieur du drame, l’ancienne maîtresse de monsieur Bouin a bien cerné ce dernier comme source du conflit et tente de le faire revenir à la raison. En vain.

Voilà le film que j’ai vu il y a quelques jours.

Le Chat est un long flashback s’ouvrant sur le gyrophare d’une ambulance qui se dirige vers les lieux du drame. Mais la grande idée de Pierre Granier-Deferre est de ne rien montrer et de traiter son drame comme un film à suspense qui va crescendo jusqu’au moment où tout nous sera révélé. Ce flashback est composé d’une myriade de flashbacks, de tranches de vie, plus ou moins longs, permettant aux spectateurs de découvrir les tenants et les aboutissants de cette vieillesse gâchée. Jusqu’à un dénouement traité en deux temps où aucun espoir n’aura sa place.

En plus de bénéficier d’une réalisation sans faute, Le Chat s’appuie sur une Simone Signoret et un Jean Gabin qui, pour l’occasion, parviennent à hisser leur niveau de jeu à un point rarement atteint par un acteur. Pris individuellement, leur interprétation est parfaite. Les coups de gueule et le visage fermé, parfois animé par la haine, de Gabin trouvent ici une crédibilité et une raison d’être toute naturelle. Âgée au moment du tournage de 50 ans, Signoret réussi la gageure d’incarner une femme de 70 ans et parvient à restituer toute la volonté, voire la noblesse, d’une femme écrasée par son quotidien. Mais, plus encore, c’est dans l’alchimie, palpable, entre les deux vedettes que leur tour de force prend tout son sens. A aucun moment, le spectateur ne doute du couple. C’est un vrai couple au passé commun qui se déchire devant ses yeux. Annie Cordy (Le Passager de la Pluie) vient compléter un casting où les autres acteurs ne font, à raison, que de la figuration.

Le Chat est un face-à-face éprouvant, émouvant et finalement humain dont on ne sort pas indemne. Un film essentiel, d’autant plus que l’édition est de qualité !

Edition Bluray :

Comme à son habitude, Coin de Mire Cinéma se fend d’une édition de prestige pour ce nouveau titre paru début décembre. Restauré en HD, le master est de toute beauté et rend parfaitement hommage au travail de Walter Wottitz. Le niveau de détail est très poussé que ce soit sur les intérieurs de la maison du couple, les extérieurs du quartier ou sur les gros plans des visages, criants de vérité. La bande-son est également très propre, sans souffle et parfaitement audible.

En terme de bonus, nous sommes en terrain connu avec photos, affichettes, réclames et journal d’époque, bande-annonce et livret auxquels se rajoute un entretien avec le réalisateur Pierre Granier-Deferre.

Le Chat en édition Prestige est disponible ici.

Fiche Technique :

  • Réalisation : Pierre Granier-Deferre
  • Scénario : Pierre Granier-Deferre et Pierre Jardin
  • Montage : Jean Ravel
  • Photographie : Walter Wottitz
  • Musique : Philippe Sarde
  • Pays : Franco-italien
  • Genre : Drame
  • Durée : 86 minutes

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